Ce sont sans doute les deux entraîneurs les plus expérimentés à ce niveau. A eux deux, l’Espagnol Juan Santisteban et l’Argentin Hugo Tocalli totalisent plus de 20 ans d’expérience en Championnat du Monde U17 de la FIFA sur plus de 5 éditions. Ce mercredi, ils s’affrontent pour la deuxième fois consécutive en demi-finale. FIFA.com a rencontré ces deux techniciens à quelques heures du match qui opposera l’Argentine à l’Espagne au stade Töölö d’Helsinki.

Les sélectionneurs argentin et espagnols prêts pour la guerre des nerfs (I)

Quelles sont les qualités essentielles pour un entraîneur ou un joueur à ce niveau ?
JS : A cet âge, je crois que la personne compte plus que le footballeur. Les joueurs devraient avoir à cœur de participer, de s’amuser et de se montrer généreux. C’est la période où l’on devient un adulte et il est important de conserver cet état d’esprit par la suite. Un égoïste se remarque très vite sur le terrain et ce genre d’individus ne peut qu’affaiblir l’équipe.

HT : Un entraîneur doit se fixer des objectifs clairs : il doit soit préparer son équipe pour l’avenir, soit gagner des matches. Il doit être capable de trouver les mots justes au bon moment pour obtenir le meilleur de ses joueurs. La patience, répéter cent fois les mêmes choses, est également une vertu indispensable. Nous avons de la chance car les joueurs argentins sont très fiers de représenter leur pays et ils n’hésitent pas à faire de gros sacrifices pour cela.

En demi-finale, on retrouve trois équipes d’Amérique du Sud mais pas une seule formation africaine. Cela témoigne-t-il d’une nouvelle tendance à ce niveau ?
JS : Je ne crois pas que le football change jamais. Aucune équipe africaine ne s’est qualifiée, mais ça n’est qu’un hasard. Notre attitude, en tout cas, n’a pas changé : nous prenons toujours cette compétition avec le même sérieux.

HT : Il est curieux qu’aucune équipe africaine ne se soit qualifiée. Jusqu’à maintenant, il y en avait toujours eu au moins une en demi-finale. Peut-être que leur préparation n’a pas été à la hauteur cette fois-ci. Peut-être aussi que ces trois équipes n’étaient pas assez fortes. Ce qui est certain, c’est que tous les pays en Amérique du Sud consacrent beaucoup d’efforts au développement du football junior, comme en témoigne le niveau très relevé de la compétition en Bolivie.

Aucune des deux équipes n’a jamais remporté cette compétition. Comment cela se fait-il ?
JS : C’est ma cinquième participation. Nous avons déjà été finalistes en Italie en 1991 et nous avons finis troisièmes en Egypte en 97. Nous ne nous sommes pas si mal débrouillés. Nous ne sommes plus qu’à un match d’une nouvelle finale et nous allons tout faire pour nous qualifier.

HT : Nous venons toujours dans l’espoir d’avoir six matches à disputer. C’est ce que nous avons réussi à faire à Trinité-et-Tobago il y a deux ans et nous récidivons cette année. Cette expérience des compétitions internationales est plus importante pour les joueurs que ce qu’ils pourraient acquérir dans leurs clubs, même s’ils évoluaient en équipe première. Je viens toujours pour gagner, mais mon objectif majeur reste de disputer ces six rencontres.

Evidemment, au stade où nous en sommes, nous espérons bien remporter ce tournoi mais, au moins, nous saurons que nous sommes parmi les meilleurs. Préparer ces jeunes footballeurs à ce qui les attend par la suite est plus important que de gagner. Nous n’avons jamais remporté le Championnat du Monde U17 de la FIFA et nous nous sommes imposés dans le Championnat d’Amérique du Sud U17 pour la première fois cette année. Nous n’avons jamais fait mieux qu’une troisième place en Equateur en 1995. Mais, avec José (Pekerman) nous avons remporté trois des quatre derniers Championnats du Monde U20 de la FIFA. Nous espérons conserver 50 à 60% de l’effectif des U17 en U20. Parmi ceux-là, quelques-uns auront la chance de jouer pour la sélection nationale. Nous n’avons fini que 8èmes en Egypte en 97, mais de nombreux joueurs présents lors de ce tournoi font désormais le bonheur de clubs de haut niveau un peu partout dans le monde.

La demi-finale se disputera sur la pelouse artificielle du stade Töölö. Qu’en pensez-vous ?
JS : D’après ce qu’on m’en a dit, la pelouse est parfaite. En Espagne aussi nous sommes parfois victimes des intempéries et la qualité des terrains s’en ressent. C’est une vraie nécessité. Nous nous sommes déjà entraînés sur ce type de surface en Espagne : nous espérons donc que les joueurs n’auront pas trop de mal à s’adapter.

HT : Malheureusement, nous ne connaissons pas bien ce type de terrains mais, de ce point de vue, les deux équipes partiront à égalité.

A cet âge, peut-on dire quels joueurs deviendront les stars de demain ?
JS : C’est très difficile. En fait, c’est une question que je me pose souvent. J’ai déjà entraîné les équipes de jeunes du Real Madrid et il m’est arrivé de croiser des gamins extraordinaires que tout le monde s’accordait à reconnaître comme de futurs grands. Mais parfois, ces gamins n’arrivent même pas à s’imposer dans des clubs de seconde division. Il y a tellement de choses qui peuvent freiner le développement d’un joueur. La famille, les agents, les amis, l’entourage du joueur jouent un grand rôle. Il faut aussi tenir compte des blessures à un âge où le joueur n’a pas achevé sa croissance. Il y a tant de paramètres qu’il est inutile de faire de telles prédictions. Tout ce que vous pouvez faire, c’est espérer que le joueur ait une bonne mentalité : c’est déjà la moitié du travail. Ils doivent toujours faire l’objet d’énormément d’attention et si quelqu’un vous dit qu’il tient le nouveau Di Stefano ou le nouveau Maradona, il vous raconte des histoires. A cet âge tout ce qui compte c’est le plaisir de jouer.

HT : Oui, on peut le prédire. Je pourrais dire à mes amis lesquels de mes joueurs seront des stars, mais je ne donnerai jamais l’impression à un joueur qu’il est moins important qu’un autre. Ce serait dommageable pour l’équipe de mettre en avant certains joueurs et pas d’autres. Si nous en sommes là aujourd’hui, ou si nous remportons le tournoi, ce sera grâce à l’équipe et pas à quelques individualités.