"On ne peut que se satisfaire de son rendement et de son attitude sur le terrain, mais aussi de son rôle dans le vestiaire. Il est toujours positif dans ses paroles, dans ses gestes". La description est signée d’Hubert Fournier à l’époque où il entraînait le Stade de Reims et se dirige vers Prince Oniangué, son milieu de terrain congolais. A son tour, FIFA.com a pu se rendre compte de cet optimisme à toute épreuve au cours d’une interview où il revient sur un parcours fait de haut et de bas, mais tous vécus avec le sourire.

On apprend aussi que le capitaine des Diables Rouges congolais aurait également pu faire carrière dans le basket, comme son jeune frère Giovan, professionnel à Paris-Levallois, en première division française. Ça tombe bien, FIFA.com a également tendu son micro au basketteur de la famille…

Lisez l'interview de Giovan Oniangué

Prince, vous avez été blessé un mois et demi, et pour votre retour, vous avez mis Reims sur la voie de la victoire face à Nantes (2:1).  Allez-vous être le porte-bonheur de votre équipe pour le maintien ?
Le fait d’être blessé et éloigné des terrains, j’étais pressé de revenir pour pouvoir aider mon équipe, et c’est ce qui a été fait. Je connais certaines clés qu’il faut activer pour le maintien. Un match se gagne dans la préparation. Tout au long de la semaine, on s’était bien préparés. De mon côté, j’ai essayé de "challenger" deux ou trois joueurs chaque jour, afin que tout le monde soit concerné, et le jour du match, on a eu beaucoup de réussite sur le deuxième but, mais c’est parce qu’on l’a provoquée On a créé une atmosphère favorable et positive. Donc j’étais content pour mon retour et pour mon but. Dans ma tête, je sais qu’en mettant les ingrédients de détermination, de conviction, de volonté, de foi, on va se maintenir, c’est sûr.

D’où vous vient cet optimisme permanent et comment l’entretenez-vous ?
Je rends grâce à Dieu, parce que j’ai appris très très tôt certains principes de la vie, et c’est ce qui explique que je fais une différence aujourd’hui dans ma génération. Quand il y a une blessure, quand un joueur va s’énerver, moi je vais rester calme et je vais me dire que dans ce temps-là, assurément je vais apprendre quelque chose. Avec les autres blessés, je vais pouvoir apporter la lumière là où d’autres seront vraiment tristes, abattus. Je vais essayer d’être une solution. Dans chaque situation, au lieu d’être un problème, j’essaie d’être une solution. C’est ce qui fait que chaque jour, j’arrive avec le sourire, avec une assurance. C’est aussi dû à l’éducation, et aussi grandement à des enseignements de l’église où je vais.

Grandir dans un Congo en guerre civile dans les années 90 a-t-il aussi forgé votre personnalité ?
Dans les années 90, j’étais jeune, mais mon père était à l’époque garde du corps de l’actuel Président de la République Denis Sassou Nguesso, et il a subi un attentat en 1993 et reçu des balles. Depuis il a arrêté de travailler. J’avais cinq ans. Du coup, c’était un choc, mais quand j’ai vu tout le Congo qui s’est mobilisé pour mon père, je me suis dit que ce pays était en nous, et qu’un jour je jouerai pour l’équipe nationale, et je ferai de grandes choses pour ce pays. Je crois que je suis aujourd’hui sur la route de ma destinée, en apportant un message positif pour la nation. Notamment lors des éliminatoires de la CAN 2015, alors que cela faisait 15 ans qu’on ne s’était pas qualifiés. Mais on a créé une atmosphère, on a eu un rêve, et on s’est battus pour être la lumière de la nation. Aujourd’hui, l’équipe nationale est reconnue en Afrique, on est allé en quart de finale à la CAN. On avait une vision, et cette vision, je l’ai communiquée à mes coéquipiers, et je leur ai dit que tout était possible. Lorsqu’on a perdu l’avant-dernier match contre le Nigeria à domicile, on a perdu la tête du groupe. Tout le pays était abattu, les journalistes disaient "ça recommence, on va encore manquer la CAN". Et moi j’ai répondu qu’on était simplement dans les douleurs de l’enfantement, et que le meilleur arrivait. Tout ça pour donner un peu de foi et du positif au pays. Tout le monde a cru en cette petite chance et on est parti se qualifier au Soudan. 

