Pierre Littbarski a tout connu dans sa carrière. Considéré comme l'un des plus brillants représentants de sa génération dans les années 80, ce joueur a participé à trois phases finales de Coupe du Monde de la FIFA et accumulé 73 sélections avec la RFA. Aujourd'hui, l'ancien ailier du FC Cologne dirige le Sydney FC, qui se prépare à disputer le Championnat du Monde des Clubs de la FIFA au Japon.
Littbarski, qui a connu quelques-unes de ses meilleures années au pays du Soleil Levant, revient en notre compagnie sur le Deportivo Saprissa, son premier adversaire dans cette compétition, et sur les chances de son équipe de visiter Yokohama.
FIFA.com : Maintenant que l'on connaît le nom de tous les qualifiés pour le Championnat du Monde de la FIFA, quelles sont vos impressions ?
Pierre Littbarski : En ce qui me concerne, j'ai l'impression de vivre un rêve et je ne veux surtout pas me réveiller ! Il nous est arrivé tellement de choses en si peu de temps. Notre équipe est encore jeune et elle s'est déjà qualifiée pour cet extraordinaire tournoi. Il faut continuer à rêver. Nous allons faire de notre mieux pour élever encore notre niveau de jeu. Les autres équipes présentes, comme Liverpool ou São Paulo, ont un glorieux passé, mais je pense que nous ne manquons pas non plus d'arguments. Nous avons Dwight Yorke, nous avons Kazu et beaucoup de jeunes prometteurs. Nous allons vraiment tenter l'impossible pour réussir un beau parcours.
Votre équipe ne manque-t-elle pas d'expérience compte tenu de la qualité de l'opposition ?
Certains de nos jeunes disputent leur première saison professionnelle. Mais nous pouvons également compter sur l'expérience de joueurs comme Dwight Yorke ou Kazu. Ces deux-là connaissent tout du métier de footballeur. Nous nous appuyons également sur des joueurs qui ont déjà eu une expérience à l'étranger et qui possèdent un certain vécu. Evidemment, nous sommes des nouveaux venus à ce niveau, mais nous avons tout de même les moyens de nous distinguer. Le "fighting spirit" australien nous permettra de compenser nos lacunes.
Que savez-vous de votre premier adversaire, le Deportivo Saprissa ?
Nous avons regardé les enregistrements de leurs matches de qualification et je peux dire que nous allons avoir affaire à une équipe très vive. Il y a sans doute un petit écart de niveau entre nous, mais cela ne signifie pas qu'ils sont imbattables. Depuis la création de la A-League, nous avons déjà eu l'occasion de rencontrer des équipes beaucoup plus solides qui pratiquent un football plus rapide.
Dans quelle mesure pourrez-vous tirer profit de la récente qualification de l'équipe nationale australienne pour la phase finale de la Coupe du Monde de la FIFA ?
L'expérience acquise par la sélection est un point positif. Tout le monde sous-estime les équipes australiennes, mais je peux vous dire que nous ne nous laisserons pas battre si facilement. Nous n'irons pas au Japon pour faire de la figuration. Nous voulons gagner. Nous avons faim de succès, c'est l'un des avantages d'être une équipe jeune. Ici, nous ne pensons jamais au passé : nous allons de l'avant sans nous retourner. Saprissa sera un adversaire difficile à manœuvrer, mais l'équipe d'Australie a prouvé que rien n'était jamais joué d'avance. Alors, qui sait : pourquoi ne créerions-nous pas à notre tour la surprise ?
Dans quels domaines votre équipe devra-t-elle progresser pour être compétitive ?
Il faut pouvoir rester concentrés tout au long des 90 minutes. Une petite erreur peut nous coûter cher, particulièrement face à des équipes comme Saprissa, tournées vers l'offensive. Il faudra également que notre défense reste compacte. Je ne me fais pas de soucis pour notre attaque. Je pense que nous sommes capables de marquer à tout instant. Je crois que c'est plutôt à l'arrière qu'il nous faudra être vigilants dans ce match.
Etes-vous inquiet à l'approche de la compétition ?
Non, car la motivation est ici très forte. Nous n'aurons peut-être plus jamais l'occasion de disputer une telle compétition. Je suis donc très emballé. En ce qui me concerne, j'ai déjà eu l'occasion de participer à la Coupe du Monde de la FIFA, mais je crois que ce tournoi constitue une excellente occasion pour mes joueurs de démontrer ce dont ils sont capables. Beaucoup de gens vont suivre ces rencontres, que ce soit dans les stades ou à la télévision, et cela devrait les encourager à donner le meilleur d'eux-mêmes. Nous manquons peut-être d'expérience mais certainement pas de talent. A nous de montrer ce que nous savons faire !
L'équipe est-elle prête pour ce tournoi ? Où en êtes-vous de votre préparation ?
Mon équipe grandit tous les jours. Depuis mon arrivée, nous avons déjà beaucoup progressé. Nous sommes encore loin d'être parfaits, mais je pense que nous avons le niveau pour nous mesurer à Saprissa. Pour ce qui est de Liverpool, c'est une autre histoire. Cette équipe compte beaucoup de grands joueurs.
Peut-on s'attendre à voir le public japonais soutenir votre équipe en raison des liens que vous-même et Kazu entretenez avec eux ? L'adhésion de l'Australie à l'AFC sera-t-elle un facteur ?
Certaines choses joueront effectivement en notre faveur. La première, c'est que l'Australie va bientôt rejoindre la Zone Asiatique. Le fait que Kazu soit dans notre équipe sera un autre avantage, car il sera le seul représentant japonais. La troisième chose, c'est que nous serons présentés comme des outsiders. Or, les Japonais aiment particulièrement les outsiders. Tout cela devrait contribuer à nous rendre sympathiques auprès du public japonais.
Après avoir vécu si longtemps au Japon, vous devez être enthousiaste à l'idée d'y revenir, non ?
En effet. J'ai consulté le programme et, si nous l'emportons contre Saprissa, nous jouerons notre deuxième match à Yokohama, la ville où j'ai résidé pendant plusieurs années. Nous jouerions dans le stade de la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2002, celui où j'ai disputé de nombreuses rencontres avec mon équipe. Cela me rappelle bien des souvenirs. Revenir ici, ce serait vraiment un rêve. J'espère que nous ne ferons pas honte au football australien, mais je pense sincèrement que nous avons les moyens de nous qualifier et de jouer au moins une fois à Yokohama.