Au début des années 70, Günter Netzer était une star incontournable du football allemand. Sa carrière l'a successivement mené au Borussia Mönchengladbach, au Real Madrid et au Grasshopper Club. En 1972, il remporte l'UEFA EURO avec l'Allemagne de l'Ouest, avant de contribuer au triomphe de la RFA deux ans plus tard en Coupe du Monde de la FIFA™. Le 23 juin 1973 restera à jamais gravé dans sa mémoire. Lors de la finale de la Coupe d'Allemagne de l'Ouest qui oppose le FC Cologne au Borussia Mönchengladbach, il décide de son propre chef d'entrer sur le terrain et inscrit le but de la victoire. 

En dehors des terrains, il se distingue aussi par ses extravagances. Entre 1971 et 1973, il dirige la discothèque Lovers' Lane à Mönchengladbach. FIFA.com a rencontré cet homme de médias pour évoquer ses 70 ans, une génération de footballeurs exceptionnelle et les voitures qui font battre son cœur.

Günter Netzer, comment résumeriez-vous en quelques mots votre vie de joueur professionnel, de consultant télé et d'entrepreneur dans le monde des médias ?  
J'ai beaucoup de chance d'avoir pu mener et de mener encore ces activités. Je considère mon parcours avec humilité et gratitude. Franchement, je n'aurais jamais imaginé vivre tant de choses extraordinaires. J'en éprouve une grande reconnaissance.  

Quel souvenir gardez-vous du football des années 70 ?
Nous vivions le football autrement. Les choses n'étaient pas aussi transparentes. On nous pardonnait nos bêtises et certaines passaient même totalement inaperçues. C'était une vie plus agréable. Aujourd'hui, tout se sait par les médias. En revanche, nous n'avions pas tellement l'occasion de faire fortune. De ce point de vue, les choses ont bien changé. Mais les stars d'aujourd'hui ne volent pas l'argent qu'elles gagnent. Elles le méritent, au sens propre. En revanche, il n'en va pas de même pour les joueurs médiocres. Ceux-là sont trop payés. C'est sans doute l'époque qui veut ça.

Vous avez parlé de transparence. À l'époque, les journalistes s'intéressaient de près à vous. Cela vous dérangeait-il ?
Nous vivions un peu dans l'excès, mais le football a toujours été ma priorité numéro un. J'étais conscient de toujours devoir faire mes preuves sur le terrain et que, pour cela, je devais faire du ballon ma première préoccupation. Si je n'avais pas adopté cette attitude, je pense que mes excentricités et certains événements auraient eu raison de ma carrière. Le résultat aurait été garanti. Dans le football, on me prenait pour un fou mais au moins, tout le monde reconnaissait que je savais me servir d'un ballon. C'était ma véritable marque de fabrique et c'est ce qui m'a permis d'exister dans ce milieu.

Vous avez une passion pour l'automobile. Quels modèles des années 70 et d'aujourd'hui font battre votre cœur ?
Je suis un inconditionnel de Ferrari. Ma vie a toujours été gouvernée en partie par la démesure. En principe, je n'avais pas vraiment les moyens de me payer une telle voiture, mais je suis du genre à faire des folies. Ces voitures étaient trop chères pour moi et elles ne correspondaient pas vraiment à mon style de vie. Mais elles me plaisaient. C'est comme ça que je voyais les choses. Ce qui m'intéressait, ce n'était pas le symbole de réussite sociale. C'était le côté esthétique. Dans mon cas, cette philosophie ne se limite pas aux voitures. Elle s'applique aussi à l'art et aux personnes.

Aujourd'hui, auriez-vous le culot d'entrer en jeu sans demander la permission d'un Pep Guardiola, par exemple ?
Bien sûr que non. C'était une situation exceptionnelle. Ce que j'ai fait n'aurait jamais pu fonctionner autrement. Je ne sais pas si un tel concours de circonstances se reproduira un jour. Je suis bien incapable d'expliquer pourquoi et comment ça s'est passé. C'est un miracle. Ça fait plus de 40 ans et tout le monde s'en souvient encore. Le football a besoin d'événements de ce genre. Il faut des traditions et des coups d'éclat dont tout le monde se rappelle. C'est important aussi pour la postérité.

Qui sont les Netzer d'aujourd'hui en équipe d'Allemagne ou en Bundesliga ?
Les temps et les mentalités ont changé. De nos jours, tout est organisé autour du collectif et les résultats sont là. En ce qui me concerne, je trouve que nous manquons un peu de personnalités hors normes. Cette remarque n'est pas valable seulement pour le football. On le retrouve dans d'autres domaines. Personnellement, je le déplore. Désormais, les choses fonctionnent différemment. On a trouvé d'autres façons de s'organiser et ça marche, comme chacun peut le constater.

Qu'est-ce qu'un Günter Netzer apporterait aujourd'hui au football allemand ?
Les enfants de notre génération ont été des superstars. Si nous étions jeunes aujourd'hui, nous serions aussi les stars de notre époque. Le talent serait le même et nous nous en sortirions, mais nous saurions nous adapter aux nécessités de notre temps. C'est la vie. Cette époque est exigeante. Elle n'exclut aucune personnalité, aucune extravagance. Mais en contrepartie, il n'est plus possible de vivre comme nous le faisions. Il en va de même pour certains entraîneurs, qui ont dû adapter leurs méthodes à l'évolution des mœurs.  

Vous arrive-t-il de regretter votre âge et d'imaginer les possibilités qui vous seraient offertes si vous aviez 18 ans aujourd'hui ?
Je n'ai même pas vécu ça à la fin de ma carrière. J'étais alors relativement jeune. Je n'avais que 32 ans. Mais à ce moment-là, je me suis dit qu'il était temps d'arrêter. Depuis cette époque, je n'ai pas perdu une seconde à me demander ce que je pourrais faire ou ne pas faire si j'étais né plus tard. J'ai vécu une belle histoire. Il n'y a pas de place pour le regret là-dedans. Je ne suis pas du genre à céder à la nostalgie. Je ne passe pas mon temps à imaginer toutes les choses fantastiques que j'aurais pu faire. Je suis très réaliste. J'ai profité de chaque seconde. Aujourd'hui, c'est au tour d'une nouvelle génération de briller et j'admire beaucoup ces jeunes pour tout ce qu'ils font.