Autre moment difficile, vous deviez faire la CAN Juniors en 2007. Finalement, vous n’y participez pas parce que votre mère veut que vous passiez votre Bac, et le Congo la remporte.  Au moins, avez-vous eu votre bac ?
(rires) Oui, oui, je l’ai eu ! J’étais au Stade rennais, le club reçoit une convocation du Congo pour la CAN Juniors, alors on en parle en famille, et ma mère me dit clairement : "Non, non, non. Ton bac, c’est plus important." Comme c’est important d’honorer ses parents, j’ai préféré honorer ma mère plutôt que de penser à moi et d’aller à la CAN. Finalement ils l’ont gagnée, et moi j’ai eu mon bac ! Tout le monde était heureux. Et je me suis dit qu’une expérience comme celle-là, j’espère que j’en vivrai avec les A. Pour l’instant, j’en ai vécue une à la CAN 2015, et je pense que ça ne va pas s’arrêter là.

Justement, lors de votre formation, vous n’avez pas souvent eu votre chance, et vous avez longtemps joué en Ligue 2, et vous avez subi encore un coup dur avec une fracture de la mâchoire avec Tours. N’avez-vous jamais perdu votre motivation ni votre sourire ?
Pas du tout, parce que je savais que chaque passage de ma vie, j’étais en préparation. Je savais que j’allais ressurgir en Ligue 1 pour pouvoir être un témoin vivant de ces expériences. Car dans la vie on ne peut donner que ce que l’on a. A Rennes, je n’ai pas vraiment eu ma chance, mais je remercie Guy Lacombe qui m’a lancé, et j’étais tout le temps sur les feuilles de match, même si je ne rentrais pas. J’ai vécu une finale de Coupe de France contre Guingamp, des matches de Coupe d’Europe, même si je restais sur le banc. Ce sont des souvenirs mémorables. A Tours, la deuxième année, je me fracture la mâchoire. Mais tout cela m’a fortifié, m’a enseigné, m’a appris à prendre du recul, et m’a fait réaliser combien on fait un métier important. Le simple fait de courir, ce n’est pas un acquis. Aujourd’hui, chaque jour où je vais à l’entraînement, je prends ça comme une grâce.

Vous avez également sauvé la vie de votre frère Trésor, atteint d’une maladie génétique, et qui avait besoin d’une greffe de moelle osseuse. A 18 ans à peine, n’avez-vous jamais pensé aux risques pour votre santé et votre carrière, alors que vous étiez en formation à Rennes ?
Bien sûr, on s’était renseignés avec le club pour savoir s’il pouvait y avoir des séquelles. On m’a dit que normalement il n’y aurait pas de risque, mais on n’est jamais sûr dans ces cas-là. J’ai pensé à mon frère avant tout. On a fait cette greffe, mais il en manquait dans la moelle, alors on m’a ponctionné également au sternum. C’était une bonne expérience, surtout parce qu’aujourd’hui, mon frère va bien, et n’est plus hospitalisé comme avant. Et les supporters, le staff et les kinés de Rennes ont tous gardé une bonne image.

Finalement, cela n’a pas eu de conséquences sur votre carrière, et vous êtes aujourd’hui capitaine du Congo. Où se situent les Diables Rouges aujourd’hui par rapport aux meilleures équipes d’Afrique ?
On part de très très loin, on a fait une bonne CAN, et on a une équipe jeune. On a beaucoup à apprendre avant de pouvoir rivaliser avec les gros pays comme le Cameroun ou la Côte d’Ivoire. Mais on est en train d’avancer à notre rythme, pas à pas. On va d’abord on va essayer de se qualifier pour la CAN 2017, puis de faire mieux que le quart de finale. Nous avons tous un rêve, c’est de faire la Coupe du Monde un jour. Ce qui est bien dans cette génération, c’est qu’on est vraiment soudés. On a créé une atmosphère positive entre nous, avec l’aide de Claude Le Roy aussi. Aujourd’hui, il a changé de sélection, mais son successeur Pierre Lechantre m’a dit une phrase quand il a pris ses fonctions et qu’il est venu me voir à Reims : il a pris la succession de Le Roy au Cameroun, et il leur a fait gagner la CAN ! Je lui ai dit que s’il prenait le Congo après Le Roy et qu’on gagnait la CAN, moi ça me va très bien aussi ! (rires)

