Être prophète en son pays ? Ce n'est pas encore pour demain pour l'Allemand Kevin Ingreso. Enfin, tout dépend de quel pays on parle... A 22 ans, il a dû s'expatrier bien loin de son pays natal. Il porte en effet les couleurs du FC Ceres, le champion des Philippines en titre. "Je n'ai dormi que quelques heures à mon arrivée puis je me suis rendu directement à l'entraînement. Si j'ai rapidement trouvé mes marques, c'est aussi parce que mes coéquipiers m'ont facilité la tâche. Je connaissais déjà certains internationaux. Ils m'ont fait découvrir mon nouvel environnement", explique-t-il à FIFA.com à propos de ses premières impressions. "Les gens ici sont très sympathiques. Dès qu'il y a un problème, tout le monde est là pour vous aider. En revanche, ils sont plutôt décontractés. On est loin de l'organisation allemande ! Les Philippins s'accordent davantage de temps."  

Ingreso évoluait en quatrième division allemande, jusqu'à ce qu'on l'invite à rejoindre l'équipe nationale des Philippines cet été. "Le sélectionneur Tom Dooley cherche partout dans le monde des joueurs d'origine philippine afin de leur proposer de participer au projet. Il a déjà convaincu plusieurs personnes car jouer pour son pays, c'est toujours une chance et un honneur", estime Ingreso qui, en juin, s'est rendu pour la première fois dans le pays de son père pour y disputer un match de qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA. Simple spectateur face au Bahreïn, il a fait ses débuts internationaux à l'occasion d'un match contre le Yémen. "C'était très émouvant. Quand j'ai entendu l'hymne national, j'en ai eu la chair de poule. Quel sentiment fabuleux !"

Certes, les Azkals n'ont plus aucune chance de décrocher un billet pour Russie 2018. Néanmoins, l'archipel de plus de 7 000 îles a réalisé d'énormes progrès, grâce notamment à la présence de ces "nouveaux" internationaux de l'étranger. Dans le cas d'Ingreso, cette première visite a débouché sur un changement radical. Manuel Ott et Patrick Reichelt, deux internationaux d'origine allemande qui évoluent dans le championnat local, lui ont fait une proposition pour le moins étonnante : s'installer aux Philippines. Fraîchement sacré champion, leur club devait participer à la Coupe de l'AFC. "J'ai rencontré l'entraîneur et je n'ai pas tardé à me faire une opinion", savoure-t-il ajourd'hui.

Une belle occasion de voir le monde
Fils d'une Allemande et d'un Philippin, Ingreso a  bouclé ses valises pour faire carrière à plus de 10 000 kilomètres de son foyer. "Ma mère était d'accord. Elle m'a toujours dit de suivre ma propre voie", raconte-t-il. "Elle a accueilli la nouvelle très sereinement. Bien sûr, elle était un peu triste au moment du départ, mais ça passera. Mon père était ravi. Il vient des Philippines et il connaît bien le pays. J'ai beaucoup de famille ici."

Il lui a sans doute été plus difficile de quitter son amie, qui vit actuellement à Hambourg. Celle-ci doit cependant le rejoindre prochainement. Une première visite de quelques semaines est prévue en février, avant un déménagement définitif l'été prochain. "Elle est très excitée. Elle a toujours voulu vivre à l'étranger. C'est une belle occasion pour elle de voir le monde. Si elle se plaît ici, elle restera", confie Ingreso. En attendant, il faudra se contenter des réseaux sociaux etdu portable pour maintenir le contact.

"Ils sont tous très fiers et très heureux pour moi. Ma famille en Allemagne peut suivre certains de mes matches sur Internet. C'est fabuleux. Maintenant, je peux dire que j'ai réalisé mon rêve de devenir footballeur professionnel", conclut le néo-Philippin qui, du coup, est devenu prophète dans son nouveau pays.