Crédit Photos : Archives FFF

A l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Raoul Diagne, le 10 novembre 1910, FIFA.com revient sur l'histoire et la carrière d'un pionnier de l'équipe de France.

En 1931, dans une France aux frontières desquelles commence à résonner le bruit des bottes, et qui organise une grande exposition coloniale, la sélection de Raoul Diagne en équipe nationale aurait pu susciter des critiques et des commentaires hostiles. Le défenseur est en effet le premier Noir à porter le maillot de la France.

Et effectivement, lorsque ce 15 février 1931, les Bleus affrontent la Tchécoslovaquie à Colombes, il y a bien une réaction virulente. Et elle vient même d’un ministre de l’état français! Mais l’homme d’état en question est un certain Blaise Diagne, alors sous-secrétaire d’état aux colonies, et accessoirement, père de Raoul… Le haut fonctionnaire désapprouve le choix de carrière de son fils, qu’il espérait voir embrasser une carrière militaire ou médicale. Il mettra d’ailleurs un point d’honneur à ne jamais venir au stade voir son rejeton jouer. Dommage, car il manquera de nombreux exploits.

"Défenseur, pas arrière"
Mais en dehors de la famille Diagne, cet événement dans l’histoire du football tricolore passera pourtant relativement inaperçu, contrairement à la sélection du premier joueur noir en équipe d’Angleterre - Jack Leslie avait été appelé en 1932, avant que la Fédération annule la convocation en apprenant que le joueur de Plymouth était noir. Car en France, le lendemain de ce match particulier soldé par une défaite 1:2 des Français, la presse juge la prestation du néophyte uniquement sur le plan sportif, sans aucune allusion à sa couleur de peau. "Diagne, dont c’étaient les débuts dans l’équipe tricolore, fut en tout point excellent en ce qui concerne le côté défensif de son rôle ; dans l’attaque, il a encore maintes choses à apprendre", écrit ainsi Michel Rossini, rédacteur en chef du magazine Football.

Son apprentissage justement, Diagne, né en 1910 en Guyane où son père était alors en mission, le débute à 13 ans au Stade Français avant d’intégrer le Racing Club de Paris trois ans plus tard, en 1926. Il s’y impose immédiatement grâce à ses qualités athlétiques - 1m87 - et sa polyvalence. Car celui qui se définit lui-même comme "un défenseur, pas un arrière" peut jouer partout. Y compris dans les buts, où, en 1931, il remplace un jour le titulaire André Tassin, blessé, et y reste quatre mois, avant de disputer toute la première moitié de la saison 1935/36 ! Celle-ci se conclura sur un doublé Coupe-Championnat, qui construira la légende de Diagne, qui connaîtra 18 sélections et une expérience à la Coupe du Monde de la FIFA, France 1938. En tout cas pour la partie sportive.

Gabin, Baker et guépard
Car en dehors des terrains, le parcours du latéral droit est aussi une source intarissable d’anecdotes et de belles histoires. Fumeur, fêtard, et malgré la pression paternelle, Raoul était un habitué des nuits parisiennes. "Il aimait faire la fête à Montmartre. C´était un gars très charmant et joyeux", confirmait son coéquipier en sélection Alfred Aston, à propos des virées nocturnes de Diagne dans les cabarets de la capitale, où il se lie d’amitié notamment avec l’acteur Jean Gabin ou la chanteuse Joséphine Baker. "Elle m´appelait ‘mon petit frère’ et m´avait même fait monter sur scène une fois avec elle", se souvenait d’ailleurs le footballeur noctambule.

La légende raconte même que Diagne avait été aperçu en promenade dans les rues de la capitale en promenant en laisse… un guépard ! "Il avait été offert à mon père lors d´un voyage au Sénégal. Il s´appelait Rosso et n´était pas méchant, mais j´ai été obligé de m´en séparer quand il a commencé à grandir", confirma un jour l’intéressé, qui allait lui aussi par la suite tisser un lien étroit avec le Sénégal, le pays de naissance de son père.

Car après son parcours de joueur qu’il a terminé à l’US Gorée, en terres sénégalaises, il s’est lancé dans une carrière d’entraîneur qui l’a mené en Belgique, en Algérie et en France, avant qu’il ne devienne le premier sélectionneur de l’histoire du Sénégal en 1960. C’est donc lui dirigea la première victoire des Lions de la Téranga contre la France, à l’occasion lors des Jeux de l’Amitié en 1963 (2:0).

Diagne put alors se rendre compte que dans la formation tricolore de l’époque évoluaient plusieurs joueurs noirs, dont Lucien Cossou et Paul Chillan. Décédé en 2002, Diagne disparaîtra sans savoir que des décennies après qu’il a ouvert la voie,  le meilleur buteur de l’histoire de la sélection - Thierry Henry - et le joueur le plus capé - Lilian Thuram - sont eux aussi des joueurs noirs.