Un seul Estonien a réussi à se faire un nom en Angleterre : le gardien de but Mart Poom. International à 120 reprises, son palmarès comprend notamment six titres de meilleur joueur estonien de l'année et la palme de meilleur joueur de son pays pour la deuxième moitié du XXème siècle. Mais le gardien d'1m95 a vécu ses meilleurs moments en Angleterre.

C'est lors des qualifications pour États-Unis 1994 que Portsmouth et son manager Jim Smith ont été séduits par ses performances. "C'était notre première campagne qualificative pour la Coupe du Monde après l'accession du pays à l'indépendance en 1991", se souvient Poom au micro de FIFA.com. "Nous avions un groupe intéressant et difficile, avec l'Italie, le Portugal et la Suisse, qui s'est qualifiée. Il y avait aussi l'Écosse et Malte. Durant toute la campagne, j'ai eu l'occasion de faire quelques arrêts !"

Souvenirs, souvenirs...
Malheureusement, des difficultés de permis de travail, des blessures à répétition et les performances brillantes du gardien titulaire Alan Knight, originaire de Portsmouth et véritable légende dans sa ville natale, ont barré la route à Poom, qui est retourné en Estonie. Un an après avoir quitté l'Angleterre, c'est de nouveau Jim Smith, qui entre-temps était devenu manager de Derby County, qui a l'occasion de voir Poom en action lors d'un match des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA 1998™ entre l'Écosse et l'Estonie. "Smith avait demandé à l'entraîneur des gardiens écossais d'établir un rapport sur moi", précise-t-il. "Ça tombait bien, nous avons fait 0:0 et j'ai réalisé un bon match ! Peu de temps après, j'ai reçu une offre de Derby. J'étais déterminé à tout faire pour avoir une deuxième chance de jouer en Angleterre, mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle arrive aussi rapidement."

En mars 1997, Poom signe à Derby lors du dernier jour du mercato et quelques jours avant de débuter à Old Trafford contre Manchester United. Aujourd'hui sélectionneur de l'Estonie et responsable de sa propre école de football, Poom se souvient parfaitement de l'événement. "J'étais arrivé quelques jours auparavant et je ne connaissais même pas tous les noms de mes coéquipiers", sourit-il. "Il n'y avait pas encore de maillot imprimé à mon nom. Notre intendant a dû aller dans la boutique officielle de Manchester United récupérer un maillot. Il a fait noircir le nom du gardien de Manchester et imprimer le mien à la place. Je crois que j'ai toujours ce maillot quelque part."

De ce match, Poom possède deux maillots puisqu'en plus du sien, il a récupéré celui de son idole et homologue Peter Schmeichel, à l'issue d'un match remporté 3:2 par le promu, à la surprise générale. Rien de tel pour entrer immédiatement dans le cœur des fans de Pride Park. Il y restera cinq saisons avant de rejoindre Sunderland avec qui il connaîtra son heure de gloire à... Pride Park !

Mené d'un but dans le temps additionnel, Sunderland presse et son entraîneur Mick McCarthy fait signe au gardien estonien de se rendre dans la surface adverse. Poom s'exécute et sur le corner, propulse le ballon de la tête au fond des filets, permettant ainsi à son équipe de rapporter le point du match nul. "C'était surréaliste. Ça reste un des jours et des moments les plus incroyables de ma vie", raconte un Poom enthousiaste. "Non seulement je revenais à Pride Park, mais en plus je marque un but, ce qui n'arrive quasiment jamais pour un gardien. C'était incroyable. Cela dit, je n'ai pas voulu célébrer mon but. Mais au coup de sifflet final, tous mes coéquipiers m'ont sauté dessus et les supporters de Derby m'ont applaudi debout. Ça reste un merveilleux souvenir."

Pour en arriver là...
Autre souvenir, peu après son retour à Sunderland, il apprend qu'une bière a été brassée en son honneur, appelée Poominator. "C'était en référence à un commentateur radio de Sunderland, qui m'avait surnommé Poominator. Ce surnom ne m'a pas quitté. Il me reste une ou deux bouteilles de cette bière !", assure l'Estonien.

Rarement épargné par les blessures - il a subi 13 opérations au cours de sa carrière -, Poom reste suffisamment performant pour être prêté à Arsenal pour six mois. "C'était déjà tard dans ma carrière, mais j'étais très fier d'avoir l'opportunité de signer dans un très grand club et de faire partie d'une équipe qui comptait parmi les meilleures du monde", rappelle fièrement Poom. "J'ai toujours ressenti le devoir d'aller plus loin, de travailler encore plus et de me donner à fond pour prouver que j'avais le niveau pour la Premier League."

C'est précisément grâce à cette mentalité qu'il a fini par obtenir un contrat en bonne et due forme chez les Gunners, suivi d'un parcours jusqu'en finale de la Ligue des champions de l'UEFA. "J'ai toujours cette médaille", confie-t-il, avec un petit regret. "L'entraîneur n'avait inscrit que deux gardiens sur la feuille de match. Quand Jens Lehmann a été exclu et que Manuel Almunia l'a remplacé, je me suis dit que j'étais vraiment passé tout près de jouer une finale de Ligue des champions..."