Vous avez participé à deux Coupes du Monde la FIFA, en 1970 et en 1974. Quel souvenir gardez-vous de ces deux éditions ?
Eh bien, j'ai toujours dit que je m'étais beaucoup plus amusé lors de Mexique 1970 qu'en 1974. Tous les matches du Mexique sont entrés dans les annales et l'équipe était beaucoup plus soudée. Il n'y a presque eu aucun différend entre les joueurs. Je ne peux malheureusement pas en dire autant de 1974.


Les matches étaient-ils de meilleure facture ou l'équipe était-elle simplement plus en harmonie?
En 1970, nous avions la meilleure équipe. Les gens ont beau dire que l'Allemagne était plus forte en 72 et en 74, je persiste à penser que l'équipe de 1970 est la meilleure que nous ayons eue.


En jetant un coup d'œil dans le rétroviseur, quel est votre meilleur souvenir lors de ces deux Coupes du Monde ?
Gagner la Coupe du Monde bien sûr. La veille, j'avais encore lu le journal. Une voyante y disait que les Pays-Bas allaient remporter la Coupe. Je n'en ai pas dormi de la nuit, espérant qu'elle aurait tort. Au coup de sifflet final, c'était 2-1 pour nous : un rêve.


Quelle est la meilleure Coupe du Monde que vous ayez disputée ?
C'est Mexique 1970, à l'exception du match contre le Maroc, où nous avons tous été mauvais. Mais l'équipe a bien joué lors de toutes les autres rencontres. Tous les joueurs ont répondu présent. Nous avions toujours deux solutions pour les ailes. Si un joueur ne pouvait pas jouer, l'autre le remplaçait. Et cela a duré pendant tout le tournoi. Nous comptions 22 joueurs que nous pouvions aligner lors de chaque match. Ils étaient tous bons.


Quel a été votre meilleur match lors du tournoi. Et votre plus important ?
Evidemment, notre match le plus important a été celui contre l'Angleterre. Mais c'est contre l'Italie et la Bulgarie que j'ai joué mes meilleurs matches. J'ai marqué trois buts, puis trois autres contre le Pérou. Tout marchait à merveille pour moi.

Qui a été votre adversaire le plus coriace ?
Rosato ! L'Italien Roberto Rosato. C'était un véritable spécialiste du marquage à la culotte, mais un gentleman, même s'il s'était accroché à moi et m'avait griffé. Puis, en deuxième mi-temps, il a soudain disparu. Nous attaquions et je ne l'ai plus vu. "Mais où est donc Rosato ?", me suis-je dit. Je me suis retourné et il n'était plus là. Il avait déjà quitté le terrain.


Il s'était blessé au genou et avait cédé sa place à Burgnich. Ce dernier était un milieu, pas un défenseur. Il ne jouait pas sur l'homme, mais restait deux, trois mètres en retrait. Cela m'a permis de toucher l'un ou l'autre ballon, ce que Rosato ne m'avait pas laissé faire. Si tu ne te précipitais pas vers le ballon, tu n'avais aucune chance de t'en emparer parce que Rosato était déjà là. Cela dit, je dois dire qu'il n'était pas vicieux.


Sportif ?
Oui, absolument.


Et votre adversaire le plus facile ? Contre qui préféreriez-vous jouer ?
Vous voulez dire en Allemagne ou ailleurs ?


Uniquement en Coupe du Monde.
J'ai rarement rencontré ce genre de joueur. En fait, je ne me souciais pas de qui j'allais rencontrer. De toute façon, je ne connaissais en règle générale pas mon adversaire. Sauf peut-être les joueurs anglais. Mais aucun Sud-Américain, par exemple. Et ces derniers jouaient toujours avec une défense à quatre alors que nous avions toujours un libéro.


Vous avez marqué 68 buts en 62 rencontres internationales et 14 buts en Coupe du Monde... Seul Ronaldo a égalé ce record.
Bon, j'ai quand même disputé deux Coupes du Monde après tout.


Tout de même, 14 buts en deux Coupes du Monde, ce n'est pas rien...
Je précède Just Fontaine, avec 13 buts.


Y a-t-il un but qui mérite une mention spéciale ? Un but dont vous diriez qu'il est votre plus beau ou votre plus important ?
Oui. Mon but en finale est sans aucun doute le plus important. Mais le plus beau, c'est contre l'Angleterre que je l'ai marqué. Grabowski centre, Hannes Löhr remise de la tête devant le but et je marque, la jambe levée très haut. J'ignore encore comment j'ai réussi à mettre le pied si haut et à toucher la balle. Mais c'était but !


