Quand on parle de football à Rafael Benítez, son visage s'illumine d'une passion que l'on ne trouve plus que très rarement chez un entraîneur de grand club. Ses yeux brillent, il sourit et se sent directement à l'aise, à des années-lumière des soucis et tracas de la vie quotidienne.
Mais Benítez n'est pas seulement capable de parler de foot : il est aussi l'un des meilleurs entraîneurs en activité. Après avoir remporté la Coupe de l'UEFA et le championnat d'Espagne avec Valence, il a décroché la Ligue des Champions lors de sa première saison avec Liverpool. Aujourd'hui, il s'apprête à partir à la conquête de la planète foot lors du Championnat du Monde des Clubs de la FIFA Coupe TOYOTA, Japon 2005.
M. Benítez, le Liverpool Football Club a connu un succès phénoménal depuis les années soixante. Est-ce dû à la mentalité de battant qui existe dans ce club ?
Je pense, oui. Ici, ouvriers, personnel, supporters, joueurs, tous aiment gagner. Ils veulent la victoire et pensent qu'ils en sont capables. Créer une telle culture de la victoire prend du temps, mais c'est précisément ce que Liverpool a fait.
Qu'est-ce qui a permis, selon vous, à Liverpool de remporter la Ligue des Champions en mai dernier ?
Nous étions confiants. Sur certains matches, nous avons vraiment très bien joué. L'équipe a toujours cru en elle. Face au Milan AC en finale, c'est cette confiance qui nous a permis de renverser la vapeur et de remonter trois buts de retard au cours de la seconde mi-temps. Et puis il y a les supporters. A la mi-temps, on les entendait chanter "You'll Never Walk Alone". C'était vraiment incroyable. Ç'a décuplé notre confiance et notre force.
On dit que vous jouez mieux sur la scène européenne qu'en championnat d'Angleterre. Que devriez-vous faire pour être aussi performants dans les deux compétitions ?
Nous essayons toujours de nous améliorer, en particulier en championnat. Mais nos derniers résultats me donnent de bonnes raisons d'espérer. Je pense que nous nous améliorons à chaque sortie et que nous sommes de plus en plus forts. J'envisage l'avenir avec confiance.
Peut-on vous demander ce que vous pensez du deuxième groupe de joueurs que vous avez transférés pendant l'été ?
Et bien, nous avons acheté cinq joueurs. Le premier et le plus important, c'est Steven Gerrard, à qui j'ai fait resigner un contrat. Comme il était libre, je pense que nous avons vraiment fait une bonne affaire.
Cette saison, Pepe Reina a déjà souvent préservé l'inviolabilité de ses buts. C'est un bon gardien de but et il possède une défense solide devant lui. Sa mentalité est très positive, son attitude toujours excellente. Et c'est un remarquable gardien de but. Il est capable d'excellentes parades et se montre très à l'aise dans le trafic aérien.
Peter Crouch est un joueur que tout le monde connaît. J'ai la certitude qu'il va marquer des buts à la pelle. Bolo Zenden s'est aguerri à la Premier League à Middlesbrough. C'est un joueur qui se fond parfaitement dans notre style de jeu. Il sait tenir le ballon, il joue bien et possède de grandes qualités. Sissoko possède l'abattage dont nous avons besoin au milieu du terrain. C'est un joueur d'avenir.
Tout récemment, Luis García a fait les gros titres en marquant un coup du chapeau pour l'Espagne.
Comment son entraîneur le motive-t-il à être plus régulier dans son jeu ?
On parle et on travaille dur. Je lui dis dans quelle direction je pense qu'il doit aller. C'est un joueur qui veut toujours apprendre. Quand il perd le ballon, il sait qu'il doit se battre pour le récupérer. Il est capable de grandes choses dans le dernier tiers du terrain, mais il bosse aussi dur pour améliorer toutes les facettes de son jeu.
Décembre s'annonce particulièrement ardu pour Liverpool, avec le tournoi au Japon et un programme anglais surchargé pendant la période de Noël…
Ce ne sera pas facile, mais nous connaissons la situation. Nous essaierons de faire le meilleur usage possible des ressources de l'équipe dans ces conditions. Disputer deux matches de plus ne m'inquiète pas. La chose la plus importante, c'est de remporter le trophée et d'éviter les blessures. Nous savons précisément combien de minutes chaque joueur dispute à chaque match. Et nous sommes aux petits soins pour eux...
Avec le nombre de matches que vous disputez en ce moment, envisagez-vous de renforcer l'équipe lors de la réouverture du marché des transferts en janvier ?
Nous cherchons toujours à attirer de nouveaux joueurs, mais ce n'est pas une priorité pour le moment. Pour nous, la priorité c'est de gagner le trophée.
On vous sent impatient de vous mesurer aux meilleurs clubs du monde.
Oui, quel formidable défi ! Je veux gagner des matches et des titres. Mais les joueurs sont en définitive plus importants que l'entraîneur. Vous pouvez échafauder tous les plans du monde, ce sont finalement eux qui gagnent les matches sur le terrain. Pour ce Championnat du Monde des Clubs, je vais les préparer le mieux possible. En espérant que nous serons en mesure de l'emporter.
En regardant le parcours du combattant effectué par Liverpool pour remporter la Ligue des Champions de l'UEFA, on se dit que se qualifier pour le Championnat du Monde des Clubs de la FIFA Coupe Toyota est finalement très difficile.
C'est sûr. Mais il s'agit d'une compétition très importante et nous allons tout faire pour la remporter. Avec des qualifications aussi difficiles, la Coupe Toyota mérite d'être un grand tournoi : comment pourrait-on mesurer les meilleurs clubs autrement ? Celui qui l'emporte sera un grand champion.
Vous managez aujourd'hui les champions d'Europe. Que représenterait pour vous un titre de champion du monde des clubs ?
Ce serait fantastique pour moi, mais je préfère ne pas y penser pour le moment. Je veux simplement aller au Japon pour faire progresser l'équipe. Nous y allons avec une équipe solide et en pleine confiance. Je pense que nous pouvons battre tout le monde.
Vous avez dit à Steven Gerrard de ne pas toucher au trophée. Par superstition ?
Oui, cet état d'esprit est assez répandu dans le football. Je préfère ne pas tenter le diable. C'est un magnifique trophée et nous voulons le ramener à Anfield.
Puisque nous parlons de Steven, que pensez-vous de lui en tant que joueur ?
C'est un bon joueur, qui se bonifie d'année en année. Il apprend beaucoup, quel que soit le poste auquel il évolue. En fait, je pense qu'il est capable de jouer n'importe où. Et puis, il est tellement altruiste : il pense toujours à l'équipe et jamais à lui-même.