Si Ángel Guillermo Hoyos est l'une des personnes les plus légitimes dans le monde pour parler de Lionel Messi, il n'aime pas beaucoup le faire publiquement. L'entraîneur argentin, le premier à avoir comparé Messi à Diego Maradona, a accepté de le faire pour FIFA.com à quelques jours de la cérémonie des The Best FIFA Football Awards™, au cours de laquelle le buteur blaugrana aspirera à devenir Joueur de la FIFA 2017.

"Les comparaisons sont insupportables, j'essaie de ne pas en faire. Mais lorsque j'ai dit cela, Messi me rappelait beaucoup le Diego des débuts, qui brillait à Argentinos Juniors et à Boca. Le Diego qui déstabilisait tout le monde sans jamais tomber, le Diego que personne ne pouvait arrêter. Le Diego éternel ", dit avec une bonne dose d'émotion dans la voix celui qui entraîne aujourd'hui l'Universidad de Chile.

En 2000, Hoyos était responsable d'une équipe de jeunes au centre de formation du FC Barcelone. Il avait du mal à expliquer à ses responsables ce qu'il voyait dans cet enfant argentin qu'il avait dans son effectif, un certain Lionel Messi, âgé de à l'époque 13 ans. Hoyos n'a alors pu faire autrement que de prendre comme référence… Maradona.

"Je n'avais jamais vu un joueur de cette dimension et quand mes supérieurs à Barcelone m'ont demandé ce que j'en pensais, je leur ai dit : 'Je vois du Maradona. Maintenant, vous faites ce que vous voulez'", raconte-t-il. Entretien. 

Ángel, quelles images vous viennent quand vous repensez à ces trois années où vous avez été son entraîneur ?
Son humilité, sa simplicité dans l'apprentissage... C'était vraiment sa marque de fabrique, et je crois qu'il n'a pas changé. Il continue d'être naturel. Et puis, il avait déjà son style, ses fantaisies, tout ça était en train de naître. Il adorait courir avec le ballon. C'était un plaisir pour lui et j'ai l'impression que ça le reste aujourd'hui. Il continue d'être un gamin qui joue au foot. On voit qu'il adore ce sport.

Aujourd'hui, vous le voyez comme un leader. Mais était-ce le cas quand il était plus jeune, avec sa timidité ?
Leo est un leader en silence, qui ne va jamais vous abandonner. C'était le cas quand il était petit au Barça. Il a toujours été un leader. Ce n'est pas un leader au sens individualiste, mais au sens collectif. Leo enlève beaucoup du poids qui peut peser sur les épaules des autres et le prend sur lui. C'est quelqu'un de très collectif, qui montre l'exemple au quotidien. C'est ce que j'appellerais un leader sain, comme Zidane par exemple, qui dirige depuis trois ans et a déjà tout gagné. Lui aussi le fait en silence, avec prudence, sans faire de vagues.

Comment analysez-vous l'évolution de Messi ?
Il maîtrise tous les aspects du football, possède toute la palette du joueur créatif et surtout, dans la finition, il est en avance sur tout ce qui pourrait se passer. Son niveau n'a pas de limites, il évolue en permanence. Nous sommes en présence d'un joueur comme nous n'en reverrons peut-être plus jamais.

Pep Guardiola a dit récemment que Messi était le meilleur joueur de l'histoire, de loin. Qu'en pensez-vous ?
Pour moi aussi, et avec tout le respect que je dois aux autres. Il y a un autre groupe constitué des Diego, Di Stéfano, Cruyff, Beckenbauer, Pelé, mais nous sommes en 2017. La concurrence est énorme. Pas de place pour le repos, il faut en permanence être extrêmement compétitif. Il y a toutes sortes de programmes qui vous disent ce que vous avez le droit de faire ou pas. Et lui, il continue de nous surprendre, au jour le jour. Le football est beaucoup plus difficile aujourd'hui que par le passé. Chaque dimanche, il fait une différence énorme. Il a inscrit plus de 700 buts, c'est inouï. Il est un peu comme les plus grands noms de l'histoire de l'art ou de la technologie… Il faudra étudier son cerveau !

Imaginez-vous Messi reculer un peu dans son positionnement, comme Franz Beckenbauer ou Lothar Matthäus l'ont fait ?
Leo a commencé côté la droite. Aujourd'hui, on le voit un peu partout, à récupérer des ballons sur les côtés, voire à l'arrière, comme un défenseur, puis rapidement on le retrouve en position d'avant-centre, à frapper à 15 ou 20 mètres du but. Je le vois continuer à faire ce qu'il fait de mieux dans la position qui lui plaît le plus. Aujourd'hui, les joueurs sont très polyvalents, ils peuvent faire des apparitions un peu à tous les postes.

Ce 23 octobre, le prix The Best - Joueur de la FIFA 2017 récompensant le meilleur joueur de la saison dernière sera remis à Cristiano Ronaldo, Neymar ou Messi. À qui le donneriez-vous ?
Si l'on prend comme critère les trophées gagnés, il n'y a pas photo, Ronaldo. Mais je le donnerais à Leo pour ce qu'il a transmis au monde, sur le plan des valeurs également. Ça fait aussi partie du football.

Le saviez-vous ?

  • Hoyos a été coéquipier de Diego Maradona dans la présélection argentine qui préparait la Coupe du Monde U-20 de la FIFA, Japon 1979. Il n'a pas été retenu dans l'effectif final.
  • Il a joué dans 13 clubs, dont Boca Juniors et le Real Madrid Castilla.
  • Il a été sélectionneur de la Bolivie pendant 6 matches dans les qualifications pour Russie 2018.