Exception faite d'une carrière d'entraîneur qui l'a mené au plus haut niveau et aux quatre coins du monde, Rene Simoes a tout du Brésilien moyen. Jamais l'opiniâtre sélectionneur auriverde n'aurait imaginé pousser ses trois filles à pratiquer le football Pourtant, après moins de six mois à son poste, il a totalement changé d'avis, persuadé qu'une médaille d'or brésilienne pourrait susciter un vif intérêt pour le football féminin.

"Au Brésil, beaucoup de gens pensent que les femmes ne savent pas jouer au football, mais c'est une grossière erreur. J'ai trois filles et jamais je ne leur ai donné un ballon pour les inciter à jouer, reconnaît Simoes. Ce que mon équipe réussit en ce moment prouve à tous les pères du pays que j'ai eu tort. Ne faites pas la même erreur que moi, donnez un ballon à vos filles !"


Heureusement, certains ont apparemment pris les devants, à moins que leurs filles n'aient désobéi… Car aujourd'hui, la Seleçao féminine est sur le point de réussir là où son homologue masculine s'est toujours cassé les dents depuis près d'un siècle.

"Si on décroche la médaille d'or, on contribuera à faire évoluer le regard porté par beaucoup de gens sur le football féminin, poursuit le technicien. Mes joueuses ont montré une fois de plus que les femmes peuvent pratiquer du beau football."


Travail de psychologue
On n'exagérera pas en disant que l'ancien entraîneur de Trinité-et-Tobago et de la Jamaïque (chez les hommes cette fois) a été plutôt surpris lorsqu'il a pris ses fonctions en début d'année. En effet, Simoes s'est rendu compte que le plus gros du travail ne serait pas forcément à effectuer sur le terrain. Priorité des priorités, restaurer l'amour propre de ses joueuses. On l'a vu tout au long du Tournoi Olympique : alors que la jeune Marta a fait sans cesse les gros titres, son entraîneur a systématiquement cherché à féliciter aussi les autres joueuses.

Outre ce travail de psychologue, Simoes a dû jouer les dentistes et les diététiciens : "Elles ne prenaient que deux repas par jour. Aujourd'hui, elles sont à quatre et elles continuent de perdre du poids. On leur apprend à bien manger."

Pour tout dire, Simoes est un peu devenu le papa de toutes ces filles. Ainsi, pendant que certaines jouent tranquillement avec une balle de tennis dans le couloir, il n'est pas rare de le voir déambuler main dans la main avec l'une ou l'autre de ses blessées, signe de toute sa compassion."Il n'y en a pas deux comme lui, reconnaît Kelly, obligée de rentrer au pays après sa blessure contre les Etats-Unis. Depuis son arrivée, on est beaucoup plus motivées."

Mais il n'y a pas que l'affectif. Sur le terrain, coach Simoes a opéré plusieurs changements tactiques, que d'aucuns qualifient même de révolution. Résultat, l'équipe a adjoint à son talent une formidable efficacité, écrasant tout sur son passage à une notable exception près.


Au pays, pour la première fois, les footballeuses brésiliennes font les gros titres - et pas parce que l'une des joueuses est la petite amie de Ronaldo. De Rio de Janeiro à Sao Paulo en passant par Belo Horizonte, les journaux mettent en bonne place les exploits grecs des Sud-américaines. "C'est merveilleux d'avoir déjà assuré une médaille. Espérons qu'elle sera en or, s'enthousiasme Carlos Alberto Parreira, le coach des garçons. Ce qu'elles sont en train de faire, ça ne va pas seulement contribuer à l'éclosion du football féminin, ce sera aussi une nouvelle page glorieuse de l'histoire du sport brésilien."

Néanmoins, on le sait, seule la victoire est belle. Pour cela, les Brésiliennes devront prendre le meilleur sur d'impressionnantes Américaines, contre lesquelles elles avaient dû s'incliner (2:0) au premier tour. La Seleçao de la prodigieuse Marta avait dominé les 45 premières minutes avant de devoir céder en seconde période.

Simoes calme le jeu

Selon la sélectionneuse américaine April Heinrichs, son équipe a rarement aussi peu vu le ballon qu'au cours de cette première mi-temps. Mais ce que Simoes a retenu des Américaines, c'est surtout leur comportement, leur jeu "pas très propre" et leur "impolitesse".


Ses filles ayant passé leur colère sur la Grèce puis sur le Mexique (12 buts au total), le sélectionneur s'est toutefois calmé : "Je préfère ne pas parler de revanche, a-t-il ainsi commenté après la courte victoire (1:0) en demie face à la Suède. Ce qui nous motive, c'est l'or."


Tout comme le duel entre Marta et Hamm ou Wambach, la finale pourrait bien dépendre grandement de ce qui se dira dans les vestiaires ou dans les médias. "Les Américaines sont les plus fortes", a ainsi déclaré Simoes, passé maître dans l'art de l'intox d'avant-match, si courante dans le football masculin. "C'est une évidence, aucune autre équipe ne pratique un jeu aussi élaboré. Elles bénéficient d'une excellente organisation au niveau des écoles et des universités, il n'y a pas de secret."


"Tout ce que je demande, c'est que cette finale reste propre. Engagée, mais propre." Equipe talentueuse s'il en est, le Brésil est indéniablement la formation qui a le plus séduit ici en Grèce. Et à l'heure où beaucoup réclament des tenues plus moulantes pour renforcer l'attrait du foot féminin, c'est peut-être bien par leurs qualités techniques que les filles de Simoes risquent de convertir le plus grand nombre.