Certes, le Yémen fait son baptême du feu en compétition de la FIFA. Mais pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Pratiquant un football explosif, il a séduit bon nombre de spectateurs, qui sont restés en haleine jusqu’à l’ultime seconde de ses prestations. Les Yéménites ont ainsi été les acteurs de la plus belle rencontre de la phase finale, celle qui les a vus s’incliner sur le fil (3-4) contre le Portugal. Dans la même configuration, ils ont égalisé in extremis contre le Cameroun. A l’heure d’affronter le grand Brésil dans sa dernière rencontre de groupe, l’équipe du Moyen-Orient s’érige en porte-drapeau du continent asiatique. L’entraîneur Amen Al Sunaini s’est entretenu avec FIFA.com avant l’heure de vérité.Qu’est-ce que ça fait d’être la seule équipe asiatique à conserver une chance de qualification pour le deuxième tour ?
On est très fiers. On peut toujours se qualifier si on gagne 1-0 et si le Portugal et le Cameroun font match nul. Bien sûr, ça va être difficile de défier le Brésil, mais le seul fait qu’on ait encore une chance, un espoir, est déjà une réussite en soi.
Le but de Sami Juaim dans le temps additionnel a tout changé, n’est-ce pas ?
Je suis très heureux. Et ce qui me réjouit pas dessus tout, c’est qu’on soit toujours en course, qu’on ne soit pas là pour faire de la figuration dans ce dernier match. Les joueurs asiatiques ont leur façon bien à eux de fêter les choses.
Vous devez battre le Brésil. Allez-vous tout miser sur l’attaque ?
Je sais que l’on doit gagner, mais je sais aussi que ça va être difficile. Les garçons manquent d’expérience pour négocier ces matches à gros enjeu. J’espère seulement une chose : que l’on montre un beau football. Je suis sûr que cette rencontre restera gravée dans les mémoires car les Yéménites adorent le football brésilien.
Le Yémen en a surpris plus d’un en Finlande. A l’heure qu’il est, vous pourriez avoir six points…
Exact. Contre le Portugal, on mène 2-0 et on a l’occasion d’en mettre un troisième avant qu’il marque à son tour. Les Portugais ne nous étaient pas supérieurs, pas plus que les Camerounais, mais c’est leur expérience qui leur a permis de mettre à profit de petites occasions. C’est la première fois que le Yémen prend part à une compétition de la FIFA. On s’est très bien comportés pour l’instant et j’en suis satisfait.
Au Yémen, comment vos prestations sont-elles perçues ?
Les gens suivent les matches à la télé ; ils sont très excités. Le Président (Ali Abdallah Saleh) nous a appelés samedi pour nous féliciter. Il nous a dit qu’on n’avait pas eu de chance et que tout le pays était derrière nous.
b>Pourquoi le Yémen a-t-il mis autant de temps à se qualifier pour une phase finale ?
Le professionnalisme n’existe pas au Yémen, ce pourquoi notre championnat n’est pas très puissant. En U17, les joueurs vont et viennent : de temps en temps, vous avez une bonne équipe qui sort. C’est ce qui s’est produit avec cette génération. En jetant un coup d’œil à l’histoire, on se rend compte que le trophée a été partagé au fil des années. Les formations africaines ont bien réussi et l’Arabie saoudite s’est elle aussi imposée. En fait, tout dépend de la qualité des joueurs à disposition une année donnée. Peut-être qu’on n’aura pas la même qualité l’an prochain.
Parlez-nous de ce groupe…
La plupart des joueurs sont étudiants. Il n’est donc pas facile de les avoir à disposition sur de longues périodes car ils ont des cours à suivre. Ils évoluent en grande partie dans des clubs de première ou de deuxième division. Il y a environ un an, on a passé deux mois à les sélectionner. On est partis de 60 garçons, avant de réduire le groupe à 20 éléments. On s’est qualifiés pour la phase finale asiatique U17 et on a perdu aux tirs au but contre la Corée, aux Emirats arabes unis. Les joueurs se distinguent par leur vitesse et leurs qualités balle au pied.
La plupart des joueurs issus du Moyen-Orient disparaissent de la circulation après avoir brillé en catégories de jeunes. Que pouvez-vous faire pour remédier à cela ?
Ils représentent l’avenir du football yéménite. On doit absolument les suivre et poursuivre leur préparation en disputant des matches amicaux. C’est le seul moyen d’assurer de bons résultats pour l’avenir.