La qualité du football produit à la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™ a été telle qu'elle a surpris tout le monde, même ceux qui ont déjà tout vécu sur un terrain ou en dehors, à l'image de l'Italien Fabio Capello.

À l'occasion d'une conférence technique organisée par la FIFA et l'UEFA à Saint-Pétersbourg en septembre dernier, le sélectionneur de la Russie s'est dit surpris du football pratiqué durant Brésil 2014. Il affirme avoir beaucoup appris en regardant ce Mondial. En outre, il analyse la campagne difficile de son équipe dans les qualifications pour l'UEFA EURO 2016 et explique ce qu'il espère construire pour la sélection du pays hôte de la Coupe du Monde de la FIFA 2018.

Les temps sont difficiles pour le technicien de 68 ans : le passé récent, le présent et le futur proche sont marqués par des grands tournois, qui culmineront avec la quatrième Coupe du Monde consécutive à laquelle il participera. Capello fait le point.

M. Capello, votre contrat à la tête de la sélection russe court jusqu'à fin 2018. Quels sont vos objectifs ?
Les objectifs sont de faire une belle Coupe du Monde devant notre public, en pratiquant un football de haut niveau. Mais le principal est de bâtir une équipe qui soit compétitive. C'est pourquoi nous cherchons des joueurs capables de réaliser quelque chose de grand.

Récemment, Alexander Kerzhakov est devenu le meilleur buteur de l'histoire de la sélection russe. Quelle est l'importance de ce joueur dans vos plans ?
Kerzhakov est l'un des joueurs russes qui a le plus de capacités pour marquer des buts. C'est quelqu'un qui se donne énormément sur un terrain et en ce sens, il constitue un superbe exemple pour les joueurs. Il a 31 ans, mais j'espère qu'il va continuer à marquer des buts pendant longtemps encore !

Dernièrement, vous n'avez pas hésité à faire appel aux jeunes, comme Dmitriy Poloz, Denis Cheryshev, Magomed Ozdoev et Artem Dzyuba. Dans votre projet, est-il fondamental de mélanger l'expérience et la jeunesse ?
Oui, c'est très important, mais il est plus crucial encore de mélanger les qualités. C'est ça qui compte. Chez les jeunes que vous avez cités, je vois de la qualité.

La sélection russe s'est qualifiée pour les trois dernières éditions de l'UEFA EURO. La qualification pour France 2016 semble-t-elle à votre portée ?
Nous sommes dans un groupe difficile, avec la Suède d'Ibrahimovic l'Autriche, qui est une très bonne équipe, le Monténégro, qui peut poser des problèmes à n'importe qui. Ce sont des adversaires très dangereux. Le chemin sera long. Nous sommes dans un processus d'incorporation des jeunes au sein de cette sélection et ils commencent à bien s'intégrer. La dynamique est bonne, mais il ne faut pas qu'elle s'arrête.

Vous avez mentionné la Suède de Zlatan Ibrahimovic. Il dit souvent qu'à la Juventus, vous l'avez beaucoup aidé à devenir la machine à marquer qu'il est aujourd'hui. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Ibra possède un talent naturel phénoménal. Transformer tout ce talent naturel en machine à marquer ne présente aucune difficulté. Il me suffisait de lui expliquer quelques petites choses et le reste, c'est lui qui le faisait par son travail, un travail quotidien et acharné. Il a toujours beaucoup travaillé sa finition. Au début, il frappait très fort, mais n'avait pas la précision nécessaire. Dans le jeu aérien, il n'avait pas le bon timing. Il a énormément travaillé pour améliorer ça. Pendant des jours et des jours. Incessamment. Maintenant, il saute au bon moment. Un jour, je l'ai appelé et je lui ai dit : "vous avez la qualité d'un Marco Van Basten, le potentiel pour être aussi fort que lui. Je vais vous montrer comment lui il faisait". J'ai demandé qu'on me prépare une vidéo de tous les buts de Van Basten. Je lui ai montré et je lui ai dit : "Vous n'arrivez pas assez près du but. Pour marquer, il faut s'approcher du but adverse. Vous, vous êtes trop loin. C'est bien pour distribuer le jeu, pour faire des passes décisives, mais si vous voulez devenir un buteur, vous devez jouer plus près la surface". Il a très vite compris le message.

Lorsque votre équipe affronte un adversaire qui possède un joueur de cette classe, qui peut faire la différence n'importe quand, éprouvez-vous le besoin de changer votre façon de jouer ?
L'entraîneur essaie de tout préparer, mais il n'est pas sur le terrain. Vous essayez d'expliquer, mais ça ne fait pas tout. Les joueurs de cette trempe possèdent un tel charisme que leur seule présence suffit parfois à faire commettre des erreurs à l'adversaire. Ce qui est certain, c'est que face à quelqu'un comme Ibrahimovic, la moindre seconde d'inattention se paie cash.

Dès le tirage au sort des qualifications pour l'UEFA EURO 2016, vous aviez dit que la Russie était dans un groupe très compliqué. En avez-vous la confirmation ?
Oui. Je pars toujours du principe qu'il faut respecter tous les adversaires. Quand nous parlons de la Suède, nous parlons évidemment d'Ibrahimovic. Pour ce qui est de l'Autriche, son point fort est un collectif à la fois parfaitement huilé, avec de la qualité à tous les postes. Quant au Monténégro, sa force repose sur la grande qualité individuelle de quelques joueurs. Dans cette équipe, il y a des joueurs de très grande classe. Voilà pourquoi nous avons toutes les raisons de respecter ces adversaires.

Qu'est-ce qu'un technicien avec votre expérience peut apprendre dans une conférence comme celle-ci ?
J'écoute et je note tout ce qui me paraît intéressant. Ensuite, je réfléchis à tout ça. Il y a toujours quelque chose à apprendre. Si vous n'avez pas la volonté d'apprendre, il faut faire un autre métier. Il faut faire preuve d'humilité et de respect. Ce sont deux choses essentielles.

D'un point de vue technique, quelles tendances ou quelles innovations avez-vous remarquées lors de la dernière Coupe du Monde au Brésil ?
Ce qui m'a le plus impressionné par rapport à l'Afrique du Sud et par rapport aux qualifications européennes a été la grande rapidité du jeu. Ça m'a vraiment beaucoup surpris. Toutes les équipes étaient à la fois très rapides, très agressives et techniques. Ce fut un grand Mondial. Techniquement et tactiquement, nous avons assisté à la plus belle Coupe du Monde de ces derniers temps.