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Romário, de l'inspiration au génie

(FIFA.com)
Brazilian star Romario drapes himself in his country's flag after Brazil won the World Cup 1994
© Getty Images

"Le génie, c'est 1 % d'inspiration et 99 % de transpiration." Si la phrase de l'inventeur américain Thomas Edison est passée à la postérité, cela signifie-t-il pour autant qu'elle correspond à la réalité ? On pourrait faire écho à la maxime en répondant : dans 99 % des cas, oui, tant il est vrai que la réussite est généralement le fruit d'un dévouement entier à une tâche, accompagné de beaucoup, beaucoup de travail. En d'autres termes, on ne s'improvise pas génie.

Existe-t-il dans ce domaine des exceptions qui confirment la règle ? Romário de Souza Faria est persuadé que oui : "Quand je suis né, mon père m'a montré du doigt et a dit : 'le voici'". Cette phrase, le légendaire attaquant la répétait à qui voulait bien l'entendre et y croyait dur comme fer. C'est sûrement l'une des explications de l'étonnante confiance en lui-même affiché par le Brésilien tout au long de sa carrière, qui lui a permis de devenir un génie du football, transpiration ou pas.

La facilité avec laquelle Romário réussissait tout ce qu'il entreprenait sur la pelouse était véritablement déconcertante. Lui qui avait besoin d'aller se ressourcer régulièrement dans son pays natal n'hésitait pas à proposer à ses entraîneurs des marchés du type : "Si je marque deux buts, vous me permettez d'aller faire un tour au Brésil ?". Même Johan Cruyff, son entraîneur à Barcelone, ne pouvait rester insensible à une telle confiance en soi. Le Hollandais acceptait, O Baixinho marquait ses deux buts puis s'envolait à destination du Brésil. "Il avait cette qualité rare de pouvoir faire des choses géniales sans beaucoup les travailler", disait de lui le mythique numéro 14 de l'Ajax et des Pays-Bas.

"Calmez-vous, je vais marquer"

Les choses n'ont toutefois pas toujours été faciles pour le natif de Vila da Penha, quartier pauvre de Rio de Janeiro. Il donne ses premiers coups de pied dans le ballon à l'Estrelinha. C'est dans ce club de foot en salle créé par son père Edevair qu'il se fait remarquer. À 13 ans, il rejoint Olaria et ne met pas longtemps à attirer l'attention d'un vrai grand du football brésilien, Vasco da Gama.

En 1985, à l'âge de 19 ans, Romário intègre l'équipe première de Vasco et durant les trois années suivantes, devient une véritable idole auprès des supporters du Gigante da Colina. Il ne tarde pas à intégrer l'équipe du Brésil et s'illustre pour la première fois sur la scène internationale à l'occasion du Tournoi Olympique de Football Masculin, Séoul 1988, où la Seleção remporte la médaille d'argent et son avant-centre le titre de meilleur buteur de la compétition, avec sept réalisations en six matches.

Cette année-là, le PSV Eindhoven, récent vainqueur de la Coupe d'Europe des Clubs Champions, décide de s'attacher les services de la petite merveille brésilienne. Sous la houlette de Guus Hiddink, O Baixinho aide le grand club néerlandais à remporter trois championnats nationaux et impressionne tous ceux qui le voient à l'œuvre, y compris le stratège du PSV. "C'est le joueur le plus intéressant avec qui j'ai travaillé à ce jour. Avant les matches importants, quand il voyait que j'étais un peu plus nerveux que d'habitude, il venait me voir et me disait : 'Calmez-vous coach, je vais marquer et on va gagner'. Ce qui est incroyable, c'est que huit des dix fois où il m'a dit cela, il a marqué et nous avons remporté le match", se souvient le Magicien.

30 buts, une coupe

Pour les entraîneurs concernés, gérer cette facilité confinant à l'insolence n'était pas toujours chose aisée. C'était particulièrement vrai en équipe nationale, où les techniciens n'avaient pas un contact quotidien avec Romário. Cela explique partiellement pourquoi le parcours du petit numéro 9 sous le maillot jaune est une histoire d'exploits ponctués de prises de bec avec le sélectionneur en place.

