Dans la famille Ellis, entraîner est une seconde nature. Lorsque Jill est montée sur la scène du Kongresshaus de Zurich le 11 janvier 2016 afin d'aller récupérer son trophée d'Entraîneur de l'Année FIFA pour le football féminin, elle n'a pas manqué de rendre hommage à son père et à sa mère, ses deux premiers "entraîneurs". C'est notamment à eux qu'elle doit d'avoir développé une telle passion pour le ballon rond, récompensée l'an passé par la conquête de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA™, Canada 2015 sur le banc des États-Unis.

Après avoir définitivement fait son entrée dans le gotha du football international à Zurich, l'Anglaise d'origine a accordé un entretien à FIFA.com.

Jill Ellis, quels sont à votre avis les moments-clés de votre parcours à Canada 2015, où vous avez décroché le titre mondial ?
Il y en a eu beaucoup. Je pense notamment au quart de finale contre la Chine, où nous avons très bien joué malgré l'absence de deux de nos titulaires habituelles, qui étaient suspendues. Cela nous a mises en confiance, c'était une préparation idéale pour les matches suivants. On en a retiré de l'assurance et des certitudes dans notre jeu, mais cela m'a aussi confortée dans l'idée que Morgan Brian pouvait tout à fait être titulaire au milieu si je décidais de positionner Carli Lloyd un peu plus haut. Après la Chine, je me suis dit : "Ok, elle a livré une belle performance sous la pression, je lui redonne sa chance contre l'Allemagne". Et ce match face à l'Allemagne a été le plus abouti en termes de préparation et d'exécution. Notre second but, marqué par Kelley O'Hara alors qu'elle n'était entrée en jeu que quelques minutes auparavant, a été un autre moment décisif parce qu'il nous a définitivement mises à l'abri. Il y a eu beaucoup de moments-clés, tout au long de notre parcours.

Vous allez nommer votre groupe pour les qualifications olympiques après la rencontre face à la République d'Irlande. Faut-il s'attendre à quelques surprises ?
Avec le départ à la retraite de plusieurs de nos cadres, cette équipe aura bien sûr un visage différent. Nous nous trouvons actuellement en stage de préparation et il y a beaucoup de jeunes joueuses. Nous allons une nouvelle fois essayer de trouver le bon équilibre avec celles qui sont plus expérimentées. Mais il y a des places à prendre pour les nouvelles. Elles doivent saisir leur chance pour intégrer ce groupe.

L'an dernier, à la veille du tirage au sort de la Coupe du Monde Féminine, vous avez été surprise en train de regarder les demi-finales universitaires sur votre smartphone. Verrons-nous prochainement certaines de ces joueuses chez les Stars and Stripes ?
Nous avons déjà quelques étudiantes avec nous, et même une lycéenne, Rose Lavelle. Y a-t-il une opportunité pour elles ? Oui, je crois que la nouvelle génération s'annonce très intéressante. Emily Sonnett vient juste de terminer ses études, donc elle a joué tout l'automne. Elle est avec nous également et elle montre de très, très bonnes choses. J'ai pu faire appel à quelques-unes de ces joueuses lors de nos derniers matches en décembre, cela m'a permis de les intégrer au groupe et de les voir de plus près. Il faut pouvoir observer le comportement de ces jeunes joueuses en match, mais aussi à l'entraînement. Si elles s'en sortent bien à l'entraînement, il est presque garanti qu'elles s'en sortiront aussi sans problème en match. Il s'agit d'un véritable processus d'évaluation, mais je trouve que beaucoup d'entre elles ont parfaitement répondu. Faire appel à elles maintenant, c'est aussi préparer l'avenir, parce que cela leur permet d'emmagasiner de l'expérience.

Dans quel état d'esprit abordez-vous les qualifications olympiques ?
Nous sommes dans un groupe difficile. Seules les deux premières équipes peuvent en sortir, donc cette année, nous n'avons aucun droit à l'erreur. Il va falloir démarrer pied au plancher. Je crois que nous sommes bien préparées, mais nous devrons tout faire pour terminer en tête de notre groupe avant une demi-finale très compliquée. Ce que j'aime chez mes joueuses, c'est qu'elles considèrent que rien n'est jamais gagné d'avance. Il faut toujours se battre. C'est comme cela que nous voyons les choses et c'est là-dessus que nous nous concentrons. En 2011, nous avons dû en passer par des barrages afin de valider notre billet pour la Coupe du Monde et je crois que cette épreuve est toujours restée dans un coin de nos têtes. Dans notre confédération, rien n'est jamais acquis. On y affronte des équipes qui disputent régulièrement la Coupe du Monde et qui disposent d'énormément d'expérience.

Quel est le plus grand souvenir de votre carrière d'entraîneur ?
Je crois que c'est certainement la fin du match contre l'Allemagne, en quittant le terrain sous un vacarme assourdissant, avec ce sentiment que les joueuses étaient prêtes, que nous étions prêtes. La préparation n'a pas été de tout repos. Je me souviens avoir dit à mes joueuses : "Ce ne sera pas un long fleuve tranquille. Il y a aura des hauts, mais il y aura aussi des bas". Vous apprenez plus dans la difficulté que quand vous gagnez 8:0 sans forcer. Ce sont ces difficultés qui vous permettent d'être prête. J'ai appris énormément de choses, tout au long de notre aventure. Après ce match contre l'Allemagne, lorsque j'étais encore sur le terrain à profiter de l'ambiance et à féliciter mes joueuses, c'est là que je me suis dit : "Ça y est, nous sommes vraiment montées en régime".

En 2012, Pia Sundhage a elle aussi reçu le titre d'Entraîneur de l'Année FIFA pour le football féminin. Que retirez-vous des années passées à travailler avec elle ?
J'ai beaucoup appris de Pia. Nous nous entendions bien. J'adore sa personnalité. J'ai surtout appris la patience. C'est un entraîneur très patient. Parfois, je regardais un exercice que nous avions mis en place. Ça ne marchait pas et je voulais interrompre la séance pour recadrer les choses, mais Pia laissait la situation évoluer d'elle-même. Je me suis imprégnée de cette patience. Sa gestion des joueuses était aussi excellente. Même sous la pression, ou dans les moments difficiles, elle arrivait à faire la part des choses. Là encore, j'ai essayé d'en tirer des leçons. C'est une femme fantastique. J'étais là en 2012 quand elle a reçu cette récompense et le simple fait d'avoir pu l'accompagner était un grand moment.

Avec Abby Wambach, c'est une véritable légende qui a raccroché les crampons. Pouvez-vous nous résumer son influence sur le football féminin ?
Abby a énormément fait évoluer le football aux États-Unis. Son but contre le Brésil lors de la Coupe du Monde 2011 a mis tout le pays derrière l'équipe. Cela s'est révélé un moment extrêmement important de notre sport, elle a en quelque sorte réussi à remettre le football féminin sur la carte des États-Unis. Sur le terrain, elle est la meilleure buteuse que nous ayons jamais eue, elle avait de grandes qualités de leader et c'était une compétitrice incroyable. Elle symbolisait comme personne l'ADN de notre programme. D'un point de vue plus personnel, je suis heureuse d'avoir pu prendre ce premier poste de sélectionneuse et préparer une Coupe du Monde en pouvant compter sur Abby parmi les capitaines de l'équipe, en raison de son leadership, de ses conseils et de son professionnalisme. Son rôle a évolué, elle ne jouait plus 90 minutes comme avant et entrait plutôt en cours de jeu, mais son professionnalisme et ses qualités ont été des éléments primordiaux dans notre succès.