Depuis le début de Championnat du Monde de Futsal de la FIFA, Chinese Taipei 2004, il est une équipe qui fait débat. Jugée trop défensive par certains, l'Argentine n'en est pas moins aujourd'hui dans une bonne position pour atteindre le dernier carré. A quelques heures d'un match décisif face à l'Ukraine, FIFA.com a rencontré le souriant défenseur argentin Leandro Planas.
FIFA.com : Leandro, comment jugez-vous le début de tournoi de l'Argentine ?
Leandro Planas : Au premier tour, nous savions que nous nous devions de passer en compagnie du Portugal. Mais nous avions aussi conscience que notre groupe serait très dur puisque nous allions affronter également l'Iran, équipe contre laquelle nous avons toujours souffert. Finalement, nous avons rempli notre objectif. Et même en première position, ce qui était également très important.
En ce qui concerne le second tour, le plus important était la différence de buts. Nous savions le Brésil capable de marquer beaucoup de buts. Il fallait donc remporter notre match face aux Etats-Unis, au pire perdre par le plus petit écart possible contre le Brésil, et ensuite un nul pourrait suffire face à l'Ukraine. Nous voilà maintenant très proches de quelque chose d'historique pour le futsal argentin. C'est pourquoi nous gardons les pieds sur terre. Il sera impossible de jouer le match nul contre l'Ukraine, mais après deux bons résultats sur trois, je pense que nous pouvons continuer sur cette voie.
Après deux semaines ici, que pensez-vous de Taipei city ?
Je ne peux pas dire que je connais cette ville. On s'entraîne ou l'on joue tous les jours, alors ce n'est pas avec les quelques petits tours du quartier que nous faisons parfois pour nous dégourdir les jambes que je peux juger cette ville. Mais avant de rentrer en Argentine, je compte bien me promener un petit peu. En revanche, ce que je peux dire, c'est que les gymnases sont tous les deux très beaux. Et puis le public, tous ces petits enfants qui viennent nous voir pour prendre des photos… Ce sont des gens vraiment très sympathiques, très bien éduqués, ils s'approchent tout tranquillement de nous. De plus, nous avons rencontré des Argentins qui vivent ici et qui attendaient ce rendez-vous avec impatience. Nous les voyons à chacun de nos matches mettre une superbe ambiance dans les tribunes. Quelque part, nous nous sentons un petit peu plus proches de chez nous. C'est aussi pour eux que nous voulons aller le plus loin possible.
Avant de venir disputer ce Championnat du Monde de Futsal de la FIFA, quel était votre objectif ?
Le mien et celui de toute l'équipe était d'atteindre au moins les demi-finales. Ce n'est pas un rêve. Cela fait maintenant quatre ans, après Guatemala 2000, que nous travaillons beaucoup pour remplir cet objectif. Aujourd'hui, nous avons conscience que c'est possible. Alors ce soir, nous donnerons le maximum pour atteindre ce dernier carré.
De toutes les équipes que vous avez rencontrées pour le moment, laquelle vous a laissé la plus grosse impression ?
Je retire le Brésil qui est hors compétition. Tout le monde la connaît. Sinon, le Portugal m'a impressionné. Cette équipe joue bien, ne fait aucun cadeau et ne se contente pas de dégager le ballon quand elle est difficulté. En première mi-temps, nous avons énormément souffert tant ils nous pressaient. Et puis au fur et mesure, nous avons bénéficié de quelques espaces pour jouer en contre. Mais malgré notre victoire (1:0), les Lusitaniens m'ont vraiment séduit.
Revenons un instant sur la partie contre le Brésil. Pour la première fois dans ce tournoi, cette formation a joué de façon un peu timorée, sans véritables étincelles.
C'est vrai, je n'ai pas très bien compris. Avant cette rencontre, nous savions que ce serait très dur car nos confrontations sont toujours très serrées. Mais une fois sur le terrain, nous avons été un peu surpris. Les Brésiliens nous ont laissé la balle et nous attendaient dans leur propre moitié de terrain. Croyez-en mon expérience, j'ai dû jouer 20 ou 22 matches contre le Brésil, c'est la première fois que je les vois ne pas nous presser sur tout le terrain. Avant-hier, j'ai eu l'impression que cette équipe avait un peu peur. Je n'ai toujours pas compris de quoi. Sans doute était-ce le choix de leur entraîneur.
La principale force de l'Argentine est sa défense. Vous qui êtes justement défenseur, comment voyez-vous cette caractéristique ?
Tout le monde connaît notre point fort. Nous aimons jouer de façon agressive, en défendant homme à homme. C'est une tradition en Argentine en football, mais encore plus en futsal. Lorsque vous jouez à 11, vous pouvez vous permettre de défendre à neuf ou dix, et de laisser un voire deux joueurs devant. Mais en futsal, nous ne sommes que quatre sur le terrain (rires). Plus sérieusement, notre caractéristique essentielle est vraiment cette défense individuelle. Depuis toujours, Fernando Larrañaga et Fabian Lopez, nos deux entraîneurs, nous font jouer de la sorte. Cela fait dix ans que je suis en équipe nationale et je n'ai jamais évolué autrement. Je pense pouvoir dire que nous appliquons bien ces consignes, et qu'affronter l'Argentine n'est jamais une chose aisée. Cette défense est vraiment usante . D'autant que dès que nous récupérons la balle, notre second point fort est notre capacité à partir vite en contre-attaque. Pour l'instant cela paie : l'an dernier nous avons remporté la Copa América, et le tournoi en Malaisie. J'espère que cela continuera sur cette voie.
