Ce sont sans doute les deux entraîneurs les plus expérimentés à ce niveau. A eux deux, l’Espagnol Juan Santisteban et l’Argentin Hugo Tocalli totalisent plus de 20 ans d’expérience en Championnat du Monde U17 de la FIFA sur plus de cinq éditions. Ce mercredi, ils s’affrontent pour la deuxième fois consécutive en demi-finale. FIFA.com a rencontré ces deux techniciens à quelques heures du match qui opposera l’Argentine à l’Espagne au stade Töölö d’Helsinki.

Les sélectionneurs argentin et espagnols prêts pour la guerre des nerfs (II)

FIFA.com : Quelle est l’ambiance au sein de votre groupe après cette qualification pour les demi-finales ?
JS : Tout le monde est très remonté après notre victoire sur le Portugal. Il règne une excellente atmosphère au sein de l’équipe et ce, depuis le début de la compétition. Par deux fois nous avons été réduits à dix, mais à chaque fois nous avons su compenser notre infériorité numérique par notre abnégation. Notre but égalisateur devant la Sierra Leone en est un excellent exemple.

HT : Très bonne. Nous essayons de dialoguer au maximum avec les joueurs afin de savoir si quelque chose les tracasse mais nous avons la chance d’avoir un groupe très enthousiaste. Ils n’ignorent pas que les deux prochains matches seront très difficiles, mais ils sont également conscients d’avoir réalisé quelque chose de grand en passant le premier tour et les quarts de finale. Ils savent désormais qu’ils font partie des quatre meilleures équipes du monde. Je n’aime pas que mes équipes fassent des complexes d’infériorité ou de supériorité.

Comment envisagez-vous la rencontre de mercredi ?
JS : Ce match sera sans doute très serré. L’Argentine et le Brésil sont les deux favoris de la compétition. Mais à ce niveau, personne ne peut réellement prédire comment les choses vont se passer. Les temps de récupération sont réduits et on peut prédire que la condition physique des joueurs aura un rôle important. De plus, les garçons ne sont pas encore des professionnels endurcis : ils ont des hauts et des bas. Ils peuvent se montrer brillants un jour et beaucoup plus ordinaires le lendemain. Tout ce que nous pouvons faire, c’est espérer qu’ils seront dans le bon état d’esprit au moment de fouler la pelouse mercredi.

HT : Je ne suis pas d’accord avec mon collègue espagnol : nous ne sommes pas favoris. Je pense que toutes les équipes présentes en demi-finale sont de même niveau. Ce sera très dur. C’est mon quatrième Championnat du Monde U17. L’Espagne possède un jeu collectif bien réglé. Son jeu ne repose pas sur un seul joueur, comme c’était le cas il y a deux ans à Trinité-et-Tobago avec Fernando Torres. Cette année, les joueurs forment une véritable équipe avec quelques très bons éléments, comme le 7 (Sisi) et le 11 (Jurado).

Pour le moment, nous n’avons pas encore encaissé le moindre but dans cette compétition, mais les Espagnols viennent d’en inscrire cinq lors de leur dernier match. Pour nous, il ne fait aucun doute que cette rencontre sera très serrée. Mais il est vrai qu’à ce niveau, on ne peut jamais rien prédire avant le jour même de la rencontre. Contrairement aux U20 qui sont plus matures, les garçons peuvent se réveiller le matin de la rencontre et se sentir un peu abattus. Je ne pense pas qu’il y ait véritablement un secteur dans lequel nous pourrions dominer l’Espagne. Tout dépendra sans doute de la façon dont les choses se dérouleront mercredi. Si nous ne savons pas saisir les occasions qui se présenteront à nous, alors les Espagnols l’emporteront certainement.

L’équipe de votre adversaire (Tocalli/Santisteban) possède-t-elle un style bien particulier ?
JS : Ils sont toujours très forts techniquement et certaines de leurs individualités sont prodigieuses. Je crois pouvoir dire que les équipes dirigées par Tocalli sont généralement très solidaires, qu’elles aiment garder la possession du ballon et qu’elles évoluent généralement dans un excellent état d’esprit.

HT : Oui, je crois. En général, Santisteban aime avoir deux lignes de quatre joueurs. Le 11 (Jurado) et le 17 (Cesc) sont plus des attaquants que de véritables milieux de terrain. Les joueurs changent à chaque génération, mais son schéma demeure inchangé.

C’est l’Argentine qui avait éliminé l’Espagne de la compétition il y a deux ans à Trinité-et-Tobago grâce à la victoire (4-2) obtenue dans le dernier match de poule. Que retenez-vous de cette confrontation ?
JS : Nous avions joué de malchance dans ce match. Nous menions 2-1, nous faisions notre meilleur match depuis le début du tournoi et, tout à coup, nous avons eu une expulsion très sévère. Mais cette demi-finale est une tout autre affaire. Elle opposera d’autres joueurs.

HT : Ils menaient 2-1 quand Torres a eu une superbe occasion de leur donner deux buts d’avance, mais il n’a pas su la convertir. Nous avons procédé à quelques changements et nous avons connu plus de réussite en seconde mi-temps, où nous nous sommes finalement imposés 4-2. S’ils avaient marqué ce troisième but, je crois que les choses auraient été beaucoup plus difficiles pour nous.

Quelles sont les différences entre l’équipe actuelle et celle que vous dirigiez il y a deux ans ?
JS : Ce groupe fonctionne de façon beaucoup plus collective. Je ne vois personne qui se signale comme étant plus doué ou plus complet que les autres. A ce niveau, il n’est pas très bon pour une équipe que les écarts de niveau entre les joueurs soient trop marqués, ça ne peut qu’exciter les jalousies. Dieu merci, je n‘ai pas ce genre de problèmes avec mon équipe.

Ils ont d’ores et déjà réussi à surmonter l’obstacle le plus difficile. Nous n’avons débuté notre préparation que le 23 juillet, ce qui ne nous a laissé que peu de temps pour nous connaître avant le début de la compétition. Nos adversaires, eux, jouent ensemble depuis six mois. Mais mon équipe ne renonce jamais, elle donne toujours le meilleur d’elle-même et, pour cela, je l’admire.

HT : Cette génération est plus dynamique sur le plan offensif. Les joueurs sont capables de varier le rythme de la rencontre d’un instant à l’autre. Nous sommes aussi plus assurés en défense. L’équipe précédente, en revanche, pouvait compter sur un joueur comme Carlos Tévez, qui pouvait changer le cours d’un match à n’importe quel moment.