Au pays du catenaccio, Franco Baresi était un seigneur. Un libéro qui a révolutionné le poste une dizaine d'années après un certain Franz Beckenbauer. Baresi, c'était avant tout le patron qui causait peu, taclait fort, mais qui pouvait aussi caresser le cuir avec tendresse dans ses longues remontées balle au pied.

A l'occasion de son anniversaire ce 8 mai, retour sur sa carrière.

Cet artiste de la surface de réparation est resté fidèle pendant 20 ans, de 1977 à 1997, à l'AC Milan traversant avec le même professionnalisme les périodes de gloire et celles de la déchéance. Pendant 14 ans, de 1980 à 1994, il a honoré avec une rare efficacité pas moins de 81 sélections écrivant à grands coups de gueule et de tacles quelques unes des plus belles pages de la Nazionale.

Du haut de ses 176 centimètres, il a fait la pige pendant deux décennies à tous les gros bras de la profession. Défenseur hors normes, Baresi était aussi peu à son aise devant un micro qu’il était impressionnant sur le terrain.

Une ville, deux destins
Originaire de Travagliato, dans la province de Brescia en Italie du nord, Franco se retrouve orphelin à l'âge de 16 ans après avoir perdu ses parents à deux ans d'intervalle. Avec son frère Giuseppe de deux ans son aîné, ils décident en 1976 de tenter leur chance dans le football professionnel et vont taper à la porte de... l'Inter Milan. Le destin allait les séparer en leur faisant un incroyable pied de nez.

Giuseppe, solide milieu défensif, est en effet retenu et fera par la suite toute sa carrière à l'Inter (559 matches) avant de rester dans le staff technique des Nerazzurri. De son côté, Franco n'est pas retenu par les dirigeants de l'Inter qui le trouve trop chétif. Du coup, Baresi junior décide de proposer ses services à l'AC Milan, le grand rival qui ne laisse pas passer l’occasion.

Les deux frères s'installent à Milan, Franco passant quatre ans dans un cycle sports-études de Milanello. L’adolescent introverti et taciturne va alors concentrer sur le football toute la rage qu'il a en lui, travaillant comme un forcené. "A 18 ans, c'était déjà un vétéran pour son savoir", se rappelle Nils Liedholm qui le fait débuter en première division dans le calcio le 23 avril 1978 à Vérone.

L'année suivante Liedholm prend Baresi à part au terme du premier entraînement et lui dit : "Ne tiens en aucun cas compte de mes déclarations aux journalistes. Désormais, mon libéro titulaire ce sera toi". Ce sont les prémices de la légendaire défense Paolo Maldini, Franco Baresi, Alessandro Costacurta et Mauro Tassotti qui restera a jamais dans les annales du football italien.

L’AC Milan survole le championnat et remporte le titre en s'appuyant sur cette incroyable assise défensive. Dur sur l'homme, replaçant sans cesse sa défense, n'hésitant pas a pousser et à monter quand l'équipe est en difficulté, toujours placé comme par magie sur la course du ballon, Baresi n'a de cesse de donner l'exemple aux quatre coins du terrain.

Le respect par la perfection
Loin d’être un surdoué, c’était avant tout un incroyable perfectionniste respecté par tous ses coéquipiers y compris - et surtout - par les plus célèbres. "Il faut être irréprochable dans son comportement pour avoir l'estime et le respect des autres. L'entraînement, le travail et un comportement exemplaire vis a vis des tifosi sont des valeurs fondamentales qu'il ne faut pas galvauder", affirme-t-il encore aujourd'hui.

Quand le Milan a été relégué en Serie B sur tapis vert pour une sombre affaire de matches truqués, un seul homme restera à la barre, au-dessus de tout soupçon, arborant fièrement son brassard de capitaine dés l'âge de 22 ans. Franco Baresi est un fidèle. Il le restera toute sa vie. "Aujourd'hui les temps ont changé. Un joueur peut difficilement rester 15 ou 20 ans dans la même équipe. Le marché a beaucoup changé. Il y a beaucoup plus d'opportunités, c'est difficile de résister", reconnait-il.

