Le football a beau être un sport collectif, certaines prestations le feraient passer pour une discipline individuelle. Ils s'appellent Ronaldo, Alessandro Del Piero, Ronaldinho, Alfredo Di Stefano, et ont tous en commun d'avoir un soir, en état de grâce, quitté le terrain en véritable héros, grâce à des performances suffisamment extraordinaires pour que même le public adverse se prosterne devant eux.

A l'occasion du huitième de finale retour de la Ligue des champions de l'UEFA 2016 entre le Real Madrid et l'AS Rome, qui a vu la légende italienne Francesco Totti se faire acclamer par le public madrilène, FIFA.com revient sur les plus mémorables standing ovations de l'histoire du football.

 

(Être applaudi par Bernabeu fut une sensation indescriptible. Merci du fond du coeur aux fans.)

(Merci Capitaine. Un moment de fierté et un honneur de recevoir ton maillot.)
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Quand on connaît l'intense rivalité qui existe entre le Real Madrid et le FC Barcelone, difficile de croire qu'un joueur soit parvenu, un jour, à mettre d'accord supporters Catalans et Merengues. C'est pourtant l'exploit réalisé par Laurie Cunningham. Premier Anglais de l'histoire à rejoindre la Casa Blanca, il réalise un match exceptionnel à l'occasion de la victoire 2:0 du Real dans l'antre du Barça, lors de la saison 1979/80. A sa sortie, tout le Camp Nou se lève. Le Santiago Bernabeu le lui rendra par deux fois.

 

Trois ans plus tard, le 26 juin 1983, la mythique enceinte madrilène accueille le match aller de la finale de la disparue Copa de la Liga. On joue la 57ème minute, le FC Barcelone domine d'un but au tableau d'affichage lorsqu'un certain Diego Maradona entame une interminable série de dribbles. Elle se termine au fond des filets madrilènes. Les supporters culé crient au génie. Leurs homologues madrilènes aussi.

Autre prodige, autre 10, autre Sud-Américain, le Brésilien Ronaldinho en 2005, survole le clasico. Il mystifie côté gauche la défense blanche pour s'en aller battre Iker Casillas une première fois. Bis repetita quelques minutes plus tard. Score final 3:0. Madrid s'incline, ses fans aussi.

Il faut croire que le stade Santiago Bernabeu sait reconnaître la supériorité de son adversaire quand il le faut. Déjà en 1952, Alfredo di Stefano, alors pensionnaire du club colombien de Millonarios, débarque à Madrid pour un tournoi organisé à l'occasion des 50 ans du club. Il inscrit un doublé, son club l’emporte 4:2, le Real et ses supporteurs sont conquis. Il signe dans la foulée au club et y fera les beaux jours pendant 11 ans. Le milieu de terrain néerlandais Gerrie Mühren n'a lui jamais signé à la Casa Blanca, mais il est aussi parvenu faire lever ses 80 000 fidèles grâce à une prestation de haut vol et un magnifique but qui enverra l'Ajax Amsterdam en finale de Coupe d'Europe des Clubs Champions.

Autre standing ovation que Madrid a réservée à un ennemi, le 5 novembre 2008. Ce jour-là, l'attaquant la Juventus de Turin Alessandro Del Piero signait un doublé en terre soit disant hostile et terrassait à lui seul l'ogre madrilène en phase de groupes de Ligue des champions. "Tout au long de ma carrière, j'ai reçu énormément de témoignages d'affection, mais deux moments spécifiques resteront gravés dans ma mémoire : l'hommage qui m'a été rendu lors de mon dernier match à Turin, et les applaudissements de Bernabeu en 2008", avouera il Pinturicchio. "Recevoir une ovation dans un tel temple du football est inestimable".

C'est à peu près ce qu'avoue avoir ressenti Ronaldo à Old Trafford un soir d'avril 2003. L'attaquant brésilien porte alors les couleurs du Real Madrid. Éblouissant, il inscrit un triplé au Théâtre des rêves et ouvre les portes des demi-finales de Ligue des champions aux Galactiques (6:4 sur l'ensemble des deux matches). Fair play, les Anglais acclament le Fenomeno, remplacé à la 67ème minute par Santiago Solari. "C'était une soirée magique, incroyable. Le match avait été superbe et le public m'avait, personnellement, offert beaucoup de reconnaissance. Lorsque j'avais été remplacé en seconde mi-temps, j'étais sorti sous les applaudissements. C'était un jour merveilleux", confiera l'intéressé plus tard au micro de FIFA.com.

