Claude Le Roy a participé à la Coupe d’Afrique des Nations de la CAF avec plus d’équipes que n’importe quel sélectionneur : cinq pays au total, lors de huit éditions du tournoi. Mais le Français aura fort à faire pour ajouter l’an prochain, au Gabon, une ligne de plus à ce CV déjà impressionnant. FIFA.com a rencontré le "sorcier blanc", qui a pris les rênes du Togo en avril dernier.

A deux journées de la fin de la phase de groupes des qualifications pour la CAN 2017, ses Éperviers occupent la troisième place du Groupe A, à deux points du Liberia, leur prochain adversaire, le 5 juin, et à égalité avec la Tunisie, qui bénéficie d’une meilleure différence de buts. Alors que le Togo a été sorti par l’Ouganda de la course à la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™, Le Roy se projette déjà plus loin. "Lorsque j’ai signé mon contrat, on ne m’a pas dit que la qualification pour le Gabon était une obligation", souligne-t-il. "Notre principal objectif est de décrocher notre billet pour la CAN 2019, au Cameroun, mais nous ferons évidemment tout notre possible pour aller au Gabon l’an prochain. C’est tout à fait possible si nous l’emportons à Monrovia, puis à Lomé, contre Djibouti, début septembre. Le groupe est très serré, avec trois équipes encore en course, mais tout dépendra de notre résultat au Liberia. Nous pourrions nous qualifier directement avec 13 points, ou bien finir parmi les deux meilleurs deuxièmes."

Le sexagénaire est arrivé aux commandes après la séparation à l’amiable entre Tom Saintfiet et la Fédération togolaise. Déjà passé sur les bancs du Cameroun, du Sénégal, du Congo, de la RD Congo et du Ghana, il n’a pas hésité à tenter cette nouvelle aventure africaine. "J’ai senti qu’on me voulait et j’ai accepté car le Togo est un pays qui compte dans le football africain", explique-t-il. "Il a participé à plusieurs CAN, ainsi qu’à la Coupe du Monde 2006, et compte de très bons joueurs comme Alaixys Romao, Emmanuel Adebayor, Kossi Agassa, les frères Jonathan et Floyd Ayité, Serge Gakpé ou Serge Akakpo. Le potentiel est là."

Le Roy confie avoir pris le temps de rencontrer les joueurs depuis sa nomination, dont Adebayor, qui avait été écarté par son prédécesseur. "Je suis allé le voir à Londres", raconte le Français. "Nous avons déjeuné ensemble. C’était à une époque l’un des meilleurs attaquants au monde. Nous avons besoin de lui et je sais à quel point il est attaché à son pays et à sa sélection. Je lui ai dit, au cours de notre discussion, que je comptais sur lui, qu’il était très important pour l’équipe, mais qu’il n’y aurait aucun favoritisme. Je lui ai expliqué la façon dont je travaillais et il a accepté de revenir."

Le Roy africain
Agé de 68 ans, Le Roy a découvert l’Afrique en 1985, à la tête du Cameroun, qu’il a conduit à la victoire lors de la CAN 1988. Il aurait pu retourner à ses premières amours, en début d’année, mais les Lions Indomptables ont finalement choisi le Belge Hugo Broos. "J’entretiens une relation particulière avec l’Afrique", admet-il. "Je me rappelle avoir voyagé tout autour du Cameroun pour disputer des matches amicaux contre des équipes locales. J’ai conservé de très bons souvenirs de chaque endroit où j’ai travaillé et construit de solides amitiés. Un sélectionneur se doit de connaître le pays et sa culture. Il doit aussi avoir un œil sur l’ensemble du territoire, afin de trouver des joueurs susceptibles de rejoindre l’équipe nationale."

Le Roy a toujours attribué beaucoup d’importance à certains aspects dans lesquels le football africain accuse encore du retard, comme les transports et l’hébergement pour les joueurs, la qualité des infrastructures ou du suivi médical. "Les joueurs ne se sentiraient pas obligés de partir si l’environnement était plus professionnel", insiste-t-il.

Le Français a quitté son poste de sélectionneur du Congo en novembre dernier, après avoir conduit les Diables Rouges jusqu’à la phase de groupes des qualifications de la zone Afrique pour la Coupe du Monde 2018. Il a ensuite souhaité prendre un peu de repos avant de se lancer un nouveau défi. "J’ai reçu plusieurs propositions en Europe, en Asie et en Afrique", révèle-t-il. "L’idée d’entraîner un club m’a traversé l’esprit, c’est très différent du travail d’un sélectionneur. J’ai étudié toutes ces propositions, mais je souhaitais démarrer à la mi-avril. Certaines étaient tentantes, mais plutôt lentes à se concrétiser. Et j’ai finalement accepté l’offre du Togo. Je pense que ce qui devait arriver arriva."