Au soir de la finale de la Coupe du Monde de Football Féminin de la FIFA, Etats-Unis 2003, il se trouvait une joueuse allemande plus triste que la plus triste des Suédoises. En effet, ce premier sacre mondial de la sélection nationale allemande (victoire 2:1), Steffi Jones l'avait suivi devant son petit écran, à Francfort. Quinze jours plus tôt, pourtant, elle était encore de la partie, jusqu'à cette blessure au genou lors du dernier match du premier tour, contre l'Argentine. Bilan : rupture du ligament croisé, rapatriement immédiat sur l'Allemagne et opération.
Suivent des mois de rééducation, de musculation et d'entraînement. La simple présence de la défenseuse à ces JO est ainsi un petit miracle. Ce n'est en fait qu'au tout dernier moment qu'elle a pris le train pour la Grèce. "Au début, je me suis dit : 'C'est trop dur, tu ne vas jamais y arriver'. Il me manquait encore énormément de choses", confie la sympathique Allemande à FIFA.com.
Contre la Norvège et le Nigeria, en amical, la sélectionneuse Tina Theune-Meyer ne l'a fait rentrer que tardivement. Deux apparitions suffisantes toutefois pour convaincre l'entraîneuse qu'elle méritait sa place à Athènes.
Cette place, Jones a pourtant failli s'en priver toute seule. Car après huit mois de rééducation, elle rejouait déjà avec son club : le FFC Francfort avait besoin de sa grande défenseuse (1,80 m) pour toute une série de matches décisifs. Ainsi, au lieu de continuer à travailler progressivement, l'Allemande est tout de suite entrée dans le vif du sujet : "En Coupe de l'UEFA, en championnat et en finale de la Coupe d'Allemagne, se souvient-elle. Au cours de ces cinq semaines, je voulais travailler mon explosivité, mais ça ne s'est pas passé comme prévu puisque j'ai joué."
"J'ai failli ne pas être du voyage"
Résultat, de petites blessures qui ont freiné son retour à son meilleur niveau. "J'ai failli ne pas être du voyage, mais tout le monde doit savoir se sacrifier pour le club", affirme-t-elle, pleine d'abnégation.
Après le premier match, contre la Chine, tout cela est de toute façon oublié. Jones a joué les 90 minutes sans se blesser et peut donc légitimement se réjouir du net succès des siennes (8:0). "J'étais un peu stressée en début de match, la pression n'est pas la même", glisse une Jones surprise de l'ampleur du résultat : "Pendant le match, en regardant le tableau d'affichage, je me suis dit, 'c'est impossible, tu rêves'. J'ai été impressionnée par la faiblesse de la Chine."
Pour elle, l'écart s'explique avant tout par une différence de condition physique. "Avant la mi-temps, ma vis-à-vis était déjà essoufflée. Physiquement, elles n'étaient pas suffisamment au point."
Après ces débuts en fanfare, les Allemandes ont eu droit à un peu de détente, le prochain match, contre le Mexique, n'étant prévu que pour le 17 août. Parallèlement aux entraînements quotidiens, elles ont ainsi pu profiter du confort de leur hôtel de Patras, de la plage ou encore de la piscine.
Steffi Jones trouve tout particulièrement intéressant que d'autres équipes soient hébergées dans le même hôtel, une situation qui favorise bien évidemment les contacts : il n'est pas rare de croiser dans les couloirs les joueurs argentins ou portugais. Cette cohabitation entre équipes masculines et féminines a aussi des avantages sportifs : "On reste plus longtemps à la salle de muscu, c'est plus facile de pédaler avec tous ces torses nus devant les yeux", s'esclaffe-t-elle.
Mais au-delà de ces petits plaisirs, Jones n'a qu'un objectif en tête : aller chercher une médaille. Après avoir manqué la finale et la fête américaines, la défenseuse veut rattraper le temps perdu. Et ça tombe bien, car pour elle, les JO sont le nec plus ultra. "C'est ce qu'il y a de plus grand et de plus fort. Le championnat d'Europe et la coupe du monde, c'est très fort aussi, mais les Jeux, c'est incomparable. Je ferais tout pour y participer et je ne comprends vraiment pas ceux pour qui ça n'est pas le cas."