Certains entraîneurs ont déclaré que le jeu de l'Argentine n'était pas très attractif. Que pensez-vous de ce débat ?
C'est une discussion à perte. Chaque entraîneur peut dire ce qu'il veut. Nous savons que nous ne sommes pas une équipe extraordinaire, qui va presser son adversaire comme peut le faire le Brésil. Mais regardez l'Espagne, le champion du monde en titre. Même elle n'a pas encore fait une grande prestation dans ce tournoi. Contre l'Egypte ou l'Ukraine, les Espagnols ont même joué à dix mètres, et en contre. Que voulez-vous que je vous dise ? Si les autres équipes disent que l'on joue mal… Moi je ne me permets pas de juger. Nous sommes une équipe compacte, sérieuse et très organisée. C'est notre jeu. Si nous ne plaisons pas mais que nous gagnons, cela me va parfaitement. Chacun est en droit de penser ce qu'il veut.
On voit d'ailleurs que votre équipe est l'une des plus disciplinées de ce Championnat du monde avec un seul carton jaune reçu en cinq rencontres.
C'est moi qui ai reçu cet avertissement contre le Portugal. Juste pour un ballon contré qui est venu rebondir sur ma main. Quelque chose de tout à fait normal. Voilà une autre caractéristique de notre équipe. Nous avons toujours en tête cette cinquième faute qui peut conditionner beaucoup de choses en futsal. Nous cherchons donc toujours à garder notre calme. Je déteste les équipes agressives, dans le mauvais sens du terme.
Selon vous, quels sont les joueurs les plus importants de l'équipe d'Argentine ?
C'est difficile de faire ressortir quelqu'un du lot. Nous ne pouvons pas affirmer que nous disposons d'un joueur vraiment exceptionnel, nous formons surtout un groupe. Mais je crois que l'un des éléments principaux est notre gardien : Javier Guisande. Il est hallucinant. Le savoir dans le but est une sécurité pour nous tous. Ensuite, je parlerais de Carlos Sanchez, notre capitaine, que je n'ai plus besoin de présenter. Mais j'insiste vraiment sur cette notion de groupe, de collectif. Nous avons d'excellents joueurs, qui sont avant tout d'excellents camarades. Nous ne dépendons pas seulement d'un joueur.
Le vainqueur du match contre l'Ukraine se qualifiera automatiquement pour les demi-finales. Comment abordez-vous cette rencontre ?
(Pensif) C'est une équipe que j'ai vraiment du mal à cerner. Face au Brésil ou à l'Espagne, elle a pressé d'entrée. Et avant-hier contre les Etats-Unis, je l'ai un peu trouvée en dedans. C'est pourquoi je n'arrive pas bien à la comprendre. Ils sont excellents techniquement, très vifs. Ils auront absolument besoin de la victoire, comme nous. Un nul nous serait suffisant, mais nous voulons gagner. Je m'attends à un match difficile car il est impossible de savoir comment l'Ukraine entrera sur le terrain : pressera-t-elle ou attendra-t-elle ? Une chose est sure, nous serons très attentifs. Cette équipe possède trois joueurs très forts : Pylypiv, Sytin et bien sûr Koridze. Ce sera une véritable bataille sur le plan mental et physique. Nous savons qu'à chaque but, le sort des deux équipes peut évoluer. Il n'y aura pas de quatrième chance. Si nous jouons bien, nous irons en demi-finale. Sinon, c'est le retour à la maison.
En demi-finale, il y a de fortes chances que vous affrontiez l'Italie. Une rencontre sans doute un peu particulière pour beaucoup d'Argentins, comme vous, qui évoluent en club dans ce pays.
Admettons que tout se passe bien contre l'Ukraine. Si l'on imagine que ce match sera une bataille, que dire d'une demi-finale de Championnat du Monde contre l'Italie ? Du point de vue du jeu, je suis certain que nous assisterions à une belle rencontre. Fermée, mais belle. Tous nos joueurs se connaissent. Ce serait vraiment un derby, comme contre le Brésil.
Pensez-vous l'Argentine capable de gagner ce Championnat du Monde de Futsal de la FIFA, Chinese Taipei 2004 ?
Comme je disais plus tôt, notre objectif était d'atteindre les demi-finales. Mais l'appétit vient en mangeant (rire). Une fois dans le dernier carré, tu n'as plus qu'une seule envie : aller en finale et remporter le titre mondial. De là à dire que nous pouvons le faire… Je ne sais pas. Par chance, nous n'avons encore aucun blessé, ce qui va commencer à être important. Avoir 14 joueurs à disposition de l'entraîneur est une chance.