Les faits sont là. Le titre de Joueuse Mondiale de la FIFA a toujours été remis à des joueuses à vocation offensive. Si Nadine Angerer, gardienne de but allemande, a fait exception à la règle en 2013, jamais des arrières n’ont encore été récompensées. Or la Française Wendie Renard et l'Anglaise Lucy Bronze, coéquipières à l'Olympique Lyonnais et prétendantes au prix The Best - Joueuse de la FIFA 2017, ont quelques arguments à faire valoir. Entretiens.

Quel effet cela fait-il d’être parmi les prétendantes pour le Prix The Best - Joueuse de la FIFA ?
Wendie Renard : C’est une fierté de faire partie des meilleures joueuses aux mondes. C’est le fruit des années de travail, et de plusieurs saisons remarquables avec l’OL et aussi de bons matches avec l’équipe de France. Ça démontre que le boulot fait n’est pas passé inaperçu. C’est rare de voir des défenseurs dans ce genre de listes, je le savoure d’autant plus. On verra quel sera le verdict, en attendant je vais continuer à donner le meilleur de moi-même sur le terrain !

Lucy Bronze :  J’ai éprouvé beaucoup d’émotion à voir mon nom dans cette liste, surtout lorsque j’ai vu les noms qui m’entouraient. C’est vraiment quelque chose de spécial d’être considérée comme l’une des meilleures joueuses du monde, et je suis très reconnaissante à ceux qui m’ont nominée

Vous y attendiez-vous ?
WR : Je travaille pour... C’est un rêve depuis petite. Mais en tant que défenseuse, je sais que je pars de plus loin par rapport aux joueuses à vocation offensive, qui sont souvent davantage mises en avant. Dire que je m’y attendais : non ! J’essaye juste d’être performante sur le terrain. Et cela, c’est la cerise sur le gâteau. Mais c’est vrai que ce trophée est un rêve, et en tant que défenseuse, un challenge.

LB : Cela m’a surpris. En tant que défenseuse, on ne s’attend pas vraiment à faire partie d’une liste de pour ce genre de récompenses. Le focus est souvent mis sur les attaquantes et les joueuses spectaculaires. A moins d'inscrire un but fabuleux, ou d'inventer un dribble, j'ai le sentiment qu'une arrière a peu de chance d'être nominée.

Vous évoquez toutes deux la difficulté pour une défenseuse de faire partie de ce genre de liste, sachant qu’effectivement le prix a presque toujours été remis à une joueuse à vocation offensive. Est-ce pour autant quelque chose de compréhensible ?
WR : Les beaux gestes, la finition, les jolis buts sont davantage mis en avant que les tâches ingrates et le travail de l’ombre, c’est comme ça. Pourtant, à la base d’un beau but, il se peut qu’il y ait un centre, et avant cela une autre passe, et avant cela une récupération de ballon... Chaque poste, chaque maillon de la chaîne est essentiel. Tous méritent, selon moi, autant de considération.

LB : C’est un fait. Chez les hommes, les gens ont tendance à regarder des matches dans leur intégralité. Chez les femmes, ils se contentent souvent des résumés, autrement dit des actions de buts les plus spectaculaires. Or on ne peut pas se faire une impression du travail d’une défenseuse avec des condensés de match. J’ai pu m’en rendre compte après avoir marqué des buts en Coupe du Monde, ce qui est assez rare me concernant… Les gens me parlent encore de ces buts deux ans après. Il ne fait aucun doute que marquer des buts ou arrêter des penalties reste, malheureusement, pour une joueuse le seul moyen pour se faire véritablement remarquer

Quel regard portez-vous sur votre saison ?
WR : Le début a été difficile suite aux Jeux Olympiques. La trêve hivernale m’a fait du bien, et je suis repartie du bon pied. Mais globalement ma saison a été plutôt bonne ! J’en ai connues des meilleures, cela dit je pense avoir été régulière dans mes performances. Et trois titres, ça ne passe pas inaperçu. Je ne boude pas mon plaisir d’avoir été retenue dans cette liste, d’autant qu’elle est constituée par des spécialistes de la discipline

LB : Ce n’est pas à moi de juger si ma saison a été bonne ou non. En tout cas, dans chaque entraînement, chaque match, j’ai donné absolument tout ce que je pouvais. J’ai notamment donné le meilleur de moi-même lors de l’EURO, et je suis satisfaite de moi car je ne pouvais tout simplement pas donner plus. Je n’ai pas de regret. 

Que pensez-vous l’une de l’autre ?
WR : Lucy est une très grande joueuse. Son apport que ce soit avec Manchester City ou avec l’Angleterre a été impressionnant. C’est une superbe recrue pour l’OL. Ce sont des joueuses comme elles qui vont permettre de changer le regard qu’ont les gens sur les défenseuses.

LB : Wendie est la meilleure défenseure centrale du monde. Elle l’est depuis un moment déjà. C’est marrant, car lorsqu’on joue contre elle, elle dégage un air un peu sévère, sérieux et concentré. Et lorsque je suis arrivée au club, je me suis aperçu qu’elle était tout le contraire hors du terrain : elle est très drôle, toujours souriante, terre-à-terre. Ce n’est pas seulement une grande joueuse, c’est une grande dame.

Olivier Echouafni, Gérard Prêcheur et Emma Hayes sont nommés pour le prix The Best - Entraîneur de l’Année pour le football féminin…
WR : C’est positif de voir des entraîneurs français dans cette liste. Gérard a fait trois ans à l’OL, et sur neuf titres, il en a gagné huit ! C’est un juste retour des choses de le voir dans cette liste. C’est un entraîneur pointilleux sur sa manière de voir le foot, quelqu’un qui nous a appris beaucoup, qui m’a appris beaucoup. J’aimerais qu’il remporte le trophée, car il a prouvé ses qualités.

LB : Emma Hayes est incroyable pour détecter des talents. Elle a développé ce don aux Etats-Unis, et l’a importé en Angleterre. Elle est à Chelsea depuis quelques années et a vraiment fait progresser son club. Bien que je n’aie jamais joué sous ses ordres, je sais qu’elle a une grande influence sur ses joueuses et sait parfaitement fédérer autour d’elle.

Avez-vous un favori pour le titre The Best - Joueur de l’Année 2017 ?
WR : Je respecte tous les joueurs, mais deux se tirent la bourre depuis des années. Lionel Messi et Cristiano Ronaldo. Je pense que cette année, c’est Ronaldo qui va l’avoir vu son année au Real Madrid et les titres qu’il a décrochés. Je pense surtout qu’il faudrait faire un trophée à part pour eux… Car d’autres font de bonnes saisons, mais il y a ce duo qui repousse toujours les limites de leur sport.

LB : Je pense que Ronaldo va le remporter. Il a tout gagné cette année, et ayant des racines portugaises (son papa est portugais), je pencherais un peu en sa faveur !