Qui ne donnerait pas  Barcelone  favori de sa demi-finale de Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, Japon 2006 ? Réponse : Frank Rijkaard, entraîneur d'un Barça qui s'apprête à rencontrer les Mexicains du  Club América , l'une des meilleures équipes de la Concacaf (Confédération d'Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes).

L'explication paraît pourtant logique et convaincante, à l'image d'ailleurs de chacune des réponses données par Rijkaard au cours de l'entretien qu'il a accordé à FIFA.com, à 24 heures des débuts blaugranas dans la compétition. D'un ton posé, au 49ème étage de l'hôtel de  Yokohama  qui accueille les champions d'Europe en titre, le Néerlandais livre ses réflexions. Toujours égal à lui-même, il démontre une fois de plus l'acuité de son jugement. A vous de… juger.

Frank Rijkaard, comment le FC Barcelone aborde-t-il cette Coupe du Monde des Clubs de la FIFA ?
Bien, je crois. Je ne sais pas si c'est le meilleur moment pour disputer une compétition comme celle-ci, mais nous avons confiance. Nous restons sur une série de bons résultats. Mais le plus important est de voir comment les joueurs vont réagir sur le terrain. Pour moi, la mentalité et le comportement de l'équipe comptent beaucoup. Car lorsque nous sommes bien dans ces domaines, nous pratiquons généralement un football de haut niveau. De plus, je suis convaincu que nous pouvons proposer un meilleur football que celui que nous avons pratiqué jusqu'à présent.

Quelle impression vous a laissé l'América lors de son premier match ?
Ç'a n'a pas été une grande rencontre, même si on peut dire que l'América a mérité sa victoire. C'est une équipe bien organisée en défense et très dangereuse en contre-attaque. Des joueurs comme  (Cuauhtémoc) Blanco , (Salvador) Cabañas et (Claudio) López sont très rapides en contre. J'ai bien aimé également (Alejandro) Arguello, Fabiano Pereira et (Germán) Villa. Grâce à leur travail en milieu de terrain, ils permettent à toute l'équipe de bien fonctionner.

Vous préférez sans doute jouer contre des équipes qui, comme l'América, pratiquent un football offensif ?
Ça dépend. Dans le cas de l'América, je ne dirais pas que c'est une équipe vraiment offensive. Quand ils perdent le ballon, ils reviennent tous dans leur camp pour aider. Ils ne font pas un pressing très haut. Par contre, s'ils arrivent à récupérer le ballon suffisamment haut, c'est là qu'ils peuvent être dangereux. Comme je le disais il y a un instant, ils ont suffisamment de qualités pour cela, grâce entre autres à leur vitesse.

Si vous pouviez choisir d'écarter un joueur de l'América pour le match contre Barcelone, qui serait-ce, et pour quelles raisons ?
(Il réfléchit) Par principe, en tant que sportif, je préfère jouer contre les équipes les plus fortes possibles, ce qui implique qu'elles disposent de leurs meilleurs joueurs. Cela apporte une motivation supplémentaire. Donc, si vous me demandez, tout le monde peut jouer. Cela dit, nous devrons surveiller  Blanco  de très près. C'est un joueur plein d'expérience, intelligent et doté d'une excellente vision du jeu. Il sait parfaitement prendre les espaces. Il faudra faire attention à lui.

Plusieurs de vos joueurs ont affirmé que pour la première fois depuis longtemps, le Barça n'était pas favori. Partagez-vous cette impression ?
Oui, et j'ajouterais qu'elle est parfaitement justifiée. A ce niveau, la préparation est quelque chose d'essentiel. C'est un fait que pour ce match, les joueurs de l'América sont mieux préparés que nous. Ils sont arrivés au Japon plusieurs jours avant nous et ont donc eu plus de temps pour s'adapter au décalage horaire. Ce sera un match compliqué. Pour les raisons que je viens d'évoquer, je dirais qu'ils sont effectivement favoris. Pas de beaucoup, mais ils le sont.

Tout le monde vous donne favori pour le titre ? Vous ne craignez pas l'échec ?
Non ! Je ne pense jamais à l'échec avant de disputer un match. J'ai toujours confiance en ce que nous faisons. Je suis convaincu que le fait d'envisager la possibilité de l'échec vous rend plus vulnérable. Tout sportif doit travailler et, le moment venu, faire ce qu'il a à faire.

N'est-il pas stressant de diriger une équipe qui doit toujours gagner ?
Non, pas du tout, car lorsque vous pénétrez sur le terrain, vous avez besoin de cette pression. C'est une pression positive, qui fait monter l'adrénaline et rend le joueur impatient de débuter la partie, pour montrer de quoi il est capable. Et puis, c'est un honneur de travailler pour le  Barça , où il est aussi important de gagner que de donner une bonne image. Par conséquent, la pression n'est pas stressante. Elle vient seulement vous rappeler que c'est un honneur de défendre les couleurs de ce club.

Comment s'y prend-on pour entraîner une équipe de stars ?
En restant dans le concret. Je me dis toujours que je travaille avec des êtres humains, des personnes qui ont envie de rire, de jouer et de réaliser de belles choses ensemble. Vous avez raison, il y a ici beaucoup de joueurs connus dans le monde entier. Mais ça ne sert à rien de prétendre être quelqu'un qu'on n'est pas. Il faut être authentique. A  Barcelone , j'ai la chance de travailler avec un groupe qui n'a quasiment pas bougé depuis trois ou quatre ans. Il y a une vraie mentalité de camaraderie et de solidarité.

La Coupe du Monde des Clubs de la FIFA représente-t-elle beaucoup pour le Barça ?
On n'en est pas encore là… Je prends les matches un par un. Pour l'instant, nous nous préparons à jouer contre l'América. Après, on verra. Mais il ne fait aucun doute que c'est un trophée très prestigieux, qui viendrait grandir le palmarès du club.