A Arsenal, plus que pour la qualité d'une prestation, on se lève pour le retour de ses enfants prodiges. Le Croate Eduardo n'a passé que trois ans chez les Canonniers, mais il n'a laissé que de bons souvenirs à l'Emirates Stadium. L'enceinte londonienne lui a réservé une ovation lors de son retour, en phase de groupe de Ligue des champions, sous le maillot du Shakthar Donetsk, lorsqu'il réduit le score pour le club ukrainien. "J'ai eu l'impression que je jouais toujours pour Arsenal", a-t-il confié après la rencontre. Gunner de 1999 à 2007, Thierry Henry a eu droit au même comité d'accueil pour son come-back dans son jardin, à l'occasion du match Arsenal-FC Barcelone, en quart de finale aller de C1 2009/10 . Un tonnerre d'applaudissements a ainsi accompagné son entrée en jeu à la place de Zlatan Ibrahimovic.

Depuis qu'il est au Paris Saint-Germain, ce dernier est d'ailleurs devenu un habitué des standing ovations. Auteur d'un quadruplé à Anderlecht, en phase de groupe de Ligue des champions, en octobre 2013, le Suédois a quitté le terrain sous les vivats du public bruxellois. Quelques semaines plus tard, à Brest, rebelote. Son triplé en 32ème de finale de Coupe de France force le public breton à l'admiration. "La standing ovation à ma sortie ? Ce n’est pas difficile, ils étaient 500 dans les tribunes ! Mais je suis très content, si les gens sont contents", dira-t-il après coup.

Bien avant le Suédois, Pelé avait le don de séduire les amoureux de football, indépendamment de leur nationalité ou de leur penchant pour tel ou tel club. "Impossible de ne pas succomber au génie de Pelé", avait ainsi avoué le Roi de Suède, Gustave VI Adolphe, après la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1958, perdue par les hôtes suédois face au Brésil d'O Rei. Au fil de sa carrière, Pelé va prendre l’habitude d’être applaudi par les supporters adverses. C’est le cas notamment en 1961 à Fluminense, où il a le droit à une standing ovation pour un but inscrit après avoir dribblé six adversaires ! Le jeu mettra presque deux minutes à reprendre.

Neymar n'a peut-être pas le palmarès de son glorieux prédécesseur, mais il partage quelques points communs avec lui. C'est notamment sous le même maillot, Santos, que le prodige est parvenu lui aussi à obtenir l'acclamation des fans adverses. C'était en 2012, face à Cruzeiro, et le Brésilien y était allé de son hat-trick. "Je suis tout chamboulé, ça me donne envie de pleurer", avait-il confié après la rencontre.

C'est également en larmes que, blessé, le buteur auriverde a quitté la pelouse lors du quart de finale de Coupe du Monde de la FIFA 2014 face à la Colombie. Son adversaire d'un soir, James Rodriguez l'était aussi mais pour une autre raison... Révélation du tournoi, le Cafetero n'a pu retenir ses sanglots après la défaite de son équipe malgré sa réduction du score sur penalty (2:1). En voyant leur adversaire inconsolable, Daniel Alves et David Luiz ont délaissé les célébrations pour lui adresser quelques mots. Les deux hommes lui ont réservé une chaleureuse accolade. Beau joueur, David Luiz a même demandé au public de Fortaleza de l'applaudir. Les spectateurs ne se sont pas fait prier. 

Question émotion, difficile de rivaliser avec cette 86ème minute du derby catalan Espanyol-FC Barcelone, du 12 décembre 2010. Pep Guardiola, alors entraîneur du Barça, décide de procéder à un ultime changement. Andrés Iniesta doit sortir, c'est alors que le stade Cornella-El Prat se lève comme un seul homme pour saluer le joueur. Une façon de rendre hommage à celui qui avait dédicacé son but, en finale de Coupe du Monde, à Dani Jarque, défenseur du RCDE, décédé quelques mois plus tôt. "Dani Jarque siempre con nosotros" ("Dani Jarque toujours avec nous") avait-on pu lire sur le tee-shirt du buteur décisif face aux Pays-Bas. Vous avez dit "sport individuel" ?