Est-ce permis de rêver à une qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA™ dès 2018 ?
D’abord on va attendre le tirage, mais on a cette vision dans notre cœur. Et quand on a cette vision, ça nous motive à en faire plus. L’absence de vision tue. Une équipe vient, s’entraîne sans but, elle ne sait pas pourquoi elle s’entraîne. Mais quand tu as quelque chose dans le cœur, c’est ce qui te fait lever le matin, qui fait que tu vas être déterminé parce que tu es programmé pour gagner. Et cela, nous l’avons avec le Congo, même si nous n’avons pas de grands joueurs dans de grands clubs, comme la Côte d’Ivoire. On est capables de faire des belles choses. On l’a vu à la CAN, et on peut continuer sur cette lancée.

Comment cumuler votre discours d’humilité et le fait d’être le héros de tout un pays ?
L’humilité c’est la base, c’est ce que je dis toujours au ministre des sports, M. Opimbat, et à mes collègues. En tant que capitaine, je dois montrer l’exemple. C’est vrai qu’on a fait des belles choses, mais rien n’est acquis. Il faut toujours rester dans l’humilité, le travail. Quand on aura gagné une compétition ou quand on aura qualifié le pays pour la Coupe du Monde, on pourra un peu parler… Mais je serai toujours là pour tempérer, parce que l’humilité précède la gloire. C’est la clé de la réussite.

Auriez-vous pu connaître la réussite dans un autre sport, comme votre frère Giovan, international congolais de basket et joueur de Paris-Levallois ?
Au départ, je voulais jouer au basket, parce que mon père était basketteur à un bon niveau. Tous ses enfants, nous avons pris un peu de lui dans les gènes. D’ailleurs, j’ai un bon shoot. Mais ma destinée était dans le football. J’ai toujours beaucoup aimé le Brésil, et jusqu’à présent, j’aime toujours cette équipe. C’est ça qui m’a boosté pour faire du foot. Je me rappelle la Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis, j’avais six ans, et je regardais tout, c’était magnifique, avec Bebeto, Romario, Ronaldo qui était jeune.

Lisez l'interview de Giovan Oniangué

Puisque vous croyez au destin, quel est le vôtre après le football ?
Je pense que je serai un ambassadeur de la bonne nouvelle, c’est tout ce que je peux dire ! A travers le monde, je diffuserai des bonnes nouvelles. Quand le monde ne va pas, il faut ramener un peu de paix, d’assurance.

Comment gérez-vous le comportement exemplaire que vous essayez d’avoir dans la vie de tous les jours, avec les exigences du football professionnel ? Être "méchant" sur un terrain, est-ce contre vos convictions ?
Quand je rentre sur le terrain, je suis déterminé à gagner, mais en restant dans les règles. Tout commence par la pensée. Si on a la pensée de gagner son duel sans faire faute, c’est très bien. On peut être agressif dans un duel sur le ballon, sans pour autant chercher à faire mal à l’adversaire. Bien sûr, cela peut arriver par inadvertance ou par maladresse, sans le faire exprès. J’ai déjà pris des cartons rouges, et je me suis toujours dit : "Oh non ! Comment j’ai pu faire ça !" Dans le foot, on est dans l’engagement. Il y a des choses qu’on ne maîtrise pas, mais le plus important c’est d’avoir un cœur vrai, qui veut gagner, mais dans les règles.

Vous qui trouvez toujours les mots justes, quelle serait la meilleure formule pour décrire votre philosophie ?
Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir !