Sexwale : "Mandela, l'esprit d'Afrique du Sud 2010"
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En cette calme journée hivernale, dans sa maison située à proximité de Soccer City, Tokyo Sexwale prend le temps de la réflexion. L’ancien prisonnier politique, devenu une légende nationale en s’investissant dans le monde des affaires et la vie politique, revient sur ce jour historique où l’Afrique du Sud est entrée dans une nouvelle ère.

En exclusivité pour FIFA.com, il évoque les bienfaits à long terme de cet événement pour l’Afrique du Sud, à commencer par la fierté retrouvée de tout un peuple. La Coupe du Monde de la FIFA™ a beau avoir quitté le pays, son esprit vit encore dans le cœur des Sud-Africains et sur tout le continent.

Ce samedi, un an se sera écoulé depuis le début de la Coupe du Monde de la FIFA 2010™. Qu’est-ce que cet événement a changé en Afrique du Sud ?
C’était un privilège pour un pays africain et plus spécialement pour l’Afrique du Sud d’accueillir un événement de cette ampleur. Je pense qu’on a déjà souligné que la Coupe du Monde 2010, organisée au pays de Mandela, un homme qui a travaillé si dur pour ce pays, avait été un succès retentissant. La Coupe du Monde a laissé derrière elle un héritage fantastique. D’abord, il y a la technologie, les stades dont profite aujourd'hui notre football, les routes, les aéroports et les infrastructures... Au-delà de ces aspects matériels, il faut aussi considérer le chemin parcouru, qui nous a mené vers la réconciliation nationale et qui nous a permis de consolider le sentiment d’unité en Afrique du Sud. Ce que nous voulions, c’est ce que j’appelle "l’effet Barcelone", en référence à ces Jeux Olympiques en Espagne qui ont laissé une marque durable. La Coupe du Monde a servi de vitrine à notre pays.

Pensez-vous que la Coupe du Monde de la FIFA a aidé à délivrer un message de renaissance africaine au reste de la planète ?
Il n’y a aucun doute. Rappelez-vous : en raison des discriminations, on considérait souvent qu’il n’y avait aucun espoir pour l’Afrique. Aujourd’hui, l’Afrique joue un rôle significatif dans l’économie mondiale. En ce qui concerne l’Afrique du Sud, je pense que le pays a gagné en influence et en stature internationale. Il faut souligner le grand rôle joué par le Président de la FIFA, M. Joseph Blatter, qui a résisté aux voix qui s’élevaient tout autour de la planète pour s’opposer au projet. Nous le remercions d’avoir eu confiance dans le potentiel de l’Afrique. Depuis un an environ, le gouvernement sud-africain a investi des milliards pour mettre à niveau les infrastructures. Je crois que notre peuple continuera à profiter des fruits de cet héritage pendant longtemps.

Cet événement a-t-il stimulé l'économie du pays et quel sera à votre avis le bénéfice à long terme pour l’Afrique du Sud ?
Nous pensons que la confiance de la communauté internationale vis-à-vis de l’Afrique du Sud a augmenté. Je crois que cela a changé notre façon de faire des affaires. Nous nous sommes servis du football pour montrer que nous étions organisés et dignes de confiance. C’est bon pour les affaires et cette confiance va beaucoup nous servir. Nous souhaitons faire venir de nombreux investisseurs du monde entier dans notre pays. Nous avons envoyé un message fort au reste du monde : venez investir en Afrique. Il faut que nous invitions beaucoup de pays et d’équipes nationales à jouer dans notre pays et à utiliser nos infrastructures.

Le niveau du football en Afrique du Sud s’est-il également amélioré ?
Oui, c’est certain ! Regardez notre championnat cette année. Nous avons connu une course au titre absolument passionnante. Notre équipe nationale a elle aussi progressé. Nous étions classés aux alentours du 90ème rang mondial et nous sommes désormais autour de la 40ème place. Nous restons sur d’excellents résultats face au pays le plus titré d’Afrique, l’Egypte (dans le cadre des qualifications pour la CAN 2012). Je pense que nous croyons désormais en nous-mêmes et en nos capacités.

Quel souvenir souhaiteriez-vous que les Sud-Africains gardent de cette Coupe du Monde de la FIFA ?
Nelson Mandela ! C’est l’esprit de cet homme que nous devons nous remémorer à chaque fois que nous penserons à ce grand moment pour notre pays.

Vous avez été emprisonné à Robben Island en raison de votre engagement pour les droits de l’Homme. Les valeurs pour lesquelles vous avez combattu et que vous avez incarnées ont-elles progressé depuis l’organisation de la Coupe du Monde de la FIFA ?
L’Afrique du Sud a été exclue de la FIFA dans les années 1960, suite aux tirs de la police sur des manifestants désarmés à Sharpville. C’est une période très émouvante de notre histoire. La FIFA s’est élevée contre un système organisé de violation des droits de l’Homme. La FIFA s’est rangée de notre côté dans le combat de libération contre la discrimination raciale. Nous, à Robben Island, nous étions un défi à toutes les lois du gouvernement de l’apartheid, mais personne ne défiait les lois de la FIFA. En tant qu’ambassadeur de la FIFA contre le racisme, j'ai été très fier de voir la Coupe du Monde arriver dans mon pays, un pays avec une histoire si importante de lutte contre les discriminations.

Quel est votre meilleur souvenir de la Coupe du Monde de la FIFA ?
Le fait de voir Madiba Mandela lors de la finale de la Coupe du Monde 2010 a été un moment grandiose. C’est un de ces instants qui resteront dans les mémoires pour toujours. Avant cela, sa famille et la fondation s’étaient demandés si ce vieil homme devait assister à l’événement. Le froid était particulièrement vif et Madiba ne rajeunissait pas... Nous savions qu’il était impossible que des gens qui avaient franchi les océans pour venir assister à la Coupe du Monde dans le pays de Madiba repartent sans l’avoir vu. C’était important pour lui. Il s’est levé et a dit : "Je veux participer à cette fête". Nous avons alors tous ressenti beaucoup de fierté.