Toues les Costaricains, joueurs, encadrement et supporters, ont bien fait de ne pas être cardiaques. Car après avoir achevé la phase de poule en parfaite égalité avec le Nigeria à la deuxième place du Groupe B, Les Ticos ont finalement gagné leur billet pour les quarts de finale au bout d’un tirage au sort plus que tendu. Autant dire quelque chose d’insupportable... Conscients de leur bonne étoile, ils entendent à présent profiter de la protection de Dame Chance pour aller battre la Colombie sur la pelouse artificielle de Töölö, le samedi prochain à Helsinki. Manuel Ureña, le sélectionneur costaricain, parle à FIFA.com de tous les sentiments qui ont frappé son groupe, de l’incertitude à l’extase.

Qu’avez-vous ressenti lors de cette dernière journée du Groupe B ?
Cela a été une journée chargée d’émotions. D’abord, nous avons dû attendre et prier pour que le Nigeria s’incline face à l’Argentine. Ensuite, une fois cette condition remplie, il nous fallait veiller à ne pas nous disperser, à ne pas nous emporter. J’ai demandé à mes joueurs d’être patients, je leur ai rappelé qu’un match de football durait 90 minutes et je les ai enjoints à jouer à la costaricaine, en posant le jeu. Nous avons rempli la deuxième condition en seconde mi-temps. Quand il restait 2 minutes à jouer, j’ai pris la décision de demander à mes joueurs de se replier pour protéger le 2-0. J’avoue que j’étais mort de peur. Nous aurions pu concéder un but et voir s’évanouir toutes nos chances de qualification.

On vous a vu chanter à gorge déployée l’hymne national avant la rencontre. Sentiez-vous déjà que le coup était jouable ?
Je le sentais très fort, en effet. J’étais sûr que nous pouvions nous qualifier.

Vous trouviez-vous dans la pièce où a lieu le tirage au sort ?
Non, j’étais dans le vestiaire, en train de prier avec les joueurs. J’étais plutôt détendu : je savais que nous avions fait un excellent boulot sur le terrain et que nous avions une chance sur deux. Ce sont deux officiels de la délégation costaricaine qui se sont rendus dans la pièce où le tirage au sort a eu lieu. Après, quelques secondes plus tard, je les ai entendus courir, frapper aux portes et crier ‘Costa Rica, Costa Rica !’. Les joueurs ont alors commencé à chanter et à hurler. J’ai continué de prier et j’ai remercié Dieu. Après, je suis retourné à l’hôtel et j’ai dormi paisiblement.

Comment voyez-vous le match face à la Colombie ?
Disons que les deux équipes sont assez proches. A l’époque dorée du football colombien, dans les années 50, de nombreux entraîneurs comme Francisco Maturana venaient exercer leur métier au Costa Rica. Nous avons d’abord acquis le principe de la défense plate à quatre, nous avons appris à utiliser toute la longueur et la largeur du terrain et nous avons assimilé les systèmes de pressing. Je sais d’eux qu’ils travaillent très dur et que, au cours des championnats d’Amérique du sud, ils ont pratiqué un jeu assez rugueux. Ils ont tenu en échec l’Argentine et battu le Brésil, ce qui veut dire que ce ne sera pas facile.

Dans quel secteur du terrain croyez-vous que la rencontre va se gagner ?
Ils évoluent en 4-4-2 avec un milieu en losange. On va se servir de nos arrières latéraux pour perforer ce dispositif en percutant dans le dos de leurs milieux.

Quels seront les joueurs clés ?
De leur côté, Hidalgo (Carlos), le 7 (Pablo Armero), le 4 (Víctor Vargas) et le 14 (Alberto Bolívar). Et chez nous, Ariel Rodríguez, Pablo Rodríguez, Josimar Arias et José Garro, qui n’a pas encore montré tout ce qu’il sait faire. Crisanto Esquivel est très important pour nous également. Il est très fort au marquage et il est infatigable.

Craignez-vous plus la Colombie après sa pulvérisation 9-1 de la Finlande ?
Non, pas du tout, ce résultat est le fruit de circonstances particulières. La Finlande devait attaquer et se découvrir. Tous les matches sont différents.

Êtes-vous content de la façon dont évolue le Costa Rica dans cette compétition ?
Oui, en particulier de la deuxième mi-temps face au Nigeria. Mais j’ai également apprécié notre performance globale face à l’Argentine, ainsi que notre deuxième période face à l’Australie. Il y a des choses que nous avons très bien faites, et d’autres un peu moins bien. Mais surtout, nous avons beaucoup appris…

Qu’est-ce que cela signifierait-il pour le Costa Rica que de se qualifier pour les demi-finales ? Voire d’aller plus loin ?
Ce serait un véritable tournant pour nous. Nous avions déjà atteint ce stade (le deuxième tour) à la Coupe du Monde 1990. Ce serait donc un record pour nous d’aller plus loin. Le football est en plein essor chez nous, essentiellement parce que nous avons nombre de joueurs talentueux. Nos terrains ne sont pas de très bonne qualité, mais lorsque ce sera le cas, le Costa Rica sera encore plus fort. Nous avons fait beaucoup d’efforts sur l’organisation et sur la préparation, et nos entraîneurs sont aujourd’hui plus qualifiés. Les familles ont tendance de plus en plus souvent à pousser leurs enfants vers le football. Mais la raison principale de notre succès réside dans cette aisance technique que possède tout footballeur costaricain.

Les trois équipes de la CONCACAF se sont qualifiées pour les quarts de finale. La confédération est en plein boum...
Aux Etats-Unis, 18 millions d’enfants jouent au football. En 2010, les Américains vont certainement viser le titre mondial. Le Mexique est un grand du football mondial. Ils ont tellement de joueurs, tellement d’argent, et en plus ils ont un championnat professionnel. En revanche, le Costa Rica a un très joli nom [Côte Riche, en espagnol], mais on manque cruellement de fonds. On a juste du talent à revendre. Mais il y a également d’autres pays de la région qui font du bon travail, comme le Honduras et le Salvador. A mon sens, c’est le mélange des races – des Noirs avec des Indiens et des Européens – qui contribue à l’éclosion de bons joueurs.

Quels joueurs des autres formations vous ont impressionné ?
Les Nigérians Bala (Ezekiel) et Mikel (John). Chez les Argentins, le numéro 2 (Ezequiel Garay), le 5 (Lucas Biglia), qui a pourtant très peu joué (en raison d’une blessure). Mais je sais qu’il est très bon parce que nous les avons joués récemment au Venezuela et nous avons perdu 7-1. Je l’ai également observé au cours de plusieurs matches de l’Argentine lors des derniers championnats d’Amérique du sud et il a vraiment d’énormes qualités.

Quid de Freddy Adu ?
Il est très direct, très équilibré et possède une excellente coordination. Avec sa souplesse et sa technique, il possède toutes les qualités physiques secondaires requises. En plus, il a un côté magique.

Est-il vraiment possible à cet âge de dire si un footballeur va devenir une grande star ?
Oui, bien sûr, le talent n’a pas d’âge.