La finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Suède 1958™ a débuté depuis quatre minutes et les locaux mènent déjà 1:0, grâce à un but de Nils Liedholm. Didi va chercher le ballon au fond des filets. Ensuite, au lieu d'entamer un sprint en direction du centre du terrain, comme on pourrait s'y attendre dans un tel contexte, le milieu de terrain brésilien tient le ballon d'une main et se dirige lentement vers le rond central, avant d'effectuer calmement le deuxième engagement de la partie au stade Rasunda de Solna.

Dans sa démarche comme dans son attitude, Didi dégageait une sérénité impressionnante. En même temps, il envoyait un message clair à tout le monde, coéquipiers comme adversaires. Waldir Pereira, de son vrai nom, n'a jamais confondu vitesse et précipitation. Pour lui, ce n'était pas la rapidité qui permettait de maîtriser le cuir, mais bien la simplicité et l'application.

"Je m'étais déjà replacé sur l'aile gauche, quand je vois Didi revenir vers le centre du terrain en marchant, le ballon à la main. Je cours vers lui et je lui dis : 'Didi, dépêche-toi, on perd.' Lui me répond : 'Garde ton calme, petit. Rien n'a changé. On est toujours meilleurs qu'eux. Il n'y a aucun problème. On va inverser le score", raconte Mario Zagallo à FIFA.com. "Cinq minutes plus tard, on égalisait. Le reste appartient à l'histoire. C'était Didi tout craché : il avait l'art de tout rendre facile."

Pourquoi se salir ?
Lorsqu'il a sonné - à sa manière - la  révolte brésilienne qui a permis à la Seleção de finalement s'imposer 5:2 et de remporter ainsi, en 1958, sa première Coupe du Monde de la FIFA™, Didi avait déjà 30 ans. Dans son pays, c'était une idole, en particulier à Fluminense et à Botafogo, deux clubs dont il avait fait le bonheur.

Pourtant, les reproches concernant sa soi-disant lenteur ne cessaient pas. Malheureusement, on fait trop souvent l'amalgame entre calme et lenteur, entre sagesse et manque de volonté. C'est ainsi que son passage en 1959 par le Real Madrid, où évoluaient à l'époque Alfredo Di Stéfano et Ferenc Puskás, s'est terminé avec beaucoup de frustration pour Didi, comme il l'a rappelé en 1987 dans un entretien accordé au magazine sportif brésilien Placar.

"Les Espagnols adorent voir les joueurs tacler, tomber. Moi, je n'ai jamais fait un seul tacle de ma vie. À la fin d'un match, mon maillot et mon short étaient comme s'ils venaient de sortir de la machine à laver. En Espagne, on n'admet pas ça. Au bout d'un moment, j'ai même pris l'habitude de frotter de la terre sur mon maillot. Vous imaginez… Mon style ne passait pas et en plus, j'étais un milieu de terrain qui arrivait à faire aussi bien que les attaquants, qui à l'époque au Real étaient les meilleurs du monde. Ça aggravait mon cas", se souvient Didi avec humour.

Par son style unique, Didi inspirait les plumes. C'est peut-être le dramaturge et journaliste brésilien Nelson Rodrigues qui en a parlé le mieux. Il trouvait que sur le terrain, Didi avait "l'élégance d'un prince éthiopien. Didi conduisait le ballon avec amour. Dans ses pieds, la balle était comme une orchidée, aussi belle que fragile, qui devait être traitée avec plaisir et raffinement". Ces mots ne sont en rien exagérés, tant Didi incarnait le lyrisme balle au pied.

Éloge suprême
Le plus intéressant dans le personnage de Didi est peut-être sa placidité. Confinée à l'arrogance, elle exerçait une influence certaine chez ses coéquipiers, qui étaient parfois aussi ses protégés, comme c'était le cas lorsqu'il était entraîneur-joueur dans le club péruvien du Sporting Cristal en 1963. Trois ans plus tard, il fera un passage discret par São Paulo, avant de revenir au Sporting Cristal, mais cette fois uniquement dans le rôle de technicien.

Après avoir conduit son club au titre de champion en 1968, Didi prend les rênes de l'équipe du Pérou en vue de la Coupe du Monde de la FIFA 1970™. C'est lui qui lance dans le grand bain un autre génie du ballon rond : Teófilo Cubillas. Au Mexique, le Pérou atteindra les quarts de finale de l'épreuve suprême, où il s'inclinera, cela ne s'invente pas, face au Brésil. "C'est Didi qui m'a appris à tirer les coups francs. Non seulement, il m'a appris la technique de la 'feuille morte', qu'il avait lui-même inventée, mais en plus il a fait de moi un joueur ambidextre", a expliqué récemment Cubillas dans un entretien accordé à FIFA.com.

S'il faut encore se convaincre du génie de Didi, alors écoutons ce qu'a dit de lui l'un de ses coéquipiers en 1958, durant la Coupe du Monde de la FIFA™ : "Je ne suis rien comparé à Didi. C'est mon idole, mon modèle. Je ne lui arriverai jamais à la cheville. Les premières figurines que j'ai achetées étais des figurines de Didi". L'auteur de ces propos ? Un certain Pelé...

Comme quoi le football sans précipitation de Didi en a enchanté plus d'un.

Le saviez-vous ?

  • Didi est l'inventeur de la fameuse frappe en "feuille morte". Cette façon de tirer a été baptisée ainsi en raison de sa trajectoire. La balle suit une course ascendante et tendue avant de redescendre subitement en "flottant" légèrement.

  • Didi raconte que la "feuille morte" lui a coûté cher. À force de s'entraîner à tirer des coups francs en inclinant son corps le plus possible, il a développé un problème dans la colonne vertébrale qui l'a accompagné toute sa vie.

  • Pendant la Coupe du Monde de la FIFA, Suède 1958™, les journalistes avaient donné à Didi un surnom passé à la postérité : "Monsieur Football". Rien que ça.

  • En 2001, à l'âge de 72 ans, Waldir Pereira est décédé des suites d'une opération de l'appareil digestif. Il est enterré à Rio de Janeiro. Son décès a donné lieu à des hommages dans le monde entier, parmi lesquels une minute de silence à Santiago Bernabéu.