Même les meilleures choses ont une fin. Michael Essien le sait et, à 32 ans, il voit lentement mais sûrement approcher sa fin de carrière. Passé de Chelse à l'AC Milan en janvier dernier, le Ghanéen semble bien décidé à écrire l'ultime chapitre d'un long et beau parcours en Italie.  

À quelques mois du coup d'envoi de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™, Essien avait rejoint San Siro, autant pour se relancer que pour aborder la phase finale au sommet de sa forme. Mais tourmenté par les blessures, l'ancien Lyonnais a dû se contenter d'un temps de jeu famélique, 19 minutes en tout et pour tout. En Afrique du Sud en 2010, Essien avait suivi depuis les tribunes le parcours des Black Stars en Afrique du Sud, interrompu en quart de finale. Au Brésil, le Ghana n'a pas réussi à franchir le premier obstacle.

Au lendemain de cette contre-performance, les Ghanéens ont concédé le nul à l'Ouganda et battu le Togo dans les qualifications pour la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF 2015. Essien n'a pas participé à ces deux confrontations, mais il a en revanche largement contribué au bon début de saison de l'AC Milan. Au micro de FIFA.com, l'inusable milieu de terrain évoque son avenir en équipe nationale, ses ambitions pour la saison à venir et ses retrouvailles avec de vieux amis en Italie.

Michael, quel regard portez-vous sur les performances du Ghana en Coupe du Monde 2014 ?
Malheureusement, je n'ai pratiquement pas joué au Brésil. À titre personnel, j'étais très déçu. Sur le plan collectif, nous n'avons pas répondu aux attentes suscitées par notre expérience en Coupe du Monde et nos performances précédentes. Globalement, nous n'étions pas au niveau et 2014 ne restera pas comme un très bon souvenir pour nous.

Avant le début du tournoi, vous évoquiez pourtant la possibilité d'atteindre les demi-finales. Comment expliquer que le Ghana ait échoué si loin du but ?
Je m'étais montré un peu ambitieux en annonçant notre présence dans le dernier carré, mais je préfère viser haut et me tromper. De toute façon, nous voulions faire mieux qu'en 2010. Mais pour cela, il aurait fallu gagner des matches. Nous aurions peut-être mérité de l'emporter face à l'Allemagne. En dehors de ce match, nous n'avons pas fait les efforts nécessaires pour franchir le premier tour.

Vous avez eu l'occasion de vous mesurer aux futurs champions du monde pendant la phase de groupes. À ce moment-là, pensiez-vous que l'Allemagne pourrait gagner la Coupe du Monde ?  
À ce stade de la compétition, il n'est pas facile de désigner des favoris. En toute franchise, je ne peux pas dire que je voyais les Allemands en finale. L'Allemagne reste cependant une équipe de tournoi et je m'attendais donc à la voir aller relativement loin. Je ne suis pas non plus surpris par son triomphe, car elle a su associer jeunesse et expérience. Quand un groupe trouve son équilibre, le succès est souvent au rendez-vous.  

Quelles sont vos ambitions en Serie A avec l'AC Milan ?
Je compte bien tout faire pour aider mon équipe à réussir de belles choses cette saison. J'espère que nous pourrons finir sur le podium. Nous avons de bonnes raisons de croire en nous. Comme tous mes coéquipiers, mon rôle consistera à me battre sur le terrain à chaque fois que l'entraîneur fera appel à moi. Notre succès passera par le collectif.

L'AC Milan sera absent des compétitions européennes cette saison. Cela peut-il constituer un avantage ?
Oui, je suis sûr que ça nous sera utile. Mais j'aurais évidemment préféré disputer une compétition continentale. Maintenant, il faut aller de l'avant, en ne perdant pas de vue que nous devrons travailler dur pour réussir en Serie A. Il ne suffit pas d'être absent sur la scène européenne pour faire une bonne saison en championnat. Nous allons jouer moins de matches et nous bénéficierons donc de meilleurs temps de récupération par rapport à nos rivaux engagés dans les joutes continentales. Pour autant, il nous faudra quand même saisir toutes les occasions qui se présenteront cette saison.

