Le stade San Siro, en principe rebaptisé Giuseppe Meazza, est le splendide écrin que se partagent deux des plus grands clubs d'Italie, l'Inter et le Milan AC. Sans exagération, son nom est aussi riche de symboles pour les amoureux de football du monde entier que celui de la Scala pour les amateurs d'opéra. Planté dans les quartiers ouest de la ville, ce stade imposant (82 955 places assises) ressemble à une forteresse imprenable avec ses hautes rampes d'accès et trois niveaux de tribune.
Ce stade mythique a déjà accueilli deux Coupes du monde de la FIFA à 56 ans d'intervalle, en 1934 et 1990, et demeure un véritable temple du football mondial.
L'enceinte originale présentait une architecture typiquement "anglaise" avec quatre tribunes distinctes, pour une capacité de 35 000 spectateurs. Officiellement inauguré par un derby entre les deux clubs milanais le 19 septembre 1926, avec à la clé une victoire de l'Inter (6-3), San Siro a accueilli ensuite la première visite de la Squadra Azzurra (Italie -Tchécoslovaquie 2-2) le 20 février 1927 avant de gagner ses lettres de noblesse sept ans plus tard lors de la Coupe du monde de la FIFA, Italie 34. Pour la deuxième édition de la grand-messe du ballon rond, San Siro a abrité trois rencontres. Tout d'abord un haletant Suisse Pays-Bas (3-2) et un quart de finale tout aussi serré entre l'Allemagne et la Suède (2-1).
Les Maldini face aux Moratti
Mais c'est le 3 juin 1934 que ce stade est définitivement entré dans le cœur des tifosi italiens. Ce jour là, il fut en effet le théâtre d'une demi-finale extrêmement disputée entre l'Italie et la wunderteam autrichienne. Au terme d'une rencontre jouée dans une ambiance de folie sur un terrain détrempé, le but d'Enrico Guaita (19') avait offert la victoire aux Transalpins. Les Azzurri de Vittorio Pozzo avaient ensuite poursuivi leur route jusqu'au titre, obtenu à Rome contre la Tchécoslovaquie. Pour la première fois, les Italiens brandissaient le trophée Jules Rimet.
Quand la Coupe du Monde de la FIFA est revenue à San Siro, en 1990, la vieille enceinte avait été rebaptisée et avait subi un lifting complet. En 1980, San Siro est devenu le Stadio Giuseppe Meazza, suite au décès du légendaire attaquant italien qui avait fait les beaux jours des deux géants milanais et qui reste le meilleur buteur de l'histoire intériste.
Dix ans plus tard, le Giuseppe Meazza n'avait plus grand-chose à voir avec le stade qui avait accueilli des matches de la Coupe du Monde de la FIFA 1934. Il avait subi deux agrandissements : le premier en 1956, avec l'addition d'un deuxième anneau, le deuxième, plus important, avant Italie 990, avec la construction d'un troisième anneau et de onze tours destinées à soutenir la structure.
Pour le match d'ouverture de la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1990, le stade offre à la planète un spectacle remarquable, celui d'un monument futuriste dédié au football et implanté dans la ville de Il Duomo, la monumentale cathédrale milanaise. Sur le terrain, le match allait lui aussi être hors norme. Pour l'inauguration de cette Coupe du monde de la FIFA, l'Argentine championne du monde en titre affrontait en effet le Cameroun, jugé par beaucoup comme le petit poucet de la compétition. Mais à la surprise générale, devant 73 780 spectateurs, le but de François Omam-Biyik (67') donna la victoire aux Lions Indomptables et annonça le véritable avènement du football africain.
Théâtre de ce choc initial, San Siro a aussi accueilli les exploits des futurs vainqueurs, les Ouest-allemands. Forte du soutien du public avec ses trois joueurs de l'Inter (Brehme, Matthäus et Klinsmann), la RFA de Franz Beckenbauer a construit son succès. Sur les six rencontres disputées à Milan, cinq ont concerné l'Allemagne de l'ouest. A San Siro, les futurs champions du monde ont tour à tour écarté la Yougoslavie (4-1), les Emirats arabes unis (5-1), les Pays-Bas (2-1), la Tchécoslovaquie (1-0) pour un seul nul face à la Colombie (1-1).
Cela dit, San Siro n'a pas besoin de Coupe du Monde de la FIFA pour attirer les stars mondiales. Au fil des décennies, il a en effet abrité les nombreux triomphes des deux géants lombards, qui totalisent à eux deux plus de 30 Serie A remportées. Les vedettes ont donc été nombreuses à honorer cette pelouse sous les deux maillots, mais deux familles milanaises ont plus que quiconque contribué à la réussite de ces instituions. Cesare Maldini et son fils Paolo forment le trait d'union entre le premier succès européen des Rossoneri, en 1963, et leurs récents titres. Côté nerazzurro, Massimo Moratti est désormais propriétaire d'un club que son père Angelo présidait lors des deux triomphes européens des années 60.
Antre du Milan AC depuis 1926 et de l'Inter depuis 1947, San Siro est le stade le plus prestigieux de l'Italie. Entre les chocs de Serie A et les duels en Coupe du Monde de la FIFA, il affiche une histoire dont peu d'enceintes peuvent se vanter dans le monde.
