Les tirages au sort, les poteaux, les blessures, les séances de penalties… la chance est une composante essentielle du football. Il y a un peu plus d’un an, le Mali en a fait l’amère expérience, s’embourbant dans un incroyable cycle d’infortune. D’abord, sa prometteuse équipe U-17 s’est fait éliminer au premier tour des qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations de la CAF U-17 2015. Un cruel tirage au sort a ensuite éliminé les A des quarts de finale de la CAN, après que les Aigles ont été à égalité parfaite avec la Guinée à l’issue de la phase de groupes. A quelques heures de leur entrée en lice en CAN U-20, cela a été au tour des Aiglons d’être frappés par la guigne : le gardien titulaire Djigui Diarra s’est fracturé la main et a dû déclarer forfait pour le tournoi. Bref, le début de l’année 2015 n’augurait rien de bon pour le Mali.

Mais le vent a tourné pour les Aigles. D’abord suite à une erreur administrative du Bénin, qui a aligné quatre joueurs inéligibles au premier tour des qualifications, le Mali a finalement été repêché pour la CAN U-17. Il l’a même gagnée avant d’échouer en finale de Coupe du Monde U-17 de la FIFA, Chili 2015. Les "A" ont, eux, enchaîné avec des résultats probants, atteignant la finale du Championnat d’Afrique des Nations de la CAF 2016 et se qualifiant pour le troisième tour des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018, aux dépens du Botswana. De leur côté, les U-20 se sont qualifiés pour la Coupe du Monde U-20 de la FIFA, Nouvelle-Zélande 2015, finissant à une jolie troisième place.

"Certes, la chance a tourné. Mais il y a surtout beaucoup de travail derrière ces résultats", souligne Djigui Diarra, symbole de l’actuel état de grâce malien, au micro de FIFA.com. "A titre personnel, j’ai eu le malheur de me blesser avant la CAN, mais j’estime que ma présence en Coupe du Monde U-20 ne doit rien au hasard. Je n’ai pas cessé de m’entraîner, de faire les efforts, sans me décourager pour participer à ce tournoi. Et Dieu merci, j’y suis arrivé."

La loterie des penalties
Et c’est une chance que le Mali ait pu le compter dans ses rangs ! Djigui Diarra a été exemplaire tout au long du tournoi. Il a notamment sauvé les siens en quart de finale face à l’Allemagne en repoussant un penalty alors que le Mali était mené 1:0. Les Aiglons ont fini par remporter le match… à la loterie des penalties ! (1:1, 4:3 t.a.b.). "C’est mon meilleur souvenir. J’imagine que je le raconterai encore à mes petits-enfants", confie le pensionnaire du Stade Malien, leader du championnat local et encore en course en Ligue des champions de la CAF. "J’ose croire que mon arrêt sur penalty a relancé le match. Cela a remobilisé mes coéquipiers. C’était mon devoir en tant que capitaine."

Et aussi en tant qu’ange-gardien. Car Diarra a une conception tout à fait particulière du poste de gardien de but : "Au-delà de l’aspect physique - les réflexes, les appuis, la détente -, j’aime la dimension psychologique du poste. J’aime sentir que le poids et l’espoir de l’équipe repose sur moi. Avoir le pouvoir de sauver son équipe, à une séance de penalties, alors que tout un peuple compte sur toi, est une sensation unique", explique le numéro 16 de la sélection, qui a intégré les A en juillet 2015 et gardé les buts maliens lors du dernier CHAN, au Rwanda, où il a encore brillé.

"Ce CHAN me laisse d’immenses regrets", souffle-t-il, du haut de ses 21 ans, à ce propos. "Peu misaient sur nous avant le début de la compétition. On a pourtant réussi à atteindre la finale. Or quand on a la veine de jouer la finale d’une telle compétition, on ne doit pas passer à côté de la victoire. Malheureusement, les dieux du football n’étaient pas avec nous ce soir-là, face à la RD Congo.  Mais je suis convaincu que nous aurons l’opportunité de nous racheter."

Les qualifications africaines pour Russie 2018 tombent donc à pic pour Diarra et les Aigles. Malgré les nombreuses stars qu’il a comptées dans ses rangs - de Salif Keita à Frédéric Kanouté en passant par Seydou Keita, Momo Sissoko et Mahamadou Diarra - le Mali n’est jamais parvenu à se qualifier pour l’épreuve reine. "Mais aujourd’hui, on ne manque presque de rien pour réaliser ce rêve", souligne un Djigui Diarra qui rêve également d'Europe. "En tout cas, je peux garantir que la jeune génération travaille d’arrache-pied pour relever ce défi. Nos aînés ont fait de leur mieux. A nous maintenant, de prendre la relève, d’unir nos forces, et d’atteindre l’objectif."

Et d’avoir enfin cette chance…