La retraite, c’est une "petite mort", selon la formule consacrée. Tous les footballeurs redoutent ce moment, et lorsqu’il arrive, pas facile d’imaginer passer le reste de sa vie à faire autre chose que ce que l’on sait faire de mieux. Du coup, même si aucun n’a encore découvert le secret de l’immortalité, certains ont décidé de s’offrir une seconde vie sur les terrains. Edwin van der Sar, qui a décidé de sortir de sa retraite pour aider le club de ses débuts, le VV Noordwijk en quatrième division néerlandaise, cinq ans après avoir pris sa retraite, est le dernier exemple en date et donne l’occasion à FIFA.com de braquer son projecteur sur ces revenants qui avaient raccroché les crampons, mais les avaient heureusement gardés à portée de main…

C’était sûr et définitif : on ne verrait plus la Brujita dans le football professionnel. Après un parcours fantastique qui l’a vu débuter - et terminer - à Estudiantes de La Plata, et exprimer son talent en Argentine, en Italie et en Angleterre, Juan Veron avait annoncé sa retraite professionnelle en juin 2012 à 38 ans. Inconsolables, les supporters pincharratas ont retrouvé le sourire en voyant leur idole, reconverti en Directeur Sportif du club, abandonner le costume-cravate pour le maillot rayé rouge et blanc un an après. "J’aime jouer au football et j’essaie de me fixer des objectifs", expliquait le milieu offensif albiceleste à l’orée du Tournoi Initial 2013. "Et en voyant la situation de l’équipe, les difficultés du marché… Il était encore temps de donner un coup de main." Grand seigneur, l’ancien joueur de l’Inter Milan a vu l'intégralité de son salaire reversée au centre de formation d'Estudiantes. Peut-être pour former son successeur lorsqu'il s'est retiré pour de bon...

C’est aussi par affection pour son club formateur, Högaborg, que Henrik Larsson a rechaussé les crampons à 41 ans. L'ancienne gloire du Celtic Glasgow, qui n’avait pu honorer sa promesse de jouer pour le club en fin de carrière, a pu finalement tenir parole en juin 2013, quatre ans après son dernier match officiel. Alors entraîneur adjoint, Larsson a repris du service pour aider son équipe décimée par les blessures. Parmi ses coéquipiers valides, un tout jeune joueur débutait sa carrière, un certain Jordan Larsson, 15 ans, fils de Henrik ! Curieusement, l’ancien international anglais Chris Sutton, partenaire du Suédois au Celtic, avait lui aussi retrouvé le chemin des terrains en 2012 à 39 ans, trois ans après les avoir quittés, pour porter le maillot de Wroxham où débutait un gardien de but 16 ans, Oliver Sutton, fils de vous savez qui…

La quarantaine rugissante
Autre histoire de famille, celle du Brésilien Romario , sorti à 43 ans de sa retraite sportive en 2009 pour porter les couleurs d’América de Rio de Janeiro. "C'est le moyen que j'ai trouvé pour réaliser un vieux rêve de mon père", confiait alors le champion du monde 1994, en hommage à Evedair Faria, décédé l’année précédente et qui avait toujours voulu voir son rejeton porter les couleurs de son équipe favorite. Troisième de la Coupe du Monde de la FIFA™ quatre ans après le sacre de Romario, Robert Prosinecki, a suivi la même démarche deux ans après avoir dit stop. "J'ai décidé d'aider Savski Marof parce que c'est une équipe que mon père défunt aimait bien", justifiait-il avant de s’engager avec le club de quatrième division croate.

Difficile de s’éloigner de ses racines, le Français Jocelyn Angloma peut le confirmer. Retraité en 2002 à 37 ans, l’ancien défenseur du FC Valence et de l’Olympique de Marseille est sollicité par l'Étoile de Morne-à-l'Eau, le club amateur de ses débuts en Guadeloupe, pour prendre part à un match de  Coupe de France. Il relève le défi mais au lieu de disputer un match, il prolonge l’aventure et y ajoute en plus la sélection de Guadeloupe, avec laquelle il participe à la Coupe des Caraïbes des Nations et se qualifie pour la Gold Cup de la CONCACAF 2007. Mieux, il aide les Gwada Boys à y livrer une performance historique avec une place en demi-finale, inscrivant notamment un but en quart contre le Honduras. A 41 ans, c’est avec le sentiment du devoir accompli qu’il raccroche une deuxième fois les crampons, cette fois pour de bon. Mais sait-on jamais…

Car même au-delà de cet âge, on peut encore faire des miracles ! Le Camerounais Roger Milla avait un printemps de plus lorsqu’il est devenu le plus vieux buteur de l’histoire de la Coupe du Monde de la FIFA™ contre la Russie lors d’Etats-Unis 1994. Avant cela pourtant, il avait annoncé prendre une retraite bien méritée à 37 ans après trois saisons réussies à Montpellier. Prenant une licence amateur juste pour le plaisir à la JS Saint-Pierroise de la Réunion, il se débrouille quand même pour mener son équipe au doublé coupe-championnat de l’île. Le reste appartient à la légende. Rappelé chez les Lions indomptables pour Italie 1990, il les emmène en quart de finale, et continue à jouer et marquer pendant six longues années, avant de se retirer pour de bon en 1996 à 44 ans.

