Les larmes de joie que l'on a pu voir sur son visage à la fin de la série de tirs au but contre Fluminense ont offert un contraste saisissant avec ce qu'on connaissait du personnage. Récent vainqueur de la Copa Libertadores à la tête de la Liga Deportiva Universitaria de Quito, Edgardo Bauza a d'abord été un défenseur central viril, parfois rugueux, excellent dans le jeu aérien et pas maladroit devant le but adverse. Pour tous ceux qui se souviennent de l'équipe d'Argentine vice-championne du monde en 1990, la vue de l'ancien arrière albiceleste en pleurs avait donc de quoi surprendre...
"Je ne m'attendais pas à le voir éclater en sanglots. Je ne l'avais jamais vu dans cet état. Je suppose que tout ce qu'il a gardé à l'intérieur - la peur de perdre cette finale, le souvenir de sa mère récemment décédée - est sorti d'un seul coup", commente Héctor Bauza. Son fils, âgé de 50 ans, est lui-même père d'un autre brillant rejeton : la Liga Deportiva Universitaria de Quito.
Souvenirs amers, avenir radieux
Lorsque Bauza arrive en Equateur pour remplacer le Péruvien Juan Carlos Oblitas aux commandes de la Liga, la formation alba n'est pas au mieux. Les choses ne vont pas s'arranger. "Il y a un an encore, je regagnais régulièrement les vestiaires escorté par des policiers. Le public voulait me lyncher et la presse en rajoutait en disant que j'étais fini, que le président du club ne savait plus ce qu'il faisait", raconte-t-il posément, avec la confiance de celui qui s'est imposé dans un environnement a priori hostile.
Les premiers signes d'éclaircie arrivent en 2007, lorsque la Liga remporte les play-offs, puis le titre. El Patón, comme on le surnomme en Amérique du Sud, se fixe aussitôt un nouveau défi : passer la première phase de la Copa Libertadores. Il sait de quoi il parle. En 2001, il a emmené ses compatriotes de Rosario Central jusqu'en demi-finales de la plus prestigieuse compétition d'Amérique latine. ". Mais quand nous avons eu connaissance de la composition du Groupe 8, nous nous sommes dit que ça allait être très difficile", poursuit-il.
C'est le moins que l'on puisse dire. Le budget annuel de la Liga est est inférieur à 4 millions d'euros, c'est-à-dire à peu près ce que dépensent les autres équipes de ce fameux Groupe 8 pour l'achat d'un ou deux renforts. "J'ai commencé à y croire quand nous avons réussi à sortir de cette poule et un peu plus encore lorsque nous avons éliminé Estudiantes en huitièmes de finale. A partir de ce moment-là, je me suis dit qu'il allait être vraiment difficile de nous battre", se souvient-il. Joli pressentiment. Après avoir accroché les Pincharratas à leur tableau de chasse, les protégés de Bauza y ajoutent chronologiquement San Lorenzo (Argentine), l'América (Mexique) et - en guise d'apothéose - Fluminense, à l'issue d'une finale retour épique au Maracaná.
"Il veut rester"
Comme en témoignent ses cent et quelques buts inscrits en tant que défenseur, Bauza a toujours été animé par l'ambition et l'envie de gagner. Faut-il y voir l'une des clés de sa réussite ? "Quand j'ai commencé ma carrière d'entraîneur, il y a dix ans, on m'a demandé si je pensais pouvoir gagner un jour la Copa Libertadores. Aujourd'hui c'est fait, nous y sommes. C'est une récompense énorme pour une équipe sérieuse et audacieuse."
Les stats de la Liga dans cette Copa Libertadores n'ont pourtant rien d'impressionnant. "La U" n'a remporté qu'une seule de ses sept dernières rencontres, mais ce fut la bonne : la finale aller contre Fluminense. Cette victoire 4:2 à domicile, suivie d'une leçon de courage dans l'antre du Maracaná, a fini de redorer le blason de Bauza, dans une ville aussi passionnée et exigeante que Quito lorsqu'il s'agit de football. "", dit-il d'un air amusé.
Démonstration s'il en est qu'en football, le sort des hommes est rigoureusement lié aux résultats. Prochain objectif pour le stratège en odeur de sainteté : la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA 2008. Au mois de décembre au Japon, les Albos trouveront sur leur route des adversaires comme les Mexicains de Pachuca (Mexique) ou Manchester United, pour ce qui constitue le prochain grand défi d'El Patón. A condition bien sûr qu'il soit toujours là pour diriger ses troupes universitaires.
Sur la question de l'avenir de Bauza, le président du club, Rodrigo Paz, joue cartes sur table : "Il sera difficile de le retenir, car il va recevoir des offres. Mais il dit qu'il veut rester et c'est évidemment mon souhait le plus cher. C'est pourquoi nous allons faire tous les efforts possibles pour prolonger son contrat. Il sera avec nous jusqu'à la fin de l'année. C'est un homme d'honneur et de parole", conclut calmement le dirigeant.
