Aujourd'hui entraîneur de Manchester United, José Mourinho sait ce que signifie être le meilleur. Il a remporté presque tous les trophées au plus haut niveau. En 2010, ses résultats lui ont valu d'être désigné Entraîneur de l'Année de la FIFA pour le Football Masculin. FIFA.com a rencontré le technicien portugais pour évoquer de nombreux sujets : les prochains The Best FIFA Football Awards™, les exploits de son pays qui ne cesse de bousculer la hiérarchie et le possible élargissement du nombre de participants à la Coupe du Monde de la FIFA™.

La cérémonie des The Best FIFA Football Awards™ aura lieu le lundi 9 janvier à Zurich. Quels critères utilisez-vous pour évaluer les qualités d'un joueur ?
En toute franchise, je dois dire que je ne suis pas un grand fan de récompenses individuelles. Le football est un sport collectif. Ce sont les équipes qui gagnent les matches et un joueur, à lui seul, ne sera jamais aussi important que tout un groupe. Les médias et les supporters en raffolent, mais pour nous entraîneurs, il y a une contradiction entre le travail que nous réalisons au quotidien et ces distinctions personnelles. Néanmoins, les journalistes et les fans tiennent une place très importante dans le jeu et c'est la raison pour laquelle je ne suis pas hostile à ces prix. Il existe naturellement des individus exceptionnels, dotés d'un talent si extraordinaire que les équipes et leurs coéquipiers élèvent leur niveau de jeu à leur contact. De tels joueurs peuvent modifier le style de jeu ou la dynamique de leur équipe. Mais j'ai tout de même le sentiment que ces récompenses amplifient un peu trop le phénomène… une semaine après la cérémonie, la compétition a déjà repris ses droits.

En 2010, vous avez été élu Entraîneur de l'Année de la FIFA pour le Football Masculin. Ce titre signifie-t-il que vous avez atteint le sommet dans votre profession ?  
C'est un grand honneur, d'autant qu'il restera dans l'histoire comme le premier titre attribué par la FIFA à un entraîneur. Toutefois, je répète que je suis avant tout un homme d'équipe. Pour moi, 2010 n'est pas l'année de mon élection, mais celle du triplé réalisé avec l'Inter Milan. Ce n'était pas l'année de Mourinho, c'était l'année de l'Inter et des Interisti. C'est en tout cas ma façon d'envisager mon métier.  

Le nom de l'Entraîneur de la FIFA 2016 pour le Football Masculin sera annoncé au cours de la soirée. Claudio Ranieri, Fernando Santos et Zinedine Zidane sont en lice. Qui choisiriez-vous et pourquoi ?
Je crois qu'ils méritent tous les trois d'être présents à ce niveau car ils ont remporté des titres importants : Zinedine Zidane a gagné la Ligue des champions, Fernando Santos l'Euro et Claudio Ranieri la Premier League. Je les considère tous les trois comme des amis et je serai donc très heureux, quelle que soit l'issue. Ranieri a réalisé un miracle, Fernando a réalisé un rêve et Zidane a décroché la Ligue des champions.

Pour la première fois, les supporters auront leur mot à dire dans l'élection du joueur et de l'entraîneur de l'année : leurs votes représenteront 25 pour cent du total. Êtes-vous satisfait de voir les fans associés à ces décisions importantes ?
Les supporters sont très importants. Si notre sport est aujourd'hui numéro un sur la planète, c'est à eux que nous le devons. Néanmoins, quand un fan s'exprime, il vote souvent pour son équipe. Ça signifie que les supporters des grands clubs, qui sont souvent les plus nombreux, vont pousser et encourager leurs joueurs. Ayant travaillé dans quatre championnats différents, je peux dire que ces récompenses n'ont pas le même statut d'un pays à l'autre. Les journalistes défendent leurs compatriotes, mais n'ont pas tous le même engagement ni recours aux mêmes émotions.

Si vous deviez comparer le football d'aujourd'hui à celui de la fin du millénaire, en 2000 par exemple, quels sont les principales évolutions au plus haut niveau ?
Ce n'est jamais évident de comparer des périodes, des joueurs ou des générations. C'est un peu injuste. Le résultat est différent, mais les outils utilisés pour produire ce résultat sont différents aussi. La plupart des gens diront que le football est plus rapide aujourd'hui, non ? C'est vrai. Mais les ballons sont plus légers, les chaussures se sont perfectionnées et la science fait désormais partie intégrante de l'entraînement. On dira également que les joueurs disputent davantage de matches et disposent d'un temps de récupération réduit. C'est encore exact, mais il faut aussi préciser que les clubs disposent de nouveaux moyens pour optimiser les périodes de repos et éviter les blessures. Je vis avec mon temps, je suis les évolutions, mais je respecte le passé.

