Joël Bats est entré dans la légende du football français un soir de quart de finale de Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1986 face au Brésil. Après 120 minutes d’un match jalonné par ses arrêts réflexes, le gardien des Bleus a sorti une parade sortie de nulle part sur une tentative de Socrates pour permettre à la France d’accéder au dernier carré de la compétition. "C’est un match de légende, un match qui m’a fait aimer des gens. C’est le genre de rencontre qui permet de faire oublier les matches où vous avez été beaucoup moins bons !", plaisante-t-il au micro de FIFA.com.

Des rencontres, il en a disputé énormément, 546 au total en Ligue 1, 50 en sélections dont une finale d’UEFA EURO en 1984, en France : "Mon meilleur souvenir", confie-t-il. A l’issue d’une carrière marquée non seulement par ce trophée et par ce match France -Brésil, mais aussi par un titre de champion de France en 1986, il est devenu entraîneur des gardiens à l’Olympique lyonnais. Chez les Gones, il a notamment entraîné un certain Hugo Lloris, de 2008 à 2012. Aujourd’hui, il a sous sa charge Anthony Lopes, doublure de Rui Patricio en sélection portugaise.

Alors que ses deux protégés croiseront donc le fer ce dimanche 10 juillet en finale de l‘UEFA EURO 2016, Joël Bats, revient au micro de FIFA.com sur les relations qu’il entretient avec les deux gardiens, mais aussi sur ses souvenirs de l'EURO 1984, et de la Coupe du Monde 1986. 

Joël, cette finale de l’EURO 2016 doit avoir une saveur particulière pour vous. Cela doit vous replonger 32 ans en arrière. Quels souvenirs gardez-vous de ce tournoi ?

C’est mon plus grand souvenir sportif. Malgré le temps qui passe et les matches qui défilent, je n’ai pas trouvé mieux. Les matches de cet EURO 84 sont gravés dans ma mémoire notamment ce France-Portugal à Marseille et la finale France-Espagne qui a offert à la France ce premier titre européen. J’en tire beaucoup de fierté.  Il y avait un engouement extraordinaire chez les supporters et une ambiance formidable dans le groupe. De toute façon, à domicile, la France a la chance d’être invincible : 1984 on est champion d’Europe, 1998,  on est champion du monde. En 2016, on va encore être champion !

La ferveur d’aujourd’hui est-elle la même qu’en 84 ?
Oui, c’est très similaire. D’ailleurs, j’ai eu la chance de pouvoir assister l’autre jour, au Parc OL, à la demi-finale Portugal-Pays de Galles. En traversant les allées du stade, j’ai ressenti beaucoup d’émotions. Je suis revenu 30 ans en arrière. J’ai eu un vrai pincement au cœur. J’ai réalisé la chance que j’avais eu moi-même de vivre ce genre de situation et que c’était fabuleux.

La finale de 84 a été notamment marquée par la boulette du gardien espagnol Luis Arconada, sur un coup franc de Michel Platini. Qu’avez-vous ressenti à cet instant du match ?
D’où j’étais, je n’ai rien pu voir au moment du but. Le mur espagnol m’en empêchait. Je n’ai pas vu l’erreur d’Arconada. J’ai uniquement vu des Bleus qui courraient partout et qui s‘embrassaient. On avait marqué… C’est après le match, à la télé, que j’ai pu voir les images dont tout le monde parlait… J’ai eu de l’empathie pour lui. Arconada était un immense gardien à l’époque.

Dans quel état d’esprit, est-on on est à la veille d’un tel rendez-vous ?
On était sous pression, mais elle était bonne. Nous étions un très bon groupe, capable d’éliminer la pression négative. On était ensemble, solidaire. On s’appuyait les sur les autres, on avait confiance les uns envers les autres. Cela nous a donné une force incroyable. D’ailleurs, je retrouve dans cette équipe de 2016 les mêmes vertus qu’à l’époque.

Si cette finale a une saveur particulière pour vous, c’est aussi parce qu’elle oppose deux de vos protégés. Vous avez été l’entraîneur d'Hugo Lloris de 2008 à 2012. Vous êtes l’actuel entraîneur de Anthony Lopes. Leur talent est-il comparable ?
Leur trajectoire pourrait être similaire. Pour l’instant, Anthony Lopes n’est que doublure. Hugo a fait sa place assez vite et a démontré qu’il méritait d’être titulaire depuis toutes ces années grâce à de fantastiques qualités… Sans faire injure à Fabien Barthez, Hugo va battre le record de sélection des gardiens. C’est quelqu’un avec qui j’ai des rapports privilégiés : je l’ai encore eu il y a deux jours au téléphone. On a discuté, rigolé.  Au-delà d’un grand gardien, c’est une très grande personne. Hugo a une place particulière dans mon coeur, mais Antho en a une autre. Il travaille encore avec moi. C’est pareil : on a encore échangé hier. Je l’ai appelé pendant le match de la France. Je lui ai dit "Je vais avoir deux poulains en finale" ! C’est quelque chose de fabuleux pour eux comme pour moi.

Face à l’Allemagne, Lloris a été particulièrement brillant. N’a-t-il pas passé un nouveau cap ?
Il y a des matches comme ça, qui restent des points d’orgue dans une carrière... Même si la carrière d’Hugo est loin d’être terminée, ce match va rester. Il va s’en rappeler longtemps, et les supporters français encore plus. Ce sont des matches qui marquent les esprits, des rencontres de légende. Les gens me parlent encore et toujours du France-Brésil de 86…

On fête justement le 30ème anniversaire de ce match. Quelle place a-t-il dans votre cœur ?
C’est un match de légende, un match qui m’a fait aimer des gens. C’est le genre de rencontre qui permet de faire oublier les matches où vous avez été beaucoup moins bons (rires). J’ai eu la chance d’être l’acteur d’un match de légende qui s’est bien fini pour les Bleus. D’autres n’ont pas eu cette chance… je pense à Max Bossis qui a été un grand défenseur mais dont beaucoup retienne que le penalty raté en demi-finale de la Coupe du Monde 82 face à l’Allemagne. Quand il prend sa tête à deux mains comme un enfant qui aurait fait une bêtise…

Votre séance de tirs au but face au Brésil en 86 a effectivement été plus heureuse pour vous. Qu’est ce qui a pu faire la différence ?
Il y a toujours une grande part de chance. Mais c’est vrai, aussi, qu’il régnait une espèce de sérénité dans notre équipe en 1986. Il ne pouvait rien nous arriver ce jour-là.