"Je ne pense pas qu'il ait le profil pour jouer à Barcelone, et encore moins pour ce prix. J’espère que les dirigeants du club ont bien réfléchi. Pour un tel prix, autant que ce soit pour quelqu’un qui en vaille la peine." Légende du FC Barcelone avec notamment deux Ligues des champions de l’UEFA et quatre championnats d’Espagne conquis entre 2003 et 2010, Rafael Marquez a un avis qui compte en Catalogne.

Alors quand Jérémy Mathieu, 30 ans, rejoint les Blaugranas pour 20 millions d’euros et est accueilli par ces propos du défenseur mexicain, auxquels vient s’ajouter un article d’un journal local qui le qualifie - avant même son premier match ! - de "pire recrue de l’histoire du Barça", c’est un euphémisme d’affirmer qu’il ne sent pas forcément le bienvenu… Transféré du FC Valence à l’été 2014, le Français encaisse les coups sans rien dire, y compris quand, à la sortie d’un entraînement, un supporter le prend à partie après un nul 0:0 contre Malaga lui reprochant de lui avoir fait perdre 200 euros qu’il avait misés sur la victoire catalane… alors qu’il n’était même pas sur le terrain !

La réponse, il la donne en contribuant à l’exceptionnelle saison catalane récompensée par la Liga, la Coupe du Roi, la Ligue des champions et la Supercoupe d’Europe, rejointes en décembre par la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA au Japon. "D’un seul coup, ça avance vite !", admet-il lorsque FIFA.com lui fait remarquer que son palmarès s’est étoffé au même rythme que sa popularité en Catalogne. "Je ne m’attendais pas à ça en arrivant, mais je suis venu à Barcelone aussi pour ça. Cette année, nous avons pratiquement fait le plein, et je suis très heureux de faire partie de cette équipe."

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Laisser une trace
Cette équipe, justement, s’est fait une place dans l’histoire déjà riche du club espagnol, rejoignant ses devancières dirigées par Pep Guardiola ou Johan Cruyff, non seulement en garnissant la salle des trophées, mais en le faisant d’une manière qui séduit le monde entier. "Ce qui est important, c’est de laisser une trace et de rentrer dans l’histoire du club", estime le milieu gauche de formation, longtemps utilisé au poste de latéral, puis replacé dans l'axe de la défense par Ernesto Valverde à Valence en 2013. "Cette équipe est en train d’y parvenir. On s’en rendra compte petit à petit et peut-être que lorsque les années passeront, on en reparlera. On a du mal à réaliser qu’on est en train d'accomplir quelque chose d’historique."

Mathieu peut-être plus que d’autres, étant donné que son parcours l’a mené en seulement deux étapes - à Toulouse et Valence - du modeste FC Sochaux au grand Barça. "Quand j'ai vu ce joueur grand, rapide, vif, gaucher et bon de la tête, je me suis dit : ‘Si avec tout cela, tu ne peux pas jouer en pro...’", se souvient Guy Lacombe, son premier entraîneur qui l’a lancé en première division à 18 ans à Sochaux. "Mais il était très introverti. Il a fallu l'ouvrir aux autres." "C'est un garçon humble, très simple, que j'apprécie beaucoup", renchérit Alain Casanova, qui l’a dirigé à Toulouse. "Ses qualités, on les connaissait, on savait ce qu'il pouvait apporter en attaque, il s'est beaucoup amélioré en défense et voilà où il est arrivé."

Toujours aussi discret 14 ans après ses débuts, Mathieu a progressé dans tous les domaines, au point d’hériter du brassard de capitaine à Valence, et de se sentir parfaitement à l’aise dans l’embouteillage de stars du vestiaire barcelonais. "Ce n’est que du plaisir à l’entraînement, c’est la rigolade, c’est bon enfant", assure le gaucher pour décrire son bonheur quotidien. "Les joueurs de cette équipe ont toujours soif de nouveaux challenges, ils ont la gagne dans le sang. Moi aussi j’ai toujours voulu gagner. Je suis passé dans des clubs où c’était plus compliqué de gagner des titres. Mais j’ai fait ma carrière petit à petit, progressivement. J’arrive sur le tard à Barcelone, c’est le fruit de mon travail et je pense que ces titres sont mérités. On se fait plaisir, c’est l’essentiel, et les titres viennent en même temps que le plaisir. Que demander de plus ?"

Juste une discussion
Sous le maillot blaugrana, pas grand-chose. Oubliées les critiques de ceux qui, aujourd’hui, l’ovationnent à chaque geste décisif, comme son but lors du clasico face au Real Madrid en mars 2015. Reste désormais à convaincre Didier Deschamps d’emmener à l’UEFA EURO 2016 le Français le plus titré de l’année. Mais s’il estime mériter qu’on lui donne une chance, hors de question pour autant de contester les choix de son sélectionneur.

"Je m’étais exprimé après le clasico, et un journaliste avait dit que je revendiquais une place en équipe de France. Mais je n’ai jamais dit ça !", rappelle-t-il fermement. "J’ai juste demandé une explication. Didier Deschamps n’a pas 50 joueurs qui jouent à Barcelone, l’équipe qui a tout gagné. Donc je veux juste une discussion, une explication, rien de plus. S’il m’appelle et me dit que je suis mauvais, ou que je devrais jouer un peu plus, je le comprendrais. Je demande juste ça, rien de plus. Je n’ai jamais rien revendiqué, si je n’ai pas ma place, il n’y a aucun souci. Depuis que j’ai 17 ans, j’ai toujours respecté les choix de mes entraîneurs, et je n’ai pas changé."

Mathieu, lui, ne change pas, certes. Sa spécialité, c’est plutôt de faire changer d’avis ceux qui doutent de lui.

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