La scène est poignante : une jeune Chinoise en larmes cherche réconfort dans les bras de son compagnon après l'élimination de son équipe 3:2 face à l'Allemagne à Tilburg.

En dépit d'un épilogue en queue de poisson, ce huitième de finale dans le stade de Willem II aura sans conteste constitué le point d'orgue du Championnat du Monde Juniors de la FIFA, Pays-Bas 2005 pour les supporters chinois fanatiques ainsi que pour ceux qui ont veillé au-delà de minuit pour suivre la retransmission télévisée.

Pour eux (ils constituent sans doute le plus grand groupe de supporters au monde) et pour les innombrables représentants des médias chinois, les trois victoires d'affilée de l'équipe au premier tour et la dramatique élimination font surgir un tas de questions relatives au développement futur du football chinois.

Une couverture gigantesque
Le parcours de la Chine à Pays-Bas 2005 a suscité un engouement considérable dans la nation la plus peuplée de la planète. "Imaginez un peu : plus de 50 millions de personnes ont suivi le match à la télé !", disait à FIFA.com Zhang Bin, le commentateur de la chaîne China Central Television à l'issue de Chine - Allemagne.

Même si ce nombre ne constitue pas un record d'audience, il n'en reste pas moins incroyable si l'on considère qu'il s'agissait d'un match de jeunes. Et Zhang d'ajouter : "Ils étaient plus de 10 millions lors de chaque match du premier tour et leur nombre a été quintuplé pour le match contre l'Allemagne".

Ce tournoi marque également un accroissement soudain de la couverture par les autres médias chinois, puisque la presse écrite et les sites web ont connu une véritable explosion de leur fréquentation et de leur consultation à la suite des bons résultats de l'équipe. Fang Zhao, responsable de la rubrique football sur sohu.com, observe : "Nous avons lancé une campagne de soutien pour le sélectionneur Eckhard Krautzun sur notre site. 15 000 fans ont signé la pétition et laissé un commentaire en l'espace de quelques jours".

L'exemple européen
La Chine a obtenu deux victoires historiques contre les poids lourds européens que sont la Turquie et l'Ukraine en déployant un jeu à la fois puissant, raffiné et bien organisé. C'est la troisième fois que la Chine se hissait au second tour d'un Championnat du Monde Juniors de la FIFA, mais la première fois qu'elle remportait son groupe.

Le People's Daily, le plus grand quotidien chinois, commentait : "Les énormes progrès enregistrés par l'équipe depuis l'arrivée de l'entraîneur allemand Krautzun il y a quelques mois prouvent à l'évidence que nous devons continuer à faire confiance à des entraîneurs étrangers expérimentés issus des grandes nations du football, un peu comme la Chine a exporté de nombreux entraîneurs en tennis de table".

Un article de Sports Weekly lui emboîte le pas : "Pour la Chine, la seule solution consiste à calquer les styles du football européen, qui possède le système le plus sophistiqué et le professionnalisme le plus évolué".

Plus de problème de mentalité
Eternelle déception en Asie, la Chine avait pour habitude d'attribuer ses défaites à une faiblesse de caractère, mais l'agence de presse Chine Nouvelle rapporte : "Mentalement, nous étions aussi forts que les Allemands pendant les 90 minutes, mais nous nous sommes inclinés à la dernière minute. Sur le terrain, l'équipe a impressionné par sa puissance et ses qualités".

Constructive, la critique soulève également les problèmes techniques et tactiques de l'équipe. Le quotidien sportif Compétition écrit : "Nous sommes excellemment organisés, mais l'équipe manque à l'évidence d'un meneur capable de faire basculer un match et d'inspirer l'équipe dans les moments difficiles… Quelqu'un comme l'Ukrainien Oleksandr Aliiev ou l'Espagnol Silva".

Une analyse approfondie réalisée par le journal Soccer exhorte la nouvelle génération à ne pas répéter les erreurs de leur géniaux prédécesseurs, qui firent des étincelle au niveau du Championnat du Monde Juniors de la FIFA, mais ne confirmèrent jamais tout le bien qu'on pensait d'eux. "Les stars ont besoin d'un environnement propice pour s'épanouir", peut-on y lire en guise d'avertissement.