Quelles sont les caractéristiques, collectives et individuelles, de la Premier League anglaise ?
Le football anglais se nourrit de passion. Le pays tout entier exige de ses footballeurs qu'ils aiment le jeu, qu'ils aiment leur métier. Il lui faut en outre des joueurs extrêmement professionnels dans leur approche. Les qualités varient, mais la passion reste un élément incontournable.

Avec ses dix millions d'habitants, le Portugal est champion d'Europe. Votre pays a produit quelques-uns des meilleurs joueurs et entraîneurs du monde. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
C'est difficile à croire. Eusebio, Luis Figo, Cristiano Ronaldo et moi-même, nous avons remporté de grandes récompenses. Fernando Santos nous rejoindra peut-être bientôt. Benfica et Porto ont été champions d'Europe et le Portugal a gagné l'Euro. Pour un petit pays bordé par l'océan Atlantique, c'est inimaginable. Notre secret vient peut-être de notre passion.

Le World11 sera dévoilé pendant la cérémonie. Cette équipe-type a été composée par plus de 25 000 joueurs professionnels à travers le monde. Si vous pouviez choisir un "Mourinho11" composé de joueurs avec lesquels vous avez travaillé, à quoi ressemblerait-il ?  
J'ai toujours refusé de répondre à cette question et je ne vais pas changer aujourd'hui. De nombreux joueurs se sont donnés sans compter lorsqu'ils évoluaient sous mes ordres. Comment pourrais-je en nommer quelques-uns et oublier les autres ? Vitor Baia, Petr Cech, Julio Cesar... comment voulez-vous que j'en choisisse un ? Jorge Costa, Ricardo Carvalho, Marco Materazzi, Lucio, Walter Samuel, John Terry… là encore, comment choisir ? Michael Essien, Wesley Sneijder, Nemanja Matic, Costinha, Maniche, Xabi Alonso, Frank Lampard… comment choisir ? Je ne pense pas que je pourrai un jour répondre à cette question, car je n'oublierai jamais tous mes frères d'armes.

En mai, vous participerez à un cercle de réflexion dans le cadre du Congrès de la FIFA chargé de débattre de questions liées au football. Vous semble-t-il important d'associer d'anciens joueurs et des entraîneurs au processus de décision ? 
Je crois que les joueurs, les arbitres et les entraîneurs sont fondamentaux. Leur niveau d'expérience, leur vécu après de nombreuses minutes passées sur le terrain et leurs opinions peuvent contribuer positivement à l'évolution du jeu. Le Président Infantino a été particulièrement bien inspiré d'inclure dans son projet d'anciens joueurs. Ces stars représentent l'histoire du football et je suis content de constater que le Président souhaite également les voir construire l'avenir.

Au cours de cette session, vous serez notamment amené à discuter de l'élargissement de la Coupe du Monde. Quel regard portez-vous sur une possible extension du format actuel ?
Je suis tout à fait pour. Si cet élargissement signifie plus de matches, moins de vacances et moins de préparation d'avant-saison pour les joueurs, en tant qu'entraîneur de club, je serais obligé de dire non. Mais les critiques doivent comprendre qu'élargissement ne rime pas forcément avec augmentation du nombre d'affiches. Les joueurs et les clubs sont protégés de ce point de vue. Je préfère des groupes de trois. On joue deux matches et on accède directement aux matches à élimination directe ou on fait ses valises (l'un des formats d'élargissement de la Coupe du Monde propose de répartir 48 équipes en 16 groupes de trois). Si l'on opte pour cette solution, les deux matches de groupes deviennent cruciaux. On passe ensuite aux matches à élimination directe, ce qui garantit un maximum d'émotion. Les équipes les moins expérimentées et qui disposent d'un potentiel plus limités joueront probablement deux matches avant de rentrer à la maison. Ce faisant, elles auront gagné en expérience et sortiront probablement renforcées. À cet aspect, il faut ajouter les retombées économiques d'une participation à la phase finale, qui peut se traduire par des investissements dans leurs infrastructures.  

Cet élargissement pourrait faire de la Coupe du Monde un événement social encore plus extraordinaire. Il y aurait plus de pays, plus de moyens pour les infrastructures et la formation dans différents pays… En augmentant le nombre de nations participantes, on augmente la passion, le bonheur et l'enthousiasme générés par cette compétition. On verra davantage d'Africains, d'Asiatiques et d'Américains ensemble. Le football se développe au niveau des clubs ; on ne peut donc pas s'attendre à une explosion en termes de qualité de jeu pendant une Coupe du Monde. La Coupe du Monde est un événement social et le football ne peut pas laisser passer une telle occasion de renforcer encore la passion des supporters.

Que pensez-vous de l'introduction de l'arbitre assistant vidéo ?
Nous en avons tous besoin. Les professionnels ne peuvent pas gagner ou perdre un match ou un titre parce que l'on refuse une évolution. Les sponsors, les propriétaires et les investisseurs doivent sentir que la technologie est là. Enfin, les arbitres ont besoin de protection et ils la méritent. Ils ont besoin de l'aide de la technologie pour les protéger et les soutenir dans leur mission.