Romário conquiert le statut de héros national à l'occasion de la Copa América 1989. À cette époque, le Brésil connaît une pénurie de titres, à laquelle O Baixinho met fin en inscrivant le seul but de la finale contre l'Uruguay, au Maracanã de Rio de Janeiro, offrant ainsi au Brésil le titre continental attendu par tout un peuple. Tout désigné pour figurer à la pointe de l'attaque brésilienne lors de la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1990™, il se blesse trois mois avant le coup d'envoi de l'épreuve suprême. Il fera tout pour récupérer à temps et sera dûment convoqué dans la liste des 22 par Sebastião Lazaroni. À court de compétition, il ne jouera cependant que quelques minutes, contre l'Écosse.

Au cours de l'été 1993, Romário rejoint un autre grand d'Europe, le Barça de Johan Cruyff. À cette époque, les équipes ne peuvent pas aligner plus de trois joueurs étrangers en même temps sur le terrain. Dans un club qui compte déjà dans ses rangs le Bulgare Hristo Stoichkov, le Néerlandais Ronald Koeman et le Danois Michael Laudrup, le Brésilien ne doute de rien et déclare à son arrivée : "C'est un plaisir d'être ici". Du plaisir, O Baixinho en prendra tout au long de la saison 1993/94, inscrivant la bagatelle de 30 buts en 33 parties et s'adjugeant dès sa première année en Espagne le titre de champion, doublé de celui de Pichichi.

En dépit de son rendement exceptionnel à Barcelone, Romário n'est pas appelé en sélection. Fin 1992, le sélectionneur Carlos Alberto Parreira le laisse à l'écart pour un match amical du Brésil, ce qui a pour effet de déclencher une vague de mécontentement parmi les amateurs de football au Brésil, c'est-à-dire à peu près toute la population. D'autant plus que dans les éliminatoires pour la Coupe du Monde de la FIFA 1994™, la Seleção n'est pas au mieux et doit absolument remporter son dernier match, contre l'Uruguay au Maracanã, pour s'assurer d'être présente aux États-Unis.

Müller, pensionnaire habituel du poste d'avant-centre à cette époque, est blessé. Romário est convoqué, inscrit les deux buts - dont un proprement époustouflant -d'un succès 2:0 et le Brésil est en route pour États-Unis 1994. Dans cette Coupe du Monde de la FIFA™, Romário sera absolument exceptionnel, comme en témoigne le Ballon d'Or adidas qui vient récompenser l'ensemble de son œuvre dans le tournoi. "Sans lui, le Brésil n'aurait jamais gagné cette Coupe du Monde. Romário a été l'un des deux ou trois meilleurs joueurs des années 1990", dira Cruyff quelques années plus tard.

Pleurer et marquer

Ensuite, O Baixinho fait des choix de carrière pour le moins étonnants et qui, avec le recul, marquent incontestablement le début de son déclin. À la surprise générale, il décide de quitter l'Europe pour revenir au Brésil, où il signe à Flamengo, éternel rival du club où il avait éclaté au grand jour : Vasco da Gama.

À cela s'ajoute un coup du destin : lors du stage de préparation du Brésil en France pour la Coupe du Monde de la FIFA 1998™, Romário se blesse à l'entraînement et doit renoncer à prendre part à la grand-messe du football mondial. Quatre ans plus tard, c'est le sélectionneur Luiz Felipe Scolari qui le prive de Corée/Japon 2002, en ne le convoquant pas parmi les 23. Les deux fois, les larmes de Baixinho feront la une des journaux brésiliens.

Entre forme et méforme, Romário fera des passages à Vasco, à Flamengo, à Fluminense ainsi que dans les championnats des États-Unis et d'Australie. Alors que chaque année qui passe est soi-disant sa dernière sur les terrains de football, O Baixinho décroche un dernier titre de meilleur buteur du championnat brésilien en 2005. Il est alors âgé de 39 ans. En 2007, il célèbre le millième but de sa carrière, selon un comptage personnel qui inclut les matches amicaux.

Voilà où peut mener une bonne dose d'inspiration. "Je n'ai jamais été un athlète. Si je m'étais entraîné correctement, j'aurais marqué beaucoup plus de buts, mais je ne serais peut-être pas aussi heureux que je le suis aujourd'hui", disait celui dont l'éthique de vie ne fonctionnerait probablement pas pour de nombreux footballeurs. Pour 99 % d'entre eux…

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