Quel genre d'entraîneur est Filippo Inzaghi ?
Il reste avant tout quelqu'un de très sympathique. En plus, il fait du bon travail en tant qu'entraîneur. Il est encore relativement jeune, mais je ne doute pas un instant qu'il a un bel avenir devant lui s'il continue sur cette voie. Gérer un club n'est pas chose facile, surtout quand on parle d'une institution comme l'AC Milan. J'ai beaucoup de respect pour lui. Il a décidé de relever le défi et il donne tout ce qu'il a.

Fernando Torres vient de rejoindre l'AC Milan en prêt. Que peut-il vous apporter ?
J'espère qu'il va connaître le succès en Italie. C'est un grand attaquant, qui va nous faire profiter de son sens du but. Il n'hésite pas à se mettre au service de l'équipe, en match comme à l'entraînement. Je crois que cette attitude lui sera utile à Milan. En tout cas, les supporters doivent savoir qu'il donnera toujours le maximum. Je suis convaincu qu'il sera très prolifique.

Vous avez côtoyé Torres et Alex à Chelsea. Êtes-vous satisfait de retrouver de vieilles connaissances ?
Je suis évidemment ravi qu'ils nous aient rejoints. Il faut aussi ajouter à la liste Marco Van Ginkel, qui s'est engagé le jour de la clôture du marché des transferts. Ils sont tous sympathiques. Nous parlons souvent du temps passé ensemble à Chelsea. J'espère que nous connaîtrons la même réussite à Milan.  

Vous n'avez jamais caché votre affection pour Chelsea et pour José Mourinho. Pensez-vous que les Blues peuvent être sacrés champions d'Angleterre cette saison ?
Je crois que le club fera partie des prétendants, comme d'habitude. José a construit une équipe à son image, capable de lutter sur tous les fronts. Ce groupe a les moyens de remporter des titres. Je m'attends donc à retrouver Chelsea en haut de l'affiche. Depuis dix ans, les Blues sont devenus une référence en Europe. Je pense qu'il en sera encore de même au cours des dix prochaines années.

Durant votre passage à Chelsea, vous avez également croisé Claude Makelele, qui entraîne désormais Bastia. Vous qui avez joué en Ligue 1, suivez-vous toujours le championnat de France ?
Je regarde toujours les résultats des équipes pour lesquelles j'ai joué en France. Il se trouve que Bastia a été mon premier club en Europe. J'ai donc deux bonnes raisons de m'y intéresser ! J'aime beaucoup Claude. C'était un grand joueur et je suis sûr qu'il deviendra un excellent entraîneur. Après avoir été l'adjoint de Carlo Ancelotti au Paris Saint-Germain, il ne manque certainement pas d'expérience.  

Envisagez-vous un jour de devenir entraîneur à votre tour ?
Je réponds toujours non à cette question. Je pense que ce n'est pas un métier pour moi. Le costume d'entraîneur est très différent de celui de joueur et il ne faut pas avoir froid aux yeux pour l'endosser. Je suis donc éliminé d'office ! Mais on ne sait jamais… Le football est plein de surprises.  

Vous avez créé la Fondation Michael Essien. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?  
J'ai lancé cette fondation pour aider les gens de mon village au Ghana, en mettant à leur disposition des choses indispensables : l'eau, des toilettes, des livres… Nous essayons également de former les enfants, pour qu'ils aient un métier plus tard. Nous avons récemment élargi notre action à l'ensemble de la communauté ghanéenne. Nous faisons notre possible pour lever des fonds pour les initiatives importantes. Le dernier Game of Hope au Ghana a permis de financer quatre projets de bienfaisance. Nous essayons de nous rendre utiles. C'est ma façon de remercier la communauté et tous ceux qui m'ont aidé à réaliser mon rêve. Le prochain Game of Hope devrait avoir lieu à Londres en 2015. Le projet n'en est encore qu'à ses balbutiements. Nous verrons si nous pouvons le mener à son terme.