La longévité de Milla a peut-être inspiré un autre attaquant légendaire qui a décidé de reprendre du service après quelques années d’inactivité. En 2003, le nom de "Jay Goppingen" n’évoquait peut-être pas grand-chose à ses adversaires sur la feuille de match, mais ils devaient être surpris lorsqu’ils le rencontraient en chair et en os. Car sous ce pseudonyme se cachait un attaquant allemand  de 39 ans qui, cinq ans après auparavant, voyait le rideau tomber sur une carrière bien remplie, marquée notamment par un titre de champion du monde en 1990. Un certain Juergen Klinsmann

Installé en Californie, l’ancien buteur de Tottenham et du Bayern avait aidé l’équipe locale d’Orange County Blue Stars à se qualifier pour les play-offs de la quatrième division américaine en inscrivant cinq buts en huit matches. "Je fais ça simplement pour le plaisir et ça me maintient en forme", expliquait celui qui allait devenir sélectionneur des Etats-Unis quelques années plus tard, et qui avait choisi son pseudonyme en hommage à sa ville de naissance, Göppingen.

Ce sont des raisons complètement différentes qui ont poussé un autre monument de la Mannschaft, Mario Basler, à rechausser les crampons. L’ancien milieu de terrain du Werder Brême, du Bayern et de Kaiserslautern, où il a disputé son dernier match en 2003, s’était tranquillement installé dans une carrière d’entraîneur jusqu’au jour où il eut la mauvaise idée de faire un pari avec son ami et partenaire de golf David Winterstein, président du BCA Oberhausen, et de le perdre. L’enjeu ? Retrouver les terrains avec l’équipe bavaroise alors en septième division…

Amitié et gazon anglais
Une histoire d’amitié a aussi poussé le Brésilien Aldair, légende de l’AS Rome, à ressortir ses crampons du placard pour rejoindre Murata en 2007, trois ans après avoir tiré sa révérence. Massimo Agostini, son ancien coéquipier giallorosso, avait mené le club au sommet du championnat de Saint-Marin, lui offrant par la même occasion une place en tour préliminaire de la Ligue des champions de l'UEFA. Entretemps, le défenseur de la Seleçao avait occupé son temps libre en pratiquant le beach soccer. Une activité testée aussi par son compatriote Dida, ancien gardien de l’AC Milan, après avoir rangé ses gants en 2010. Mais deux ans après, l’appel de la pelouse et du football à onze a été trop fort et il s’est engagé avec Portuguesa, puis Grêmio.

Le Néerlandais Edgar Davids, lui, a carrément renoncé deux fois à un repos bien mérité ! La première avait vu le Pittbull sortir de deux ans d’inactivité depuis la fin de sa carrière à l’Ajax Amsterdam pour faire une pige à Crystal Palace, en deuxième division anglaise. La seconde l’a vu prendre deux nouvelles années de repos pour revenir à 39 ans dans le costume d’entraîneur-joueur de Barnet, en quatrième division.

Il semble d’ailleurs difficile de résister à l’appel des pelouses anglaises puisque le mythique meneur brésilien Socrates avait accepté le même rôle à Garforth Town en 2004 à l’âge de 50 ans, plus de dix ans après son dernier match officiel ! Quant au Wembley FC, il a réussi la prouesse en juin 2012 de sortir simultanément de leur retraite les anciens internationaux anglais Ray Parlour, Martin Keown, Graeme Le Saux et Ugo Ehiogu, ainsi que l’Argentin Claudio Caniggia et l’Américain Brian McBride pour prendre part à la campagne du club en FA Cup. Le tout avec l’ancien sélectionneur anglais Terry Venables dans l’encadrement technique et l’ancien portier international David Seaman comme entraîneur des gardiens !

Le sentiment de tous ces joueurs, et probablement de tous ceux qui voient le jour de la retraite approcher, est parfaitement résumé par l’Ivoirien Bonaventure Kalou qui, après un parcours riche en buts et en titres avec les Eléphants, Feyenoord ou Paris Saint-Germain, avait mis un terme à sa carrière en 2010 avant de la reprendre un an plus tard à Combs-La-Ville, en… 11ème division française : "Le foot m’a tellement manqué ces derniers mois. Je suis heureux de retrouver un vestiaire, des partenaires. Peu importe à quel niveau, le foot c’est ma vie."