Ronald González, le défenseur central du Deportivo Saprissa, garde toujours dans un coin de sa mémoire le souvenir du but honorifique qu'il avait inscrit contre la Tchécoslovaquie, pour le compte des huitièmes de finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1990. Pour sa première participation à ce tournoi, le Costa Rica avait alors surpris tout le monde en passant le premier tour dans un groupe qu'avait remporté le Brésil, et dans lequel figuraient aussi l'Écosse et la Suisse.

Ce jeudi 15 décembre, le vétéran aura l'occasion de réaliser une nouvelle prouesse qu'il pourra raconter à ses futurs petits-enfants. Le Monstruo Morado va se frotter à Liverpool lors des demi-finales du Championnat du Monde des Clubs de la FIFA Coupe Toyota, Japon 2005. "Ce match contre les Reds, c'est le match de notre vie. Nous sommes fiers de croiser la route du champion d'Europe, qui compte tant de vedettes internationales dans ses rangs", affirme Ronald lors d'un entretien accordé à FIFA.com.

Atteindre ce stade de la compétition constituait le premier objectif du champion de la CONCACAF; un objectif qui se concrétisera ce jeudi dans le stade de Yokohama. Le Deportivo Saprissa affiche autant d'espoir que d'enthousiasme à l'orée de ce match au sommet, tout en restant lucide quant à l'ampleur de la tâche à accomplir. "Le niveau de jeu de Liverpool est impressionnant. Étant donné le type de compétition auxquels ils participent, leurs joueurs ont un rythme plus constant que le nôtre. Et puis, dans notre championnat, le style est plus posé et moins physique", ajoute le défenseur tico.

Mais il n'en reste pas moins conscient des forces et des chances de victoire de son équipe : "La clé du match résidera dans notre capacité à maintenir notre organisation en place et à résister dans les premières minutes pour pouvoir ensuite imposer nos qualités. La vélocité de nos attaquants peut poser des problèmes aux Anglais, même si leur défense est tout sauf lente... Organisation, vélocité et concentration, voilà les atouts dont nous devrons nous munir face aux Reds", estime-t-il.

Cette concentration devra être optimale dans l'escouade défensive costaricaine, dont il est le patron. "Pour tout dire, il y a tellement de grands joueurs dans cette équipe que je ne sais pas qui craindre le plus. Peut-être Fernando Morientes, que j'ai déjà vu jouer un millier de fois et qui sait se montrer décisif, quand il est titulaire ou même quand il rentre en cours de match ; ou bien Peter Crouch qui, avec sa jeunesse et ses deux mètres, constitue un grand danger. En définitive, ils sont tous excellents et nous devrons donc afficher une attention de tous les instants", ajoute-t-il avec un sourire.

Ayant traversé mille batailles au cours d'une carrière longue de 18 années qui l'a conduit à Zagreb (Dinamo), en Autriche (Zeller), au Mexique (Pachuca) et au Guatemala (Comunicaciones), l'arrière expérimenté n'est pas un fanatique des pronostics et préfère exprimer un vœu : "J'aimerais, encore plus que tous les autres, marquer un but", déclare-t-il entre deux rires.

La voix de l'expérience
À 35 ans, Ronald González est naturellement le leader incontesté du Deportivo Saprissa. En tant que tel, il n'hésite pas à prodiguer ses conseils aux plus jeunes, avant le match tant attendu : Christian Bolaños, Gabriel Badilla, Saúl Phillips et Randall Azofeifa, qui jadis collectionnaient ses photos et l'admiraient depuis les gradins, partagent aujourd'hui le même vestiaire et écoutent ses paroles. "J'ai dû attendre 18 ans qu'un match si important se présente, alors que eux n'ont que 20 ans. Je leur explique qu'ils le méritent, qu'ils doivent vivre cette expérience à fond et en profiter au maximum car cela pourra leur servir dans le futur."

"Cette compétition est une vitrine qui leur permettra de bien se vendre, d'autant plus qu'ils ont le potentiel pour évoluer à l'étranger", assure-t-il.

Les Ticos travaillent intensément afin de peaufiner la machine qu'ils mettront en marche contre Liverpool. Lors des quarts de finale, remportés aux dépens du Sydney FC, ils avaient mis du temps à rentrer dans le match, déployant d'abord un jeu assez lent. "Nous avons commencé un peu timidement, peut-être parce que nous voulions jauger notre adversaire", reconnaît-il avant de préciser : "Mais au fil du match, nous nous sommes sentis de mieux en mieux et nous aurions même pu accroître notre avance en fin de rencontre."

"Les Australiens se sont montrés très prévisibles dans leurs attaques, qu'ils ont menées de front et dans l'axe, tout en étant considérablement gênés par la vitesse de nos attaquants." Il ne manqua finalement qu'un peu plus de réalisme lors des duels perdus face au gardien aussie, un exercice sur lequel l'entraîneur tico, Hernán Medford, ne manquera pas de mettre l'accent afin d'exploiter au maximum les occasions susceptibles de se présenter devant les buts de Pepe Reina.

"Nous sommes venus ici avec l'intention de prendre les rencontres comme elles viennent. Nous étions à trois matches du sacre et maintenant, il ne nous en reste plus que deux. Nous rêvons toujours de réaliser quelque chose de grand", affirme Ronald, qui considère que le quart de finale aura servi à mettre en place son équipe et à la faire rentrer dans le rythme de la compétition.

Ravis d'avoir atteint leur premier objectif du tournoi, les Costaricains en ont profité pour découvrir un peu plus le pays hôte. "C'est la troisième fois que je viens au Japon. Je trouve ça fantastique de jouer dans un pays qui vit le football aussi passionnément, commente le défenseur. Lors de notre visite de Kyoto, notre guide nous a expliqué beaucoup de choses sur la culture japonaise, que je trouve fascinante ! Tout est tellement différent chez nous..."

Ronald González avait prévu de prendre sa retraite après ce Championnat du Monde des Clubs de la FIFA Coupe Toyota, Japon 2005 et de se consacrer au sport roi en tant que représentant officiel. Mais les nouvelles propositions qu'il a reçues et son amour pour le ballon rond nous permettront de le voir fouler les pelouses encore un bon bout de temps… à commencer par jeudi, où il aura pour mission de stopper les attaquants de Liverpool.