Entre la fin des années 80 et le début des années 90, nombre de Brésiliens, présentant ou non des origines nippones, ont afflué vers le Japon pour y chercher du travail. Malgré l'éloignement et les nombreuses années passées dans un pays étranger, la flamme ne s'est pas éteinte : la passion avec laquelle ces Brésiliens exportés supportent le club de leur ville n'a pas varié d'un iota.
Illustration parfaite de ce phénomène : le "Copa Tokyo", restaurant brésilien situé à portée de dégagement du Stade National de Tokyo. C'est là que la Seleçao avait fêté sa victoire à la Coupe du Monde de la FIFA 2002. Le propriétaire, Juliano, inconditionnel des Corinthians, le plus grand rival de Sao Paulo, assistera au match, mais il se gardera bien d'encourager les Tricolores. "Si c'était une équipe sud-américaine autre que Sao Paulo, je serais à fond derrière elle", explique-t-il.
Juliano aime à discuter football avec son ami Hiroshi Miyamoto, Japonais d'origines brésiliennes de la troisième génération. Lui aussi est originaire de Sao Paulo et lui aussi travaille dans la restauration brésilienne, en tant qu'employé à l'ACARAJE TROPICANA, dans le quartier Roppongi de Tokyo.
Hiroshi est arrivé au Japon, le pays de son père, en 1992, alors qu'il était âgé de 14 ans à peine. Les deux hommes ne manquent jamais une occasion de se retrouver et d'échanger leurs points de vue en toute franchise. Franchise d'autant plus grande que Hiroshi est un amoureux du São Paulo Futebol Clube.
L'ACARAJE TROPICANA compte parmi ses habitués l'attaquant canarinho Washington, du Tokyo Verdy, Tuto, l'artilleur d'Omiya Ardija, et de nombreux pensionnaires brésiliens de la J-League. Alors qu'il pourrait être amené à faire de rondes jambes à sa prestigieuse clientèle, Hiroshi est resté fidèle à ses convictions.
"J'ai le Sao Paulo FC dans le sang. Quand j'étais gamin, toute la famille allait à l'Estádio do Morumbi pour voir les matches. Une fois au Japon, je me suis assuré d'avoir le satellite avec les chaînes brésiliennes pour ne manquer aucun match."
Mobilisé à 100%
Hiroshi ne compte plus les nuits où, surexcité à l'idée de voir son équipe jouer le lendemain, il ne parvenait pas à trouver le sommeil. Aujourd'hui, son équipe débarque au pays du Soleil Levant, juste devant chez lui, pour briguer l'un des trophées les plus prestigieux de la planète football !
Même si son travail l'empêchera d'assister à la finale, il sera mobilisé à 100 % pour la demi-finale contre Al-Ittihad ou Al-Ahly. Pour lui, ce premier match ne sera rien qu'un simple échauffement en vue du grand rendez-vous ; la défaite ne lui a même pas traversé l'esprit.
TORCIDA INDEPENDENTE JAPON, fan club de Sao Paulo dont Hiroshi est membre, organise des ramassages de bus pour transporter les supporters de tout le Japon vers les stades. Les voyages pour la finale se vendent comme des petits pains, ce qui prouve que Hiroshi n'est pas le seul à prendre le match de jeudi comme une formalité.
"Les grands clubs européens sont les plus soutenus ici au Japon, mais quand ces clubs envoient des sergents recruteurs, ils les dépêchent au Brésil, pour trouver le prochain Ronaldinho, le prochain Adriano. L'équipe de Sao Paulo regorge de talents. On a Rogerio Ceni dans les cages ; Cicinho, Grafite et Amoroso sont tous de grands joueurs. Les amateurs de foot japonais ne savent pas ce qui les attend."
Hiroshi rêve d'une victoire de Sao Paulo et d'une affluence massive de nouveaux supporters japonais dans son restaurant. "Si les Tricolores veulent fêter ça dans mon restaurant, ils auront droit à une belle remise", dit-il dans un sourire.