Certains joueurs pèsent sur le jeu, d'autres sont capables d'exploits techniques extraordinaires, d'autres encore impressionnent par leur physique. Paolo Rossi n'était rien de tout cela. "Juste" l'incarnation du chasseur de but. A l'occasion de son soixantième anniversaire, ce 23 septembre, retour sur la carrière d'un buteur légendaire.

La carrière de Paolo Rossi aurait pu s'arrêter en 1979. Brillant au cours de la Coupe du Monde, Argentine 1978, il revint dans le Campionato à la pointe de l'attaque de son équipe, Pérouse. Il y réalise un bon début de saison. Jusqu'au 30 décembre 1978 où son équipe ne réussit qu'un match nul 2:2 face à Avellino.

Marqué par les scandales
En fin d'année, à la suite d'une enquête, Rossi et d'autres joueurs sont accusés et condamnés pour avoir "arrangé" ce match. L'attaquant italien affirme n'avoir que répondu innocemment à une question posée par un joueur adverse : "2:2 ? Si vous voulez...". Malgré ces dénégations, la sanction est lourde : trois années de suspension, ramenées à deux en appel. Rossi, alors âgé de 22 ans, est coupé en pleine ascension.

Repéré très tôt par la Juventus de Turin, il est envoyé en 1975 à Come, en Serie B, pour s'aguerrir. Puis il rejoint Vicenza, toujours en Serie B, où il explose : 21 buts lors de la saison 1976/77, les Biancorossi accèdent à la Serie A. Il fait encore mieux la saison suivante, inscrivant 24 buts, permettant à son équipe de finir deuxième, derrière la Vecchia Signora.

Logiquement, il est appelé par Enzo Bearzot en équipe nationale cette même année. Rossi est sur des rails. Il réussit, à 21 ans, une excellente campagne argentine en 1978, où il montre au monde son opportunisme. Trois buts, mais aussi deux passes décisives, le bilan est encourageant. Avec son mètre 74 pour 66 kilos, il n'est pas un joueur physique. Mais il est toujours sur les points chauds. Son premier but inscrit avec l'Italie, contre la France, à Mar Del Plata, en est le parfait exemple : après une partie de billard dans la surface, le ballon rebondit sur le tibia de Rossi et entre dans le but. Celui qui sera surnommé après la compétition "Pablito" est toujours au bon endroit, au bon moment.

Une jeune starlette
Puis vient la suspension. De nouveau engagé juste avant la sanction par la Juventus de Turin, Rossi va se morfondre pendant deux années. Il revient sur les terrains fin avril 1982, quelques semaines avant la Coupe du Monde de la FIFA, Espagne 1982. Enzo Bearzot, toujours sélectionneur de la Squadra Azzurra, lui fait un premier cadeau : il l'emmène en Espagne, malgré ses deux ans d'inactivité..

L'emblématique entraîneur italien expliquera plus tard les raisons de ce choix : "Je savais que si Rossi n'était pas en Espagne, je n'aurais pas de joueur opportuniste dans la surface de but. Dans cette zone, il était vraiment bon, rapide, toujours prêt à réaliser la bonne feinte."

Les tifosi sont sceptiques, comme la presse. Ils le deviendront encore un peu plus après le premier tour. L'Italie passe grâce à la différence de buts, n'ayant pu réaliser que trois nuls et inscrit deux buts. Rossi, titulaire, a été transparent.

L'idole de la Nation
Au deuxième tour, les Italiens se retrouvent dans un groupe en compagnie du Brésil et de l'Argentine. Pour le match contre l'Argentine, que l'Italie remporte 2:1, Rossi ne marque toujours pas. Malgré les critiques incessantes de la presse, Bearzot décide de laisser une dernière chance au Toscan.

Contre le Brésil, la victoire est impérative pour les Italiens, alors que la Seleçao n'a besoin que d'un nul. Au terme d'un match extraordinaire, la Squadra s'impose 3:2, mais surtout, Pablito explose. Un triplé monumental, dans son style le plus caractéristique. Un ballon volé, deux buts de renards dans la surface, Rossi a frappé. La machine est lancée. Et ne s'arrêtera plus avant la finale.