Une bicyclette ?
Oui, quelle hauteur ! Je me demande toujours comment j'ai fait pour lever le pied aussi haut.


Lors de Mexique 1970, vous avez été meilleur buteur avec 10 buts.
C'est ça, dix.


Pouvez-vous comparer cela avec la victoire en Coupe du Monde ? Un résultat personnel d'un côté et un succès collectif de l'autre ?
Je dois dire que les équipes étaient beaucoup plus fortes en 1970. Le Maroc était peut-être notre adversaire le plus faible, mais pour le reste, toutes les équipes comptaient en leurs rangs des joueurs de calibre mondial. Nous n'avons entamé aucun match en nous disant que ce serait facile. Il a fallu se battre à chaque fois.


Revenons à la question. Marquer dix buts lors d'une phase finale ou remporter la Coupe du Monde 1974. L'un de ces deux exploits a-t-il votre préférence ou les mettez-vous sur un pied d'égalité ?
C'est sûr que le titre mondial avec l'équipe reste ma plus belle victoire.


Et vos dix buts en 1970...?
Carlos Alberto en avait marqué sept. Je me souviens que nous avons regardé la finale en espérant qu'il n'en marquerait pas trois de plus.


Vous dites que 1974 a été votre plus belle victoire.
Oui, mais nous n'avons pas bien joué en 1974. Les trois premiers matches ont même été catastrophiques. L'équipe ne tournait pas rond.


Que s'est-il passé contre l'ex-RDA ? Cela avait été une humiliation à l'époque ?
Oui. Rétrospectivement cependant, cette défaite a plutôt fait nos affaires. En gagnant, nous nous serions retrouvés dans l'autre groupe, avec les Pays-Bas et le Brésil.


Mais vous n'avez pas été épargnés par la critique après cette défaite ?
Evidemment. Un vent de panique soufflait sur le camp d'entraînement après cette défaite. Schön était furieux et nous avons discuté jusqu'au petit matin. Dans des conditions normales, cela n'aurait jamais dû se produire. Nous aurions dû gagner. Nous nous demandions également qui d'Overath ou de Netzer était le meilleur milieu de terrain. Les joueurs s'étaient trompés à ce propos, parce qu'Overath était en fait le meilleur. C'était un meilleur compétiteur que Günther Netzer.


On raconte que Günther Netzer a dit "Overath est né pour l'équipe nationale".
Oui, Overath ne baissait jamais les bras. Il se démenait sans compter pendant 90 minutes. Mais nous avions très bien joué avec Netzer lors de l'Euro 1972. Cela nous avait un peu aveuglés et nous pensions qu'il était indispensable à l'équipe. C'était une erreur, car c'est Overath qui aurait dû jouer : il était en effet un meilleur compétiteur. Overath n'avait disputé que la seconde mi-temps. Alors nous avons dit à Schön que des changements s'imposaient. Et il a aligné cinq nouveaux joueurs contre la Yougoslavie. L'équipe a commencé à tourner et nous avons mieux joué.


Vous voulez-dire que ce sont les joueurs qui ont fait l'équipe ?
Nous avons dit à Schön qu'il devait faire quelque chose pour éviter de se faire sortir.


Quelle était l'ambiance générale en Allemagne pendant la Coupe du Monde ?
L'ambiance était excellente, mais nous n'en avons rien su, car nous étions cantonnés dans une école de sport et pas à l'hôtel comme les équipes actuelles. Notre préparation se déroulait dans l'école du sport de Malente, près de Hanovre.


Y avait-il un battage médiatique comparable à aujourd'hui ?
Pour autant que je me souvienne, il y avait deux conférences de presse par semaine. Aujourd'hui, il y en a une par jour. Nous étions plus protégés.


Y avait-il plus de pression sur vos épaules parce que vous jouiez en Allemagne ?
De la pression, il y en avait. Nous étions nerveux avant le premier match. Nous avons battu le Chili sur le plus petit score grâce à un coup de bol de Paul Breitner. Un but splendide d'ailleurs. Ensuite, nous avons dominé les Australiens sur le score de 3-0. En jouant mal ! Puis il y a eu le fameux match contre la RDA. Le réveil a été brutal ! Là, nous avons vraiment commencé à devenir nerveux.


Quel a été le match-clé lors de la Coupe du Monde ? Celui qui a décidé de la suite du tournoi ?
Je pense que le match-clé nous a opposés à la Yougoslavie. Parce qu'était une bonne équipe et parce que nous l'avons emporté sur le score de 2-0. Puis nous avons rencontré la Suède dans un match difficile joué sur un vrai champ de patates !


