René Simoes a bien roulé sa bosse. A 51 ans, le Brésilien a déjà tenu les rênes de Trinidad et Tobago et de la Jamaïque, qu'il a menée à la Coupe du Monde de la FIFA, France 1998. Aujourd'hui, il est aux commandes de la sélection féminine brésilienne, qualifiée pour les quarts de finale du Tournoi Olympique. FIFA.com a pu s'entretenir avec lui après la victoire 7-0 de son équipe sur la Grèce.

Qu'avez-vous dit à votre homologue grecque après la rencontre ?
Je lui ai dit que j'avais connu la même chose à l'époque où j'entraînais Trinidad et Tobago, en 2001 : pour notre dernier match du championnat du monde U17, nous avions pris un 6-1 contre le Brésil. Je lui ai dit que je comprenais ce qu'elle ressentait : 'Ne t'affole pas. Le Brésil, c'est une grosse équipe. Continue dans la voie que tu t'es tracée, ne t'arrête pas à ça.' Sans défaites, on n'avance pas. Je l'ai vécu pendant quatre ans avec la Jamaïque. Les trois premières années, on a beaucoup perdu, et tout le monde me demandait si je n'étais pas un peu fou. Quand on ne sait pas perdre, on ne peut pas apprendre à gagner.

Comment s'est passée votre préparation ?
J'ai pris l'équipe en mains au mois de mars. La préparation s'est très bien passée, excepté sur un point : les matches. On n'a rencontré qu'une sélection nationale, les Etats-Unis. Les matches contre la Chine et la Russie ont été annulés, pour des raisons diverses.

Comment jugez-vous votre équipe sur ce premier tour ?
Contre les Etats-Unis, les filles ont particulièrement bien joué. En première période, on se crée cinq bonnes occasions, avant de craquer un peu en seconde. La Grèce, ç'a été autre chose. Elles devaient gagner à tout prix, et se sont donc découvertes. Ça nous a laissé des espaces que nous avons su exploiter. On les a fait énormément courir, ça les a fatiguées.

Votre équipe semble être en grande forme.
Oui, les joueuses sont toutes en super condition, il n'y en a pas une qui ne soit pas à son poids de forme. Avant, elles ne prenaient que deux repas par jour ; maintenant, elles sont passées à quatre, et pourtant, elles continuent de perdre du poids. On leur apprend à avoir une bonne hygiène alimentaire. Et puis elles bénéficient des technologies les plus performantes, comme avec ce GPS qu'elles s'attachent autour du bras pour connaître avec exactitude les distances courues.

Donc le GPS, ce n'est pas pour retrouver vos joueuses la nuit ?
(rires) Non, non. En fait, on a organisé une petite réunion pour établir des règles. J'ai dit aux filles de faire les leurs pendant que je faisais les miennes, puis on a regroupé le tout. Quand on fait quelque chose, on le fait ensemble. Vous ne verrez pas une joueuse se balader seule la nuit. Jusqu'ici, tout se passe très bien.

De manière générale, comment vous sentez-vous ici en Grèce ?
On s'attendait à des températures très élevées, 38°C environ, mais finalement il ne fait pas si chaud que ça. Même chose pour l'humidité, qui est moins forte qu'à Rio de Janeiro. C'est parfait.

Que pensez-vous du Mexique, votre prochain adversaire ?
J'ai vu deux récents matches des Mexicaines contre l'Australie. Techniquement, c'est fort. C'est une équipe qui peut en plus s'appuyer sur deux joueuses d'exception, Maribel Dominguez et Fatima Leyva. Ce sera un match intéressant.

Et que pensez-vous de ce Tournoi Olympique de manière générale ?
L'élimination de la Grèce ne m'a pas vraiment surpris. Au vu de ses résultats, on savait que cette équipe ne pourrait pas rivaliser dans ce groupe. Par contre, j'ai été particulièrement surpris par l'élimination des Chinoises. A mon avis, elles sont déjà trop concentrées sur 2008. Elles auraient peut-être dû renouveler les cadres progressivement.

Vous faites venir une nouvelle joueuse du Brésil ?
Oui, Diana. Elle vient de la sélection U19, c'est une joueuse intéressante pour l'avenir.

Contre la Grèce, vos filles ont fait très bonne impression, notamment Cristiane avec ses trois buts.
Formiga aussi a été exceptionnelle. Ça joue bien, on a vraiment une belle équipe. Le plus dur, ç'a été de positionner au mieux tous ces talents, de manière à optimiser leur rendement. A une époque, je me demandais un peu comment on allait pouvoir évoluer avec autant de joueuses à vocation offensive. C'est de la folie, mais les filles travaillent dur pour y arriver, et ça marche. De toute façon, c'est le boulot de l'entraîneur, trouver la clé pour que les meilleures joueuses puissent s'exprimer à l'intérieur du système. A moi de mettre en place le dispositif idéal. Parfois, ce n'est pas possible. Au début, ç'a été difficile, par exemple avec Marta et Cristiane, qui sont toutes les deux gauchères. Il leur arrivait de ne pas se comprendre, de se retrouver à la même place. Mais maintenant, ça s'est arrangé.

Que pensez-vous de la cohabitation entre toutes ces équipes dans un même hôtel ? C'est un Village Olympique en miniature…
Je trouve ça très bien, sauf pour ce qui est des Américaines : elles ne parlent à personne. Tout le monde se parle, ou se dit au moins bonjour. Mais les Américaines, elles ne te regardent même pas. Je ne comprends pas pourquoi. Ce n'est pas ça l'esprit des JO. La philosophie des Jeux, comme de la FIFA, c'est le fair-play. Et je ne trouve pas ça fair-play quand on se croise dans un couloir et qu'on ne peut même pas échanger un "bonjour". D'ailleurs, même sur le terrain, j'ai trouvé que les Américaines n'étaient pas des filles très propres. Le match a été plutôt rugueux.

Vous parlez un très bon anglais…
J'ai été obligé d'y venir. En 1982, je me suis retrouvé aux Emirats Arabes Unis, ma première expérience à l'étranger. Et à un moment, il faut bien arriver à communiquer pour s'en sortir. Je me souviendrai toujours de ma première rencontre avec les responsables de la fédération jamaïcaine, en 1994. Ils avaient créé une fondation pour le football jamaïcain, dirigée par des banquiers et de nombreuses personnalités de premier plan. Tous avec des diplômes universitaires. Quand je leur ai eu expliqué mon projet, la première question a été : Comment pensez-vous pouvoir entraîner des joueurs qui parlent anglais avec votre niveau de langue ? J'ai répondu que mon savoir, je le transmettais avec les pieds, pas avec la langue. Aujourd'hui, celui qui m'avait posé cette question est devenu un très bon ami que je prends toujours plaisir à revoir.

Qui sont vos favoris pour cette fin de Tournoi Olympique ?
Les Etats-Unis et l'Allemagne sont incontestablement parmi les mieux placés. Nous, on veut faire comme la Grèce à l'Euro, ou comme Once Caldas en Copa Libertadores, gagner là où personne ne nous attend. C'est notre objectif, et je pense qu'on a de raisonnables chances de l'atteindre.