En demi-finale, il inscrit deux nouveaux buts contre la Pologne, avant de marquer son sixième but en trois matches en finale, contre la RFA. Il termine meilleur buteur de la compétition et devient le héros de ceux qui demandaient sa tête quelques jours auparavant. "Je me suis senti protégé et cela a été un élément déterminant", expliquera-t-il plus tard. L'heure de gloire de Rossi est arrivée, enfin. Il est élu Ballon d'Or européen cette même année.

Une humble fin
De retour à la Juve, en compagnie des Antonio Cabrini, Marco Tardelli, Gaetano Scirea ou Claudio Gentile, mais aussi Michel Platini et Zbigniew Boniek, deux autres héros de la Coupe du Monde de la FIFA espagnole, Pablito étoffe son palmarès. La Coupe d'Italie en 1983, le Scudetto et la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe 1984, la Coupe dEurope des Clubs Champions 1985...

Il quitte Turin après cette moisson de trophées, pour rejoindre l'ennemi juré de l'AC Milan à l'été 1985. Chez les Rossoneri, la réussite n'est pas au rendez-vous, mais il est tout de même sélectionné pour la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1986. Il n'y jouera pas, et terminera finalement sa carrière à Vérone l'année suivante, à 31 ans.

De blessures en lassitude, Rossi décide de s'arrêter avant de faire le match de trop. Solitaire, Il quitte le monde du football très rapidement, se consacrant à sa passion, la plongée sous-marine. Cependant, il laissera l'image d'un buteur hors du commun, d'un opportunisme doublé d'une humilité difficiles à égaler.

Le saviez-vous ?

  • Quand il était gamin, dans les années 60, Paolo Rossi avait pour idole l'ailier suédois de la Fiorentina Kurt Hamrin.

  • Après sa retraite sportive en 1987, Rossi a monté une entreprise de bâtiment avec son ancien coéquipier Giancarlo Salvi.

  • En 1978, malgré la déception, Rossi avait reconnu : " L'avantage du terrain a été décisif, mais l'Argentine méritait de gagner".

  • A propos de la finale 1982 contre la RFA, Rossi disait : "Nous nous sentions irrésistibles et l'avons montré contre une grande équipe".

  • "Fatigué d'être enfermé dans des hôtels et des centres d'entraînement", Rossi a raccroché. "Je ne voulais plus qu'on gère ma vie."

J'y étais

"A la Coupe du Monde 1978 il avait été très bon, associé à Roberto Bettega. Mais Bettega n'était plus là. Restait Rossi. Sincèrement, si j'avais eu une autre alternative je ne l'aurais pas convoqué. Miser sur sa capacité à retrouver le rythme d'un tournoi aussi relevé et sur sa volonté de se racheter était un sacré pari. Mais, j'avais besoin d'un buteur, un chasseur de buts dans la surface, dans un registre correspondant bien au jeu que je voulais développer. Je savais que si je ne le prenais pas, je n'aurais pas ce style de joueur de surface indispensable dans une équipe.

L'éclosion tardive de Rossi, pendant la compétition est en partie due à notre préparation physique où nous avions privilégié le fond au détriment de la vitesse. Au début il a été laborieux mais il n'a cessé de monter en puissance. Dans les 18 mètres il était extraordinaire, très vif, toujours à l'affût de la moindre petite faute, mettant sans cesse la pression sur les défenseurs. Et cela s'est terminé par la gloire pour lui et l'équipe".
Enzo Bearzot, sélectionneur italien en 1982

"Les meilleurs Brésiliens étaient en Espagne. J'ai la conscience tranquille. Nous avons juste commis l'erreur de pratiquer un marquage individuel sur Rossi".
Télé Santana, sélectionneur brésilien en 1982

"Un nul nous suffisait pour nous qualifier pour la finale. Mais Paolo Rossi était en état de grâce. Il a réussi un triplé sidérant. Nous avons tout tenté mais il n'y avait rien à faire".
Falcao, meneur de jeu brésilien en 1982