Le défenseur vénézuélien de Fulham Fernando Amorebieta est entré cette saison dans l'histoire de la Premier League anglaise avant même d'avoir touché son premier ballon. En rentrant sur le terrain face à West Bromwich Albion, le Sud-Américain a porté à 100 le nombre de nationalités - hors Royaume-Uni -représentées dans le championnat depuis sa création il y a 21 ans.

Depuis les années 2000, 14 nations n'ont eu qu'un seul représentant en Premier League : Albanie, Angola, Curaçao, Estonie, Iles Féroé, Gabon, Guadeloupe, Kenya, Lituanie, Montserrat, Oman, Pakistan, Seychelles et Venezuela. A l'occasion de cette marque symbolique, FIFA.com a rencontré quatre de ces ambassadeurs. Ils évoquent la fierté qu'ils ont à représenter leur pays dans un championnat aussi mondialisé, mais également ce que cette diversité a apporté à la compétition.

Ali Al Habsi est un nom bien connu des supporters de Wigan et Bolton. Le gardien du but d'Oman est conscient que ses débuts dans le nord-ouest de l'Angleterre ont eu des répercussions à 6 000 km de là. "C'est quelque chose de spécial, mais ça l'est encore plus pour mon pays que pour moi", témoigne-t-il. "J'aime beaucoup quand les commentateurs m'appellent le 'joueur d'Oman'. C'est une bonne chose pour le pays d'avoir ce genre de reconnaissance et je suis très heureux de pouvoir apporter ma contribution", poursuit le capitaine de l'équipe nationale omanie. "Avant que j'arrive, personne ne faisait attention à Oman. Aujourd'hui, grâce au football, les gens me posent des questions sur le pays, suivent les matches de l'équipe nationale, notamment les qualifications pour la Coupe du Monde, et partent même en vacances là-bas ! C'est formidable, j'en suis très fier."

Honneur et responsabilité
Un autre gardien de but, l'Estonien Mart Poom, a partagé ce sentiment lorsqu'il a porté pour la première fois le maillot de Derby County, lors d'une victoire mémorable 3:2 à Old Trafford. "Le match était diffusé à la télé", se souvient l'ancien international, qui s'occupe désormais de l'Académie de football Mart Poom en Estonie. "Ma signature à Derby County et mes débuts contre Manchester United ont fait beaucoup de bruit au pays à l'époque. Je suis très fier d'avoir été le seul Estonien à jouer en Premier League. C'est un honneur, mais aussi une responsabilité. Il faut à la fois donner une bonne image de son pays et se montrer exemplaire aux yeux des gens que vous représentez."

Etre le seul ambassadeur de son pays donne à ces joueurs un surcroît de motivation. "J'avais le sentiment de devoir travailler encore plus dur chaque jour pour justifier l'opportunité qui m'avait été donnée de jouer en Angleterre", estime Poom. Même son de cloche chez Al Habsi : "J'essaie de m'améliorer chaque jour. Je le fais pour ma famille, pour mon pays. C'est une pression supplémentaire, mais une pression positive".

L'ancien international pakistanais et défenseur de Fulham Zesh Rehman a grandi pour sa part en Angleterre. Il a tout de même assumé son statut avec beaucoup de sérieux et de respect. "C'est un honneur, un privilège, mais aussi une responsabilité", juge-t-il. "Je suis fier de ce que j'ai accompli sur le terrain, mais c'est encore plus important de montrer le bon exemple en dehors à tous les enfants qui me suivent, quelle que soit leur origine."

Selon Rehman, les répercussions de la Premier League, dans sa diversité, vont au-delà des simples frontières du sport. "Le football est tellement regardé à travers le monde. C'est un levier très puissant pour faire changer les choses car il touche beaucoup de personnes", analyse le Pakistanais. "Il faut accueillir à bras ouvert les joueurs de différentes cultures et origines. Leur influence dépasse les limites du terrain et du pays dans lequel ils évoluent, surtout en Premier League. C'est probablement le championnat le plus multiculturel au monde. Cela aide les gens à découvrir de nouvelles cultures et à accepter ces différences plutôt que de les voir comme une menace."

L'Asie, prochaine tendance
Al Habsi est persuadé quant à lui que cette diversité des origines et des religions a préparé le terrain pour son arrivée à Bolton : "Cela rend les choses plus faciles. Vous vous intégrez plus rapidement quand il y a autour de vous des gens de même culture. C'est ce que j'ai pu trouver en arrivant en Angleterre", se souvient-il.

Ruel Fox, qui a marqué le premier but de l'histoire de Norwich City en Premier League, a représenté Montserrat, l'île d'origine de ses parents, à la fin de sa carrière. "J'adore voir évoluer des joueurs de différentes origines et cultures", se réjouit-il, à propos d'un championnat qui, aujourd'hui, compte moins d'un tiers de joueurs anglais. "C'est une bonne chose tant que ça tire le niveau du championnat vers le haut. Mais il faut trouver un bon équilibre. les jeunes ne vont pas apprendre au contact de joueurs comme Thierry Henry ou David Ginola s'ils sont prêtés dans des divisions inférieures."

Rehman, qui s'occupe de la Fondation Zesh Rehman, s'attend à voir prochainement le nombre de nations représentées en Premier League dépasser allègrement la centaine. "Il va falloir suivre de près l'Asie du Sud-Est, avec la Thaïlande, Singapour et la Malaisie, des pays passionnés de football qui produisent des joueurs de qualité", annonce celui qui est passé par la Thaïlande et Hongkong. "L'Asie du Sud également, avec l'Inde, le Bangladesh et le Pakistan, même si ces derniers ont encore un peu de retard. J'ai récemment joué au Népal devant 30 000 personnes. La passion du football est bien présente. On devrait voir à l'avenir des joueurs en mesure d'évoluer dans les meilleurs championnats européens."