"Le sport a le pouvoir de changer le monde, le pouvoir d'inspirer, le pouvoir de rassembler les gens comme peu d'autres choses peuvent le faire." La citation est de Nelson Mandela et bien que sa sagesse soit légendaire, l'ancien dirigeant sud-africain avait déjà du recul lorsqu'il a prononcé ces célèbres paroles en 2000.

Son pays était encore déchiré par les divisions de l'Apartheid quand il est devenu, en 1994, le premier président de l'Afrique du Sud élu démocratiquement. Deux événements l'ont cependant grandement aidé, au cours des deux années suivantes, à engager son peuple sur la voie d'une transition. Comme Mandela l'a rappelé, ils ont tous les deux eu lieu sur des terrains de sport : la victoire des Springboks lors de la Coupe du Monde de rugby 1995 et celle des Bafana Bafana, à domicile également, en Coupe d'Afrique des Nations (CAN) de la CAF 1996.

Clive Barker et Neil Tovey, respectivement sélectionneur et capitaine de l'équipe à l'époque, ont chacun joué un rôle crucial dans ce succès historique. Vingt ans après, ils ont livré à FIFA.com leurs souvenirs du plus grand triomphe de l'histoire du football sud-africain.

Une attente énorme
Barker se souvient que l'équipe nationale, longtemps écartée des compétitions internationales en raison de l'Apartheid, devait composer avec une énorme pression à l'approche de la CAN 1996, organisée en Afrique du Sud. "J'étais juste derrière les poteaux lorsque Joel Stransky a passé le drop victorieux en finale de la Coupe du Monde de rugby face à la Nouvelle-Zélande", raconte-t-il. "Je savais à quel point ce succès allait nous mettre la pression, car le football était principalement suivi par la population noire, qui avait envie de nous voir faire aussi bien que les joueurs de rugby."

Malgré cette attente, Barker et Tovey étaient tous les deux convaincus que l'équipe était en mesure de soulever le trophée. "Nous avions conscience de nos qualités car nous avions déjà obtenu de bons résultats. Nous avions notamment fait match nul avec l'Argentine et l'Allemagne juste avant de démarrer notre préparation pour le tournoi. Nous savions donc que nous étions capables de bien jouer, mais il nous fallait absolument démarrer sur une bonne note et ce match contre le Cameroun a joué un rôle très important dans notre victoire finale", explique Tovey à propos de la victoire 3:0 lors du match d'ouverture.

Les Bafana Bafana ont enchaîné en dominant l'Angola 1:0 pour décrocher leur billet pour les quarts de finale, avant de s'incliner sur le même score face à l'Égypte lors du dernier match de groupe, avec une équipe remaniée. "Nous étions déjà qualifiés et nous avons décidé de faire un peu tourner l'effectif", témoigne Barker. "C'était un risque calculé, je voulais tenter le coup. Après la défaite, j'ai invité les joueurs à aller boire une bière tous ensemble."

"Nous avons ensuite repris notre marche en avant", poursuit l'ancien sélectionneur. "Et nous avons disputé notre plus beau match du tournoi en demi-finale contre le Ghana, qui était un peu à l'époque le 'Brésil' africain. Nous avons été grandioses ce soir-là [victoire 3:0]. Je crois que nous aurions pu battre n'importe quelle équipe au monde avec ce genre de performance."

Dans l'histoire
L'Afrique du Sud a ensuite battu la Tunisie 2:0 en finale et Tovey a eu l'honneur de recevoir le trophée des mains de Nelson Mandela, portant fièrement le maillot des Bafana Bafana sur ses épaules. L'ancien capitaine reconnaît qu'il ne réalisait pas vraiment à l'époque la portée de ce succès : "Lorsque vous disputez un match, vous ne pensez pas aux conséquences historiques que le résultat pourrait avoir. Mais je savais que c'était quelque chose d'unique de s'imposer à domicile et de recevoir la coupe des mains de la personne la plus emblématique au monde".

Barker est persuadé de son côté que cette victoire de 1996 a joué un rôle important dans la transition de l'Afrique du Sud vers une société plus moderne : "Les gens ne réalisent pas toujours que le football a fait tomber davantage de barrières que les hommes politiques. Il avait d'ailleurs commencé à faire bouger les choses dès les années 1970. Le sport en général a été un vecteur de changement en Afrique du Sud".

Selon Tovey, qui occupe désormais les fonctions de directeur technique national, la génération 1996 a également contribué au développement du football sud-africain. "Beaucoup de joueurs sont ensuite passés sur le banc avec succès", souligne-t-il. "Clive entraîne toujours évidemment. Il y a également Roger de Sa à l'Ajax Cape Town, Eric Tinkler chez les Pirates, Doctor Khumalo aux Kaizer Chiefs et désormais Sean Bartlett aux Tuks. Les gars ont exceptionnellement bien réussi."