La Coupe du Monde de la FIFA™ a une telle importance pour tous les amoureux de football qu'une unique participation à l'épreuve mythique peut figer pour l'éternité leur perception d'un joueur. Pour le meilleur, pour le pire, ou pour autre chose, comme dans le cas de Jair Ventura Filho.

À la question de savoir qui est Jairzinho, les réponses sont invariablement : la Furacão da Copa de 70, l'ouragan de la Coupe de 70, son surnom. L'un des meilleurs ailiers droits de tous les temps. Ou encore le seul joueur dans l'histoire du football à avoir marqué dans tous les matches de son équipe dans une Coupe du Monde de la FIFA™, y compris en finale. Tout cela est vrai, mais largement insuffisant pour retracer fidèlement le parcours exceptionnel du Brésilien.

En 20 ans de carrière, Jairzinho a pris part à trois éditions consécutives de la Coupe du Monde de la FIFA™, en 1966, 1970 et 1974. Le plus remarquable dans son parcours, c'est qu'il reste dans les mémoires comme fantastique ailier droit, alors qu'en définitive, il n'a quasiment jamais évolué à ce poste… sauf pendant les mois de mai et juin 1970.

"J'étais numéro 10", affirme Jairzinho à FIFA.com. "Ce qui est arrivé en 1970 dans la Seleção de Zagallo est assez incroyable : on avait dans la même équipe cinq joueurs qui évoluaient exactement au même poste dans leurs clubs respectifs. Nous étions tous numéros 10." Les cinq joueurs auxquels Jairzinho fait allusion sont lui-même, alors meneur de jeu à Botafogo, Gérson (São Paulo), Tostão (Cruzeiro), Rivellino (Corinthians) et celui à qui est revenu de droit l'unique maillot brésilien floqué du numéro 10 dans la Coupe du Monde de la FIFA™ au Mexique : Pelé.

"À Botafogo, à l'époque, il y avait Roberto Miranda au poste d'avant-centre. Pelé, à Santos, avait Coutinho devant lui. A Cruzeiro, c'était Evaldo. Et ainsi de suite. Aucun d'entre nous n'était un vrai attaquant. Nos postes en équipe du Brésil ont pratiquement été déterminés par nos numéros de maillot. J'avais le numéro 7, qui correspond à l'aile droite. Rivellino avait le 11, le numéro de l'ailier gauche. Mais en fin de compte, nous nous sommes tous retrouvés attaquants."

Un milieu dans l'espace
Tous attaquaient, certes, mais personne à Mexique 1970 ne le faisait aussi bien que Jairzinho. Les chiffres l'attestent. Après avoir réussi un doublé lors du premier match du Brésil dans le tournoi, contre la Tchécoslovaquie, le numéro 7 auriverde a trouvé le chemin des filets dans tous les autres matches disputés par son équipe dans le tournoi, jusqu'à la finale remportée 4:1 face à l'Italie.

L'un des secrets de cette Seleção entrée dans la légende est qu'en dépit de ce qu'indiquait le numéro de son maillot, Jairzinho repiquait la plupart du temps au centre pour occuper un poste d'avant-centre que Zagallo n'avait tout simplement pas pourvu dans son système. "Je savais que Jair allait frapper un grand coup", racontait à FIFA.com un Zagallo qui avait remplacé João Saldanha aux commandes de la Seleção quelques mois avant le coup d'envoi de la Coupe du Monde de la FIFA 1970™. "Je connaissais son efficacité devant les buts mais surtout, je savais qu'il était dans la forme de sa vie. Il était sur un nuage. Il avait la condition pour occuper un périmètre énorme, à la fois comme meneur de jeu, ailier droit et avant-centre. Tout ça à la fois."

Cette incertitude quant au poste exact de Jairzinho, qui s'est révélée être un atout offensif de taille lors de la Coupe du Monde de la FIFA 1970™, ne datait pas de la veille. En 1958, toute la famille Ventura déménage de Duque de Caxias, dans la banlieue nord de Rio de Janeiro, pour s'installer rue du General Severiano, à deux pas du siège de Botafogo. C'est donc tout naturellement que le gamin de 14 ans rejoint les jeunes du Fogão.

Une étoile brille, une autre s'éteint
Avec Jairzinho dans ses rangs, les juniors alvinegros brillent et attirent vite l'attention de l'entraîneur des seniors, Zolo Rabelo. Ce dernier donne une première chance au jeune prodige à l'entraînement. Jairzinho remplace l'avant-centre vétéran Quarentinha et se retrouve aux côtés de Didi, Garrincha, Zagallo et Amarildo. Même s'il ne joue pas au poste d'avant-centre, il ne laisse pas passer l'occasion et inscrit un doublé lors de ce match d'entraînement. Il ne tarde pas à intégrer l'équipe première.

Son ascension chez les professionnels coïncide avec le déclin de Garrincha, qui quitte le club en 1965. De la Joie du peuple, Jair hérite du numéro 7 et du poste d'ailier droit qui va de pair. La pression liée au remplacement d'une idole du football brésilien ne le déstabilise pas, bien au contraire. Bientôt, il obtient sa première convocation en Seleção et s'installe pour de bon au poste de milieu offensif, où son explosivité et ses démarrages fulgurants sont plus efficaces qu'à la pointe de l'attaque.

"Quand je partais avec le ballon, on ne m'arrêtait pas facilement", raconte l'intéressé avec un vrai sourire et sans fausse modestie. "J'avais besoin d'espace. Même au Mexique en 1970, mes frappes arrivaient en général au bout de longues courses, la plupart du temps en diagonale. J'ai toujours été comme ça. Je m'engouffrais dans les espaces." Comme un ouragan, est-on tenté d'ajouter, et pas seulement durant la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1970™.

Le saviez-vous ?

  • Après avoir raccroché les crampons, Jairzinho a officié comme entraîneur en Équateur, en Grèce, en Arabie Saoudite et au Gabon, où il a été en charge de la sélection nationale de 2003 à 2005.

  • Sa plus grande fierté comme entraîneur date de l'époque où il était à la tête de São Cristóvão. Après avoir fait monter l'équipe en première division en 1989, il découvre chez les cadets du club un jeune attaquant nommé... Ronaldo Nazário de Lima.

  • En 1967, Jairzinho subit une opération rare pour l'époque. Après s'être fracturé deux orteils, il reçoit une greffe osseuse. La convalescence s'est bien passée, comme en atteste la suite de sa carrière.

  • Aujourd'hui, Jairzinho est toujours disponible pour entraîner. En attendant une offre éventuelle, il partage son temps entre les commentaires à la télévision et l'école "Jairzinho Furacão - Salvar Vidas", qui s'occupe de plus d'une centaine d'enfants provenant de communautés défavorisées de Rio de Janeiro.