LE FILM DE LA JOURNEE - Obnubilés par le débat sur la vulnérabilité de sa défense, nous avons peut-être tous oublié que le Brésil possède aux avant-postes des solutions très variées, qui lui permettent de gagner ses matches en offrant des buts. Par deux fois, des Allemands courageux sont revenus au score, mais lorsque les champions du monde ont réussi à prendre une troisième fois l'avantage, la cause était entendue. Ce sont donc les Sud-américains, emmenés par un Adriano au sommet de sa forme et auteur d'un doublé, qui seront en finale mercredi prochain, tandis que Jürgen Klinsmann et ses joueurs n'ont plus qu'à retourner à leurs études dans la perspective de la Coupe du Monde de la FIFA 2006.
Le prochain match pourrait bien être l'occasion pour l'équipe de Carlos Alberto Parreira de retrouver son voisin et grand rival, l'Argentine. A moins que le Mexique ne créé la surprise en s'invitant à la grande finale de Francfort. Nul doute que les Brésiliens auraient alors à cur de faire oublier leur humiliante défaite 0-1 concédée dimanche dernier à Hanovre, face à ces mêmes Mexicains. Quelle que soit l'issue de l'autre demi-finale, la Coupe des Confédérations de la FIFA nous promet encore quelques grands moments de football. Les amateurs de statistiques noteront au passage que, pour la première fois depuis l'édition mexicaine de 1999, la compétition ne sera pas remportée par une équipe européenne. A l'époque, le Brésil et le Mexique s'étaient livrés à une lutte sans merci en finale. Le match s'était conclu par une victoire à l'arrachée 4-3 du pays hôte.
Quant à Jürgen Klinsmann et à ses joueurs, ils doivent maintenant apprendre à vivre avec la défaite. La tâche s'annonce difficile, d'autant que la Mannschaft porte sur ses épaules les rêves et les espoirs de quelque 80 millions d'Allemands. Le sélectionneur national, qui n'avait jusqu'ici connu la défaite qu'à une seule reprise en 14 sorties, pourra néanmoins se consoler en repensant aux excellentes prestations de son équipe. A l'inverse, les supporters allemands regretteront qu'en s'inclinant face au Brésil, leurs favoris aient laissé passer l'occasion, pour la 14ème fois consécutive, de s'imposer face à l'une des grosses cylindrées du football international.
La dernière confrontation entre les deux pays remontait à la finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Corée/Japon 2002. A l'époque, la Seleção s'était nettement imposée grâce à un doublé de Ronaldo. Mais tandis que les deux adversaires se préparaient à disputer la revanche de ce match historique, le buteur du Real Madrid, lui, était probablement quelque part au Brésil. Quoi qu'il en soit, l'essentiel de la première période est largement à l'avantage des Allemands, qui se créent la première occasion du match par l'intermédiaire de Bernd Schneider, dont la reprise de volée manque le cadre. Le Brésil laisse passer l'orage et attend son heure. Il faut dire qu'avec des artificiers du calibre de Ronaldinho, Kaka et Adriano, sans oublier Juninho Pernambucano, chaque coup franc à proximité des buts se transforme vite en véritable occasion. Ronaldinho s'élance vers le ballon, mais c'est en fait Adriano qui frappe. Son tir violent est dévié au passage par un joueur allemand du mur et Lehmann, pris à contre-pied, n'a plus qu'à constater les dégâts. Pour Adriano, en revanche, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : le buteur de l'Inter se paye même le luxe d'inscrire là le 250ème but de l'histoire de la compétition.
Deisler impuissant
Le coup est rude pour l'Allemagne, mais les hommes de Klinsmann en ont vu d'autres. Ainsi, sur un centre tir, Ernst passe tout près de tromper la vigilance de Dida. Sur le corner suivant, le portier brésilien, peut-être encore sous le coup de la surprise, manque totalement sa sortie et laisse Lukas Podolski reprendre le ballon de la tête et remettre les deux équipes à égalité. Déjà peu à son avantage contre le Mexique et le Japon, la défense brésilienne est une nouvelle fois prise en défaut.
Viennent ensuite les penalties. Les numéros neuf et dix dans cette compétition, qui n'en aura décidément pas manqué. Les tireurs font tous les deux la démonstration de leur adresse dans cet exercice, très apprécié par les footballeurs présents à la Coupe des Confédérations de la FIFA 2005. En effet, sur dix tentatives, huit ont été transformées. Ronaldinho expédie son tir à ras de terre directement dans le petit filet gauche, tandis que Michael Ballack, lui, choisit le côté opposé pour placer un tir puissant qui va se ficher sous la transversale.
Le capitaine allemand avait manqué la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2002 pour cause de suspension. Depuis, le milieu de terrain du Bayern Munich court après le succès, dans l'espoir d'effacer ce souvenir douloureux. Aujourd'hui, son influence sur le jeu de l'équipe d'Allemagne est totale et son efficacité sur penalty n'est plus à démontrer, puisqu'il a déjà marqué à trois reprises dans le tournoi. Quand Ballack va, tout va pour l'équipe d'Allemagne. Et dès lors que son meneur de jeu est soutenu par des joueurs aussi vifs et inspirés que Sebastian Deisler, la Mannschaft devient pratiquement irrésistible. Une statistique, plus que toute autre, illustre l'apport de Deisler : l'international allemand est la cible préféré des défenseurs, comme en témoignent les 14 coups francs sifflés en sa faveur.
En seconde mi-temps, Robinho se montre beaucoup plus à son avantage et la puissance d'Adriano continue à faire des ravages dans l'arrière-garde allemande. Lucio passe tout près de donner l'avantage au Brésil, mais soixante secondes plus tard, son échec est définitivement oublié lorsque Robinho lance l'attaquant de l'Inter dans le dos de la défense. Adriano n'est pas homme à manquer ses duels avec les gardiens et, cette fois encore, son pied gauche fait la différence. A défaut d'avoir vu leurs favoris l'emporter, les spectateurs du Franken-Stadion ont été gâtés puisqu'ils ont pu assister à une rencontre passionnante, ponctuée de cinq buts. De quoi maintenir l'exceptionnelle moyenne du stade de Nuremberg