A l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Gigi Riva, le 7 novembre 1944, FIFA.com revient sur la carrière du légendaire attaquant italien.

Son palmarès est inversement proportionnel à son talent. Unanimement considéré comme un des meilleurs - si ce n'est le meilleur - attaquants de l'histoire du football italien, Luigi Riva n'a eu que deux amours dans sa vie : Cagliari et la Nazionale. Puissant, technique, doté d'une frappe monumentale, il possède une moyenne de buts en équipe nationale dans la lignée de celles de Pelé, Gerd Mueller ou Ferenc Puskas.

La carrière de Gigi Riva est d'une simplicité biblique, comme un long fleuve tranquille dans une île enchantée, mais malheureusement émaillée de graves blessures reçues au service de la Nazionale. Originaire d'un village de 3 500 habitants de la province de Varese, il est très jeune irrésistiblement attiré par le but. Sous les couleurs de la modeste équipe lombarde de Laveno Mombello, il en inscrit 30 en 1961, et 33 la saison suivante avant de faire ses débuts professionnels à 18 ans en Serie C avec Legnano-Ivrea.

Cette redoutable efficacité n'échappe pas aux présidents des clubs professionnels, et c'est Enrico Rocca, patron de Cagliari, qui va trouver les mots justes pour convaincre cet adolescent timide et taciturne dans la vie courante, mais dévastateur sur un terrain. Très vite, Riva va tomber sous le charme et même être ensorcelé par la beauté de la Sardaigne et sa qualité de vie. Dès la première saison, il frappe à huit reprises contribuant ainsi à la montée de son club en Serie A. Estimant avoir trouvé sa terre d'adoption, il va systématiquement refuser pendant 13 ans toutes les offres mirobolantes des puissantes équipes du nord, notamment la Juventus, inscrivant en 13 championnats consécutifs, 164 buts en 315 rencontres, toutes compétitions confondues. 

Cette attitude lui assure naturellement l'amour inconditionnel des tifosi et le respect de ses adversaires. Mais le revers de la médaille de ce choix courageux est que Rombo di Tuono (le grondement du tonnerre) se prive de disputer et remporter des trophées qui auraient enrichi son palmarès.

En pleine forme et furieux
Gaucher naturel, Gigi Riva avec son numéro 11 dans le dos, régnait en maître dans le couloir gauche même, s'il avait une tendance naturelle à repiquer légèrement vers le centre en arrivant près des buts. Compact - 1m80 pour 80 kilos -, il n'a jamais redouté les contacts avec les défenseurs et faisait souvent la différence avec son irrésistible démarrage, un dribble court et sec, un redoutable jeu de tête, et quelques gestes techniques de haute volée. Mais sa grande force était sans aucun doute sa frappe soudaine, puissante et précise du gauche. Entre 1967 et 1970, il s'est ainsi imposé comme l'attaquant le plus régulier du calcio, remportant trois fois le titre de meilleur buteur et permettant à Cagliari, grâce à ses 21 buts en 1970, de décrocher le seul scudetto de son histoire.

Alors que l'Italie vivait au rythme de la concurrence entre Gianni Rivera et Sandro Mazzola, Riva allait s'installer sur son aile gauche. Il fait ses débuts internationaux à 20 ans, le 27 juin 1965 lors d'un match amical en Hongrie (2:0), mais devra attendre quatre rencontres avant d'inscrire son premier but à Cosenza contre Chypre (5:0). Riva, parfaitement intégré et dont la frappe fait merveille, n'est pourtant pas inclus dans la liste des 22 pour la Coupe du Monde de la FIFA, Angleterre 1966™.

"Je préfère ne pas savoir pourquoi Edmondo Fabbri ne m'a pas sélectionné. En revanche, il m'a imposé de venir avec le groupe comme joueur supplémentaire", se souvient-il. "Je me donnais à fond lors des matches d'entrainement entre les titulaires et les remplaçants, l'unique manière que j'avais de me défouler. Et je marquais but sur but, j'étais en pleine forme et furieux". Encore plus quand le Nord-Coréen Pak Doo Ik marque le but de la victoire historique de son pays avec le numéro 11. "Mon numéro en plus !", râle encore Riva.

La gauche puis la droite
Quelques mois plus tard, le 27 mars 1967, alors qu'il avait enfin décroché une place de titulaire, il est victime d'une fracture tibia-péroné de la jambe gauche lors d'un match contre le Portugal. Mais il en fallait plus pour arrêter le Sarde d’adoption, qui allait revenir rapidement au premier plan pour connaître de 1967 à fin 1970 la période la plus riche de sa carrière : un titre européen avec la sélection, une deuxième place avec son club en 1969, un scudetto en 1970, une deuxième place à la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1970™ et une deuxième place au classement du Ballon d'Or 1969 derrière Gianni Rivera, et une troisième en 1970.

Pendant ces années fastes, Riva allait inscrire 22 buts en 21 rencontres conduisant la Squadra azzurra à la victoire lors de l'UEFA EURO 1968, en marquant notamment le premier but de la finale contre la Yougoslavie (2:0) après 12 minutes. Puis, à la Coupe du Monde 1970, il était un des buteurs lors de l'historique demi-finale contre l'Allemagne (4:3). A ce moment, il est à son zénith et sa popularité est immense.

Mais le mauvais sort s'acharne sur ce battant qui s'engage toujours à fond. Le 31 octobre 1970 à Vienne, le défenseur autrichien Norbert Hof lui inflige une nouvelle double fracture tibia-péroné, mais cette fois à la jambe droite. Sans son buteur, Cagliari est éliminé en Coupe d’Europe des Clubs Champions et régresse au classement en championnat. Une nouvelle fois, Riva récupère de ses blessures et revient au sommet lors de la saison 1971/72 inscrivant 21 buts en 30 rencontres permettant à Cagliari de revenir dans le haut du tableau.

Malgré les exploits de son buteur, le club sarde régresse inexorablement dans la hiérarchie et joue plutôt le maintien. Pourtant Riva reste fidèle jusqu'au bout, c'est-à-dire une nouvelle grave blessure aux adducteurs en février 1976 qui l'oblige à mettre un terme à sa carrière. Trois ans avant, le 20 octobre 1973 lors d'un match contre la Suisse (2:0) comptant pour les qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA 1974™, il avait battu le vieux record de Giuseppe Meazza en inscrivant son 35ème but, devenant alors le meilleur réalisateur de tous les temps sous le maillot azzurro. Un coup de tonnerre qui retentit encore aujourd'hui.

Le saviez-vous ?

  • Gigi Riva a fondé en 1976 la première école de football en Sardaigne, qui porte son nom.

  • Le 5 janvier 2005, le numéro 11 de Riva a définitivement été retiré dans les jeux de maillot de Cagliari. Le dernier joueur à l'avoir porté, Rocco Sabato, a remis son maillot à Riva au cours d'une cérémonie.

  • Riva a disputé 338 rencontres de clubs au cours de sa carrière inscrivant 170 buts, sans compter les 42 matches et 35 buts avec la Nazionale.

  • Giampiero Boniperti, alors président de la Juventus, avait demandé aux dirigeants de Cagliari quelle contrepartie ils réclamaient pour le transfert de Riva. Réponse des Sardes : Roberto Bettega, Franco Causio, Claudio Gentile ou Antonello Cuccuredu, plus Loris Boni de la Sampdoria. Sans surprise, la Juve n'a pas donné suite.