En posant ses valises en Finlande fin janvier pour prendre ses fonctions d'entraîneur du JS Hercules en deuxième division, Daniel Amokachi s'est lancé dans une aventure inédite. Loin de la chaleur de son Nigeria natal, le champion d'Afrique 1994 s'est installé à Oulu, une ville située à deux heures du cercle polaire arctique. Pour sa première expérience en Europe, le technicien travaille avec un groupe composé de joueurs semi-professionnels.

"Dire qu'il faisait froid, ce serait un euphémisme ! Quand je suis arrivé, le thermomètre indiquait moins 35", lance-t-il sans se départir de son sourire au micro de FIFA.com. "Je venais d'un pays où la chaleur était accablante. Le jour de mon départ, il devait faire 38 degrés au Nigeria. La veille, nous avions consulté les prévisions météo avec ma femme et elle m'avait demandé sur le ton de la plaisanterie : 'Tu es sûr que tu veux aller là-bas ?' Le climat en Finlande constitue un obstacle mais pour accomplir quelque chose, il faut être capable de surmonter toutes les difficultés", ajoute Amokachi qu, pour cause de terrains gelés, travaille exclusivement en salle. 

Ancien adjoint et sélectionneur par intérim du Nigeria, Amokachi a pris tout le monde à contre-pied en décidant de diriger une équipe semi-professionnelle en deuxième division finlandaise. Mais pour l'intéressé, cette mission revêt une importance cruciale sur le plan personnel. "En tant qu'entraîneurs africains, nous ne sommes pas nombreux à travailler sur ce continent", explique l'ancien attaquant du Club Brugge, d'Everton et de Besiktas. "On me donne une plateforme pour montrer ce dont je suis capable en tant qu'Africain. Si le succès est au rendez-vous, d'autres techniciens africains pourraient en profiter à leur tour", ajoute le technicien de 43 ans.

Redevenir Africains
Mais à l'heure actuelle, c'est peut-être le Nigeria qui a le plus besoin d'un entraîneur à succès. Malgré leurs trois couronnes continentales, les Super Eagles ne seront pas du voyage au Gabon pour la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF 2017. Le Nigeria suivra devra à nouveau se contenter du rôle de spectateur, pour la deuxième édition consécutive. "Quand les joueurs rentrent en Afrique pour disputer des matches internationaux, ils oublient qu'il leur faut changer de mentalité. C'est un sujet qui pose problème, pas seulement au Nigeria mais dans toute l'Afrique", note Amokachi, qui occupait les fonctions de sélectionneur adjoint lors du dernier triomphe, en 2013. "En Europe, le moindre aspect de la vie des joueurs est organisé de manière très professionnelle ; en Afrique, le transport ou le logement peuvent être autant de distractions. Les internationaux oublient parfois de redevenir des Africains quand ils reviennent. Ces échecs sont inacceptables pour un pays comme le nôtre, mais ça donne à réfléchir et ça nous permet de prendre conscience qu'il reste beaucoup de travail à accomplir."

Amokachi sait de quoi il parle : durant sa propre carrière chez les Super Eagles, il a collectionné les succès. Le mois d'août 2016 marquera le vingtième anniversaire du triomphe historique du Nigeria dans le Tournoi Olympique de Football. À Atlanta, les Nigérians sont alors devenus les premiers Africains à remporter la médaille d'or. Celui que l'on surnommait le Taureau a brillé aux côtés de joueurs de légende comme Jay-Jay Okocha, Taribo West ou encore Nwankwo Kanu. Amokachi avait notamment marqué en finale pour permettre à son pays d'inverser la tendance et de s'imposer face à l'Argentine.  

Cette victoire dépassait largement le cadre du terrain pour les Nigérians. "En ce temps-là, le Nigeria faisait l'objet de sanctions des Nations unies. Notre parcours olympique a aidé tout un peuple à oublier ses problèmes", assure Amokachi. "L'espace de quelques semaines, il n'y avait plus que le football. La manière dont nous avons remporté cette médaille nous a fait particulièrement plaisir. Nous avons affronté les deux géants sud-américains, le Brésil et l'Argentine, nous avons été menés au score par le Brésil en demi-finale puis par l'Argentine en finale, mais nous avons gagné malgré tout. Ces Jeux Olympiques resteront une expérience extraordinaire. Je chérirai cette médaille d'or toute ma vie."

De quoi donner à Amokachi un peu de chaleur pour surmonter l'hiver finlandais.