Hormis vos buts, quels sont vos plus beaux souvenirs d'Allemagne 1974 ?
En dehors des matches, je ne garde pas vraiment de souvenirs. Peut-être est-ce propre à l'équipe allemande. Chaque jour du tournoi, nous n'avons pensé qu'au football et aux matches.


Vous n'avez donc fait que vous entraîner ?
Les entraînements étaient variés. Ils étaient bien divisés.


Comment s'est déroulée la finale dans "votre" stade de Munich plein comme un œuf ? Quelle était l'ambiance dans le stade ?
L'ambiance était du tonnerre. Mais cela avait déjà été le cas dans les autres stades. Mais je me sentais à l'aise et six autres joueurs venaient de Munich. Ce n'était pas la même chose que de jouer à Hambourg. Nous avions déjà disputé plusieurs bons matches à Munich.


Ce qui nous a agacés avant le match, c'est qu'un officiel de la DFB nous a empêchés de venir sur le terrain pour faire notre choix de crampons. Nous allions perturber le programme ! Pourtant nous devions choisir les bons crampons. J'ai toujours joué avec des longs, même sur les pelouses dures du Mexique. Au Bayern, j'étais aussi habitué à jouer avec des crampons plus longs. Je ne glissais presque jamais.


En raison de leur légèreté ?
Non, parce qu'ils me donnaient plus d'adhérence.


Les Pay-Bas ont ouvert le score très tôt. Vous avez accusé le coup sur ce premier but ?
Oui, même si au décompte final, c'est une bonne chose que les Néerlandais aient marqué d'entrée de jeu. Par la suite, ils nous ont sous-estimés. Ils se sont déconcentrés jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent que les Allemands n'étaient pas morts. Alors ils ont de nouveau accéléré.


Quand avez-vous su que vous pouviez gagner le match ? Après votre but ?
Pas après le but, non. Car le score n'était que de 2-1 et nous n'étions qu'à la mi-temps. Au bout de vingt minutes en deuxième mi-temps, nous avions tous les yeux rivés sur l'horloge du stade. Le temps semblait s'être arrêté. C'était à devenir fou. Jusqu'au coup de sifflet libérateur.


Quelle a été votre sensation après le coup de sifflet final Que ressent-on ?
Une sensation très agréable.


J'imagine que vous attendiez ce coup de sifflet avec impatience ?
Oui, quand ça a été fini, je me suis jeté au sol.


Avez-vous directement réalisé ce qui se passait ?
Non, on ne réalise plus rien. On est champion du monde, peu importe la façon dont les choses se sont passées.


Votre but était un peu bizarre. Pouvez-vous nous le faire revivre ?
Nous venons de franchir la ligne médiane. Bonhof et Grabowski jouent un une-deux sur la droite. Bonhof est sur la ligne des 16 mètres et je me situe à environ 8 mètres du premier poteau. Mon défenseur néerlandais se trouve là également. Alors je m'avance d'un pas et les trois défenseurs me suivent. Le mien aussi, et c'est leur erreur. Je veux placer le ballon sur mon pied gauche, mais il rebondit sur mon droit. Je tire instantanément parce que je sais où se trouve le but. Et le ballon entre.


C'est votre instinct du buteur que chacun connaît !
Il faut faire très vite, sinon l'occasion est perdue.


A quoi avez vous pensé une fois dans les tribunes et lorsque vous avez brandi la coupe ?
C'était une sensation inoubliable. C'est vraiment extraordinaire d'être champion du monde et de tenir la coupe du monde en mains.


La foule est en délire, la télévision est là ...
Oui, que de souvenirs...


Que ressent-on à ce moment ?
On ne pense à plus rien d'autre. Rien qu'à cette coupe.


Alors, voici cette fameuse coupe. Prenez-la en mains. Qu'est-ce que vous ressentez aujourd'hui ?
Elle est lourde !


Pas plus qu'à l'époque...
Oui, mais je ne l'avais pas remarqué. Cela ne me frappe qu'aujourd'hui.


J'imagine que cela éveille des souvenirs ?
Oui, je pense que je vais la garder.


Des souvenirs particuliers sont-ils liés à cette coupe?
Nous en avons également reçue une.


Jürgen Kohler trouve seulement dommage qu'on ne puisse pas boire dedans.
Oui, on aurait dû y faire un trou.


Que pensez-vous d'elle d'un point de vue esthétique ?
C'est un très bel objet. C'est le genre de chose que chacun devrait pouvoir tenir en mains un jour.


Cela doit être une sensation fabuleuse !
Oui, quand vous avez gagné la Coupe du Monde, cela signifie que vous êtes le meilleur. Personne ne peut vous retirer cela.