Rester en sélection au-delà de la trentaine constitue une preuve de longévité et de volonté. Et au-delà de la quarantaine ? Inconcevable aux yeux de beaucoup de monde. Le Mauricien Kersley Appou n'est pas de cet avis. Il est devenu l'international africain le plus âgé lors d'un match de qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF contre la Mauritanie.

Au courant de cette statistique, l'intéressé savait qu'il allait éclipser une légende. "Je savais avant le match que je pouvais battre le record de Roger Milla", avoue-t-il au micro de FIFA.com. "Milla, c'est la référence en Afrique, une légende pour nous tous. J'y ai pensé lorsque mon entraîneur m'a demandé d'aller m'échauffer car j'allais rentrer. Je ne pensais pas jouer, mais je suis fier de moi quand je pense à Roger."

Roger Milla est mondialement connu pour ses exploits sur la plus prestigieuse des scènes. À la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1990™, il sort d'une demie retraite à la Réunion pour guider les Lions Indomptables jusqu'aux quarts de finale. Il a déjà 38 ans à l'époque. Quatre ans plus tard, le Cameroun se qualifie encore pour l'épreuve suprême. Cette fois, les Africains sont éliminés dès le premier tour, mais Milla en profite pour trouver le chemin des filets contre la Russie. Il devient ainsi le doyen des buteurs en Coupe du Monde. L'attaquant disputera son dernier match international à l'âge de 42 ans et 39 jours.

Ce record a tenu pendant près de 20 ans, jusqu'à ce week-end, qui a vu Appou le battre. Le joueur du club de Pamplemousses, dans le championnat mauricien, était tout près de souffler ses 44 bougies lorsqu'il est entré en jeu à Nouakchott. Son anniversaire tombe en effet le 24 avril, soit à peine quatre jours après le match retour sur l'île Maurice, où les locaux espèrent inverser la tendance après leur défaite 1:0 à l'aller du premier tour préliminaire. "J'adore jouer au foot depuis que je suis enfant. C'est bien simple, je n'ai jamais arrêté", raconte le doyen. "Pour moi, c'est un mode de vie. Il faut être très discipliné pour durer longtemps. Je joue encore, avec passion et pour le plaisir. Mais ça devient de plus en plus difficile en raison de mon âge et du besoin de s'entraîner pour rester en forme. Ce n'est pas facile."

Une éternité...
Lucide, Kersley reconnaît toutefois qu'il a bénéficié de la relative faiblesse du championnat local. "Il faut reconnaître que ce n'est pas totalement professionnel. Ça m'a permis de rester dans le coup, même s'il y a quand même de bons joueurs et de bons matches dans ce championnat", estime ce père de trois enfants, qui n'a aucun problème de cohabitation avec ses coéquipiers, même s'il pourrait être le père de certains d'entre eux. "Même si la différence d'âge est plus importante que d'habitude dans le football, je ressens un réel respect de la part des jeunes joueurs. Il n'y a pas d'âge pour devenir amis."

"Il nous donne beaucoup de bons conseils", confirme d'ailleurs Jonathan Bru, coéquipier d'Appou en sélection. "Il a une énorme expérience internationale, ce qui aide beaucoup le reste de l'équipe. À l'heure actuelle, il est le meilleur buteur du championnat. Malgré son âge, il reste très précis dans la surface." Après avoir participé à son premier match de qualification pour la Coupe du Monde en 1996, Appou se fixe les Jeux des îles de l'Océan indien 2015 comme objectif. Cela dit, il n'oublie pas la mission immédiate de son équipe, qui est d'accéder au prochain tour de qualification pour la CAN.

La seule participation de Maurice à la CAN date de 1974. Un événement que la plupart des joueurs mauriciens ne connaissent qu'à travers de vieux livres d'histoire. A l'époque, Kersley Appou avait déjà quatre ans...