Pour Lauren, le Tournoi Olympique de Football Masculin 2000 a été une histoire de coïncidences et de coups de chance : un penalty rédempteur en demi-finale, une finale contre le pays où il a grandi et qui s'est conclue par une victoire aux tirs au but, après un match nul 2:2 à Sydney. À cette occasion, l'ancien joueur d'Arsenal et ses coéquipiers ont offert au Cameroun la première médaille d'or olympique de son histoire, toutes disciplines confondues. "Ce fut magnifique non seulement sur le plan personnel, mais également pour tout le pays", explique Lauren à FIFA.com. "Les gens souffraient beaucoup au pays. J'étais très fier de pouvoir apporter un peu de bonheur à la population."

En guise d'entrée en matière à Sydney 2000, le Cameroun domine de justesse le Koweït (3:2), Lauren, inscrivant le but décisif. Suivront deux matches nuls 1:1 face aux États-Unis et à la République tchèque, contre qui Lauren trouve encore le chemin des filets. Cela suffit aux Camerounais pour s'ouvrir les portes des quarts de finale, où ils ont rendez-vous avec le Brésil. "Les Brésiliens commencent tous les tournois avec l'étiquette de favoris", poursuit Lauren. "Il y a des joueurs qui, le moment venu, prennent leurs responsabilités. Patrick Mboma en fait partie. Dès que l'arbitre a sifflé le coup franc pour nous, il a pris le ballon. Il a frappé et marqué un but superbe."

Ronaldinho égalise dans le temps additionnel d'un match qui devient fou. Dans la prolongation, Geremi et Aaron Nguimbat sont exclus. "Ce jour-là, nous avons fait honneur à notre surnom, les Lions indomptables. Nous n'avons rien lâché", assure Lauren. Entré en cours de jeu, Modeste Mbami inscrit le but en or pour le Cameroun qui, réduit à neuf, parvient donc à sortir le Brésil.

Une revanche et une sensation étrange
L'adversaire des Africains en demi-finales, le Chili, n'est pas un bon souvenir pour Lauren. À la Coupe du Monde de la FIFA, France 1998™, le défenseur formé au FC Séville avait été exclu à la sixième minute de son premier match dans la compétition, précisément contre la Roja. Dans cette demi-finale de Sydney 2000, le tableau d'affichage indique 1:1. On joue la 89ème minute. Le Cameroun obtient un penalty. "J'ai immédiatement pensé que c'était à moi de le tirer", se souvient Lauren. "Je suis allé prendre le ballon et je n'avais plus qu'une chose en tête : marquer. Pour moi et pour tout le Cameroun."

Né au Cameroun dans une famille qui venait de fuir la Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnole, Lauren quitte l'Afrique à l'âge de trois ans. Il débarque à Séville, ce qui donne pour lui un goût évidemment particulier à la finale à venir contre l'Espagne. "J'avais des sentiments assez contradictoires", raconte Lauren. "Je me sens Espagnol et Camerounais à la fois. Dans l'autre camp, il y avait des joueurs que j'avais côtoyés au centre de formation de Séville, comme Jose Mari ou Carlos Marchena. C'était une sensation étrange"

Les Lions indomptables ratent leur début de match. Un certain Xavi, alors âgé de 20 ans, ouvre le score d'un coup franc merveilleux dès la 75ème seconde. Moins de trois minutes plus tard, les Espagnols obtiennent un penalty. Angulo s'apprête à frapper. En face de lui, se trouve un jeune gardien de 16 ans, Idriss Kameni. "Il était très jeune mais alors, il avait une telle confiance en lui !", décrit l'ancien Gunner. "Il faut rappeler qu'il était entraîné par une légende du football camerounais au poste de gardien : Thomas Nkono. Kameni était un peu le prolongement de Nkono sur le terrain."

Kameni arrête le penalty, mais peu de temps avant la pause, l'Espagne fait le break. Après la pause, Amaya marque contre son camp et permet au Cameroun de reprendre espoir. Juste avant l'heure de jeu, Samuel Eto'o égalise à 2:2. Le score n'évoluera plus pendant les 30 minutes supplémentaires. "Nous savions que pas mal de supporters avaient dépensé toutes leurs économies pour venir nous voir en Australie. Nous leur devions la victoire", assure l'ancien milieu de terrain. "Nous avons réussi quelque chose de remarquable. À la mi-temps, alors que nous étions menés 2:0, nous étions tous persuadés que nous pouvions renverser la situation."

Gagner le respect
Mboma, Eto'o et Geremi convertissent les trois premières tentatives camerounaises, après quoi Amaya, décidément malchanceux ce jour-là, rate la sienne. Vient le tour de Lauren pour les Lions indomptables. "La pression est toujours là, mais son plus grand ennemi s'appelle la confiance", explique Lauren. "Si j'avais eu le moindre doute, je ne me serais même pas porté volontaire pour tirer le penalty."

Lauren marque en plaçant le ballon exactement au même endroit qu'il l'avait fait contre le Chili. David Albelda permet à l'Espagne de continuer d'espérer mais après lui, Pierre Wome offre la victoire au Cameroun. Les plus de 100 000 spectateurs du Stadium Australia viennent d'assister à un morceau d'histoire. La suite ? Presque 10 ans jour pour jour après cette finale olympique, quatre membres de cette Espagne vaincue - Carles Puyol, Xavi, Carlos Marchena et Joan Capdevilla - allaient soulever la Coupe du Monde sur le continent du Cameroun qui, de son côté, remportera une deuxième CAN d'affilée en 2002. Une nouvelle fois, la finale se décide aux tirs au but. Encore une fois, Lauren convertit sa tentative. À la Coupe du Monde 2002, on retrouve dans le camp camerounais une bonne moitié des champions olympiques de Sydney 2000 mais les Lions se font dompter et quittent la compétition dès la phase de groupes.

Pour Lauren, le sacre de Sydney a marqué un tournant dans l'histoire du football africain. "Nous avons prouvé que les équipes africaines pouvaient désormais aller au bout. C'est comme ça que les pays africains peuvent gagner le respect, comme le Cameroun l'avait fait à la Coupe du Monde en 1990", conclut-il.