Joueur charismatique, Paul Breitner a enchaîné les succès avec le Bayern Munich et le Real Madrid. Il est resté en très bons termes avec son ancien employeur espagnol et connaît donc parfaitement ce club. FIFA.com a rencontré l'ambassadeur officiel de la marque Bayern Munich pour évoquer les différences entre ces deux institutions et le match retour de la Ligue des champions de l'UEFA. Il en a profité pour nous confier ce qui l'a surpris lors du match aller, ainsi que le nom de l'équipe qui, pour lui, est assurée de remporter cette demi-finale.

Paul Breitner, vous avez joué tour à tour pour le Bayern Munich et le Real Madrid. Qu'est-ce qui caractérise ces deux clubs et existe-il des spécificités pour chacun d'eux ?
Le Real Madrid est la meilleure équipe du monde depuis plusieurs décennies, c'est le club numéro un. Le Bayern est bien parti pour le rejoindre dans cette catégorie. D'ici un an, nous serons à égalité. L'ambiance familiale est la même au Real Madrid. Cette famille existe depuis plus de 50 ou 60 ans. C'est ce qui fait la spécificité du Real, ce qui lui confère ce statut si particulier. Cela fait très longtemps que les Madrilènes sont au sommet. Les cinq titres européens remportés dans les années 50 leur ont permis de s'imposer au sommet du football mondial. Le président de l'époque, Santiago Bernabeu, a su gérer ces succès pour installer durablement son club au firmament. Il y a donc bien une famille Real, comme il existe une famille Bayern. Cet aspect a toujours joué un rôle important à Madrid.

Les anciens joueurs restent-ils liés au club longtemps après leur départ, comme c'est le cas au Bayern avec Karl-Heinz Rummenigge, Franz Beckenbauer et vous-même ?
Oui, on peut comparer le Bayern et le Real de ce point de vue-là. En 2002, à l'occasion du centenaire du club, tous les joueurs qui avaient porté au moins une fois les couleurs du Real Madrid ont été invités. Parmi les 760 joueurs encore en vie, qu'ils soient à la retraite ou toujours actifs, environ 550 étaient à Madrid. De nombreuses manifestations avec les anciens joueurs sont organisées et je me rends moi-même régulièrement à Madrid. Je suis resté en très bons termes avec les dirigeants.

Quelle est pour vous la principale différence entre les deux clubs ?
Je préfère ne pas parler de différence. Chaque équipe a son histoire. Le Bayern a commencé à réellement exister vers 1965, l'année de sa promotion en Bundesliga. À cette époque, le Real Madrid était déjà une référence dans le monde du football. Du point de vue historique, il a donc une nette avance sur nous, ce qui rend toute comparaison impossible. Pour une équipe allemande, nous avons effectué un parcours fulgurant. Mais le Real Madrid avait plusieurs années d'avance. Le Bayern a remporté sa première couronne européenne en 1974, soit 20 ans après le Real. Depuis le milieu des années 60, le Real compte 90 000 membres. Quand j'ai arrêté, en 1983, nous en avions environ 5 000. Aujourd'hui, nous en avons plus qu'eux, en partie parce que le Real Madrid a décidé un jour de refuser les nouvelles adhésions afin de pouvoir continuer à garantir une place pour les matches à l'ensemble des membres. Le Real Madrid a été le premier consortium du football. On ne peut donc pas comparer les deux clubs. Quand nous avons commencé, Madrid était déjà grand et avait atteint les sommets. Nous avons connu une évolution similaire, mais à des époques différentes.

Avez-vous été surpris de voir le Real Madrid adopter une stratégie aussi défensive et miser uniquement sur les contres lors du match aller ?
Je n'ai pas été étonné qu'ils jouent la carte de la sécurité. Ce qui m'a surpris en revanche, c'est qu'à aucun moment, le Real Madrid n'ait essayé de prendre le jeu à son compte ou de construire une action. Presque tous les joueurs se sont enfermés dans la surface de réparation pour ensuite effectuer de longues passes et envoyer leurs sprinters vers l'avant. Ça m'a étonné, c'était la première fois que je voyais le Real Madrid jouer comme ça.

Diriez-vous à l'inverse que le Bayern a fait le mauvais choix ? Pep Guardiola aurait-il dû opter pour une stratégie plus défensive ?
Non, je ne vois pas les choses comme ça. Après avoir montré pendant 20 minutes son plus beau football, celui de l'automne dernier, l'équipe s'est retrouvée en état de choc. La défense s'était autorisée une erreur de marquage flagrante et a encaissé un but inutile. Il a fallu plusieurs minutes aux joueurs pour s'en remettre. Nous avons surclassé les Madrilènes pendant 20 minutes avant de commettre une erreur. La tactique était donc la bonne puisque nous avons réussi à paralyser le Real Madrid.

À votre avis, qui va se qualifier pour la finale?
Le Bayern compte 15 millions de supporters et j'en fais bien sûr partie. Pour moi, il n'y a donc qu'une seule issue possible ! Nous espérons tous une qualification. Le résultat est loin d'être dramatique. Madrid a pris l'avantage, certes, et il n'est pas exclu que nous encaissions un but à domicile. Mais quand nous jouons à notre vrai niveau, nous sommes imbattables. Si nous y parvenons, nous n'avons rien à craindre. Le Real est loin d'être constitué uniquement de superstars, comme on a pu s'en rendre compte au match aller. Donc si nous jouons normalement, nous réussirons à nous qualifier.