Le tireur de penalty bénéficie normalement d'un avantage sur le gardien de but. Certains gardiens se font cependant un plaisir d'inverser la logique, parfois juste le temps d'une séance de tirs au but, comme Barbara un soir de Tournoi Olympique de Football Féminin en quart de finale face à l'Australie. L'icone du football féminin Marta venait de rater le sien, plaçant les Matildas sur une voie royale pour un ticket en demi-finale. La perspective d'une élimination dans ces circonstances ne pouvait pas effleurer l'esprit de Barbara. La gardienne brésilienne venait de trouver une raison pour se sublimer encore plus.

Elle arrêtait le penalty suivant avant d'enchaîner avec un nouvel arrêt, synonyme de qualification et d'explosion de joie. "Je savais que ma responsabilité avait soudainement augmenté", racontait-elle dans la foulée de son exploit. "Je ne pouvais simplement laisser faire ça à une joueuse et une personne si extraordinaire. J'ai demandé à dieu de me bénir encore plus et j'ai pu le sauver."

C'est parfois tentant de parler d'un équilibre entre chance et talent pour évaluer les chances d'arrêter une penalty, mais c'est souvent bien plus complexe. Comment expliquez autrement la performance de l'ancien gardien d'Ipswich Paul Cooper, vainqueur de la Coupe UEFA en 1981, qui a arrêté huit penalties sur dix durant la saison 1979/80 ?

"J'ai repoussé plusieurs penalties d'affilée et ensuite, j'ai acquis la réputation d'être très efficace dans cet exercice. Je crois que ça jouait un peu sur la confiance des tireurs. Le voilà, mon grand secret", glisse-t-il au micro de FIFA.com. "Mon objectif était toujours de faire en sorte que le tireur place le ballon à l'endroit que j'avais choisi. Pour ça, il fallait donner l'impression d'être très confiant. Une fois qu'on commence à arrêter quelques penalties, les adversaires se disent : 'Ce type a une réputation'. Ils se mettent à douter alors que j'étais au contraire de plus en plus sûr de moi. Ça m'a beaucoup servi. Cette situation mettait une pression supplémentaire sur les tireurs car ils avaient l'impression d'avoir en face d'eux un spécialiste."

Le témoignage de Cooper confirme que l'aspect psychologique est un élément déterminant de l'art du penalty. Un gardien de but a tout intérêt à semer le doute dans l'esprit de son adversaire, et cette observation prend encore plus de sens lors d'une séance de tirs au but. Il suffit de remonter aux quarts de finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2014™ pour trouver un exemple probant. Entré en jeu pendant la prolongation, le Néerlandais Tim Krul avait plongé du bon côté sur chacune des cinq tentatives du Costa Rica, repoussant deux tirs au passage.  

Pas une science, juste de l'instinct ?
Si le gardien de but de Newcastle a systématiquement fait le bon choix dans un match de cette ampleur, ce n'est pas uniquement grâce à son intuition. Après coup, Krul a reconnu qu'il avait tenté de déstabiliser ses opposants. "Je leur ai dit que je savais où ils allaient tirer, dans l'espoir de les rendre un peu nerveux", avouait-il à FIFA.com en juillet 2014. "C'était déjà arrivé une fois, contre Frank Lampard. Je lui avais dit la même chose et j'avais arrêté son penalty. J'ai tenté ma chance. Ça a marché et j'en suis très heureux."  

Dans le même exercie, Helmuth Duckadam, dernier rempart du Steaua Bucarest, avait repoussé quatre tirs au but du FC Barcelone successifs en finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions 1986. Ses exploits avaient permis aux Roumains de remporter le premier titre européen de leur histoire. Dans une épreuve considérée comme une loterie, Duckadam a choisi de s'en remettre à la logique plutôt qu'à la chance. "J'ai essayé de me mettre à la place des tireurs", explique-t-il à UEFA.com. "C'était une question de logique. Après avoir sauvé la tentative d'Alexanko, je me suis imaginé à la place du tireur suivant et je me suis dit : 'Si le gardien a arrêté un penalty sur sa droite, où faut-il que je tire ?' Le gardien aurait plutôt tendance à partir sur sa gauche, alors j'ai plongé à droite. On s'en rend mieux compte sur le troisième tir au but. J'étais absolument certain que Pichi Alonso allait tirer à droite. C'était logique. Après avoir réalisé deux parades sur sa droite, il aurait été normal que le gardien parte de l'autre côté. Il a donc choisi de tirer du même côté que ses deux partenaires."  

Pour Brad Friedel, les gardiens peuvent réagir d'instinct en observant attentivement leurs adversaires. Récemment nommé à la tête de la sélection U-19 des Etats-Unis, l'homme aux 82 sélections avait mis au point une technique personnelle pour deviner où le tireur allait placer le ballon, en se basant sur son pied d'appui. "On peut essayer de repérer de petits détails. En ce qui me concerne, je regardais toujours attentivement la jambe d'appui", explique l'Américain à RTE. "Si on attend la dernière seconde avant de s'élancer, il faut être rapide et puissant pour avoir une chance de réussir. En général, le pied d'appui est tourné dans la direction où le ballon va partir. Évidemment, ce n'est pas sûr à 100%. Ce n'est pas une science, c'est de l'instinct. Mais il y a d'autres indices : l'élan, l'angle de la course, l'importance de l'enjeu…Si c'est un gros match, que le tireur est droitier et que j'ai cru remarquer un peu d'inquiétude dans son regard, mon instinct me dicte plutôt de plonger sur ma gauche car pour l'attaquant, c'est plus facile de cadrer de ce côté-là."