Avec l'arrivée de Silvio Berlusconi en 1986, l'AC Milan connaît un nouvel élan. Sous la direction d'Arrigo Sacchi, Franco Baresi sera le patron de l'équipe des invincibles avec les Néerlandais Ruud Gullit, Marco van Basten et Frank Rijkaard qui allait survoler les années 80. Il est encore fidèle au poste à l'époque de Fabio Capello où les Rossoneri remportent quatre nouveaux titres de champion et une Coupe d'Europe des Clubs Champions avec la génération des Marcel Desailly, Zvonimir Boban et Dejan Savicevic.

Pourtant en 1997 il se résout a raccrocher les crampons après 20 saisons de loyaux services, une décision accueillie avec satisfaction par les plus grands attaquants évoluant en Europe. "Je venais de connaître une saison un peu difficile en raison de problèmes physiques. J'avais de plus en plus de difficultés pour récupérer. Et puis à 37 ans, on n’est plus tout jeune et après tant d'années, c'était normal de dire ‘basta’", explique-t-il. Deux ans plus tard, en 1999 il était élu joueur du siècle par les tifosi milanais.

Un sacre, une absence et des larmes
Barré pendant plusieurs saisons en équipe d'Italie par Gaetano Scirea, un autre monument, Baresi a pourtant remporté la Coupe du Monde de la FIFA, Espagne 1982 même s'il n'est jamais entré en jeu. Il a finalement fait ses grands débuts avec la Nazionale le 4 décembre 1982 à Florence contre la Roumanie. Mais ses relations avec Enzo Bearzot allaient se dégrader devant la volonté affichée du sélectionneur de le faire évoluer comme milieu défensif. Finalement, c'est son frère Giuseppe qui était retenu à ce poste pour la Coupe du Monde 1986 au Mexique, où la Squadra Azzurra allait faire pâle figure.

Avec l'arrivée d'Azeglio Vicini, il devient finalement l'un des piliers inamovibles de l'équipe, naturellement au poste de  libéro. Premier à transformer son tir au but en demi-finale de la Coupe du Monde 1990 à domicile, il ne peut cependant empêcher l'élimination face à l'Argentine (1:1, 4:3 t.a.b). Quatre ans plus tard il se retrouve confronté à la même épreuve, mais cette fois en finale face au Brésil.

Sa présence sur le terrain avec le brassard est déjà un petit miracle. En effet, blessé au genou le 23 juin contre la Norvège en phase de poules, il est immédiatement opéré du ménisque et se fixe la finale comme objectif. Le 17 juillet à Pasadena il est présent au rendez-vous. Après un match héroïque, il est encore le premier à s'avancer pour effectuer son tir au but. Mais cette fois sa frappe passe largement au dessus, tout comme celle de Roberto Baggio, tandis que celle de Daniele Massaro est arrêtée par Taffarel.

Le Brésil remporte la rencontre et le tournoi et, pour la première fois, on a pu voir des larmes couler sur le visage buriné du vieux guerrier.

Le saviez-vous ?

  • Baresi prend sa retraite à la fin de la saison 1996/97 et le club décide que son numéro 6 ne sera plus attribué. Un honneur rare auquel n'a pas eu droit son complice Alessandro Costacurta.

  • Huitième joueur le plus capé de la Nazionale, Baresi n'a pourtant inscrit qu'un seul but avec la Squadra Azzurra contre l'URSS le 20 février 1988 à Bari (4:1).

  • Piètre buteur, il détient pourtant avec Riccardo Ferri, l'ancien défenseur de l'Inter, le record des buts contre son camp avec 8 "autoreti" en Serie A.

  • Selon son premier entraîneur, le Suédois Nils Liedholm, Franco Baresi était "un Beckenbauer des années 80-90".

  • Vainqueur de 6 championnats d’Italie, 3 Ligues des champions, 2 Coupes intercontinentales, 3 Supercoupes européennes et 4 Supercoupes nationales, Baresi n’a jamais remporté la Coupe d’Italie, malgré deux finales en 1985 et 1990.