Le match qui mettra aux prises le Paraguay et la République de Corée, ce samedi à Thessalonique en quarts de finale du Tournoi Olympique de Football masculin, est d'ores et déjà historique. En effet, aucune des deux équipes n'a jamais participé à une demi-finale de cette compétition. Ayant évité des formations du calibre de l'Italie et de l'Argentine, les nations sud-américaine et asiatique se prennent volontiers à rêver.
Pour Aureliano Torres, cette rencontre représente l'apogée d'une carrière encore jeune. Après avoir contribué à la qualification de l'équipe Seniors pour les quarts de finale de la Copa América, Pérou 2004, le milieu de terrain albirrojo affiche une forme "olympique" depuis qu'il a mis le pied sur le territoire grec. Face au Japon, lors du match d'ouverture, il n'a jamais cessé de menacer le gardien adverse, trompant sa vigilance sur une frappe de 20 mètres et le contraignant à un bel effort sur un missile de 25 mètres. Après la déconvenue du 2-1 face au Ghana, Torres a su se remobiliser contre l'Italie, déposant sur la tête de Fredy Bareiro un centre téléguidé que celui-ci a transformé en but.
"Nous avons mal commencé contre l'Italie, mais après, ça s'est mieux passé, a indiqué le joueur de sa voix douce. Nous avions beaucoup parlé du match contre le Ghana et nous étions déterminés à demeurer concentrés pendant les 90 minutes. Contre l'Italie, je pense que nous avons contrôlé le match. Ces Jeux Olympiques constituent le plus grand moment de ma carrière."
Âgé d'à peine 22 ans, Torres a connu un parcours pour le moins chaotique, une course d'obstacles que doivent aujourd'hui emprunter de plus en plus de footballeurs sud-américains. Conscients de son grand talent, sa famille et ses voisins du barrio Luque se sont cotisés pour permettre au gamin d'aller se tester dans les plus grands clubs d'Amérique latine.
Le jeune Paraguayen est ainsi passé par le Brésil (Vasco da Gama), l'Argentine (Banfield) et le Mexique. Mu par sa passion du ballon rond, le garçon a même traversé toute la Terre, jusqu'au Japon, pour recevoir, au bout du compte, toujours la même réponse. "C'était toujours pareil, nous confie-t-il. Tout se passait bien et à la dernière minute, il y avait un différend contractuel ou financier qui gâchait tout."
Un rêve qui continue
Au bout de plusieurs mois de désillusions, l'homme s'est résigné à mettre un terme à ses tribulations et à regagner son quartier paraguayen et son quotidien familial. Fin du rêve ? Non, son rêve n'était pas fini, il allait même enfin prendre corps grâce à un club paraguayen. Après avoir frappé à la porte de tant de clubs, toujours sans réponse, c'était le football qui allait venir le chercher chez lui.
C'est dans la formation de Sol de América que Torres a enfin pu exhiber tout son talent et se faire un nom. A 21 ans, il a été remarqué par Guaraní, club avec lequel il a disputé la Copa Libertadores. Séduit par ses performances, le sélectionneur national, Carlos Jara, que Torres avait rencontré au Mexique, s'est décidé à le convoquer dans son groupe.
Aujourd'hui, les six sœurs et le frère de la nouvelle vedette ont le plaisir de le voir célébrer les victoires des Guaranis aux côtés des stars nationales que sont Carlos Gamarra, José Cardozo et Julio Cesar Enciso. "Je les ai tous les jours au bout du fil, nous dit-il tout sourire. Ils m'ont dit que tout mon quartier est derrière moi et que notre performance donne un peu de bonheur à tous les Paraguayens."
Mais cette joie générée par les prouesses de Torres pourrait bien se muer bientôt en tristesse. Car notre homme sait très bien que les Jeux Olympiques sont une vitrine parfaite pour tout joueur souhaitant faire le saut vers les grands championnats européens. "Tous les joueurs paraguayens n'ont qu'un objectif en tête : trouver un club en Europe, avoue-t-il. Nous voulons tous bien faire pour décrocher un bon contrat et gagner plus d'argent."
A-t-il des préférences ? "Vous savez, je ne suis pas difficile, l'Espagne ou la France, ce serait très bien. L'Italie aussi, et pourquoi pas l'Angleterre d'ailleurs", répond-il malicieusement.
Tourné vers la Corée
Pour l'instant, cependant, c'est surtout la Corée qui occupe son esprit. "Je pense que ce match contre la Corée sera assez proche de celui contre le Japon. Ils courent tout le temps et gardent leur concentration pendant tout le match, donc ça ne va pas être facile, dit-il. Mais si nous arrivons à nous qualifier pour les demis, ce sera vraiment un grand truc pour notre pays. Et si nous gagnons l'or, là ce sera énorme. Mais commençons déjà par bien jouer samedi pour franchir la première étape."
De son côté, la République de Corée s'est préparée en toute sérénité après ce superbe 3:3 contre le Mali qui lui a permis de décrocher la deuxième place du groupe et de prolonger son séjour à Thessalonique.
Le sélectionneur Kim Ho Kon a fait le déplacement jusqu'à Athènes pour suivre attentivement la rencontre Paraguay - Italie. Cependant, après le match nul 1:1 décroché contre les Albirrojos quelques semaines avant le début de l'épreuve, il doit déjà en savoir suffisamment sur son prochain adversaire.
"L'ambiance est plus sympa ici (à Thessalonique) que dans le Village Olympique, ce qui permet à mes joueurs de mieux se concentrer, observe Kim. Nous avons toutes nos chances. Si nous arrivons à battre le Paraguay, nous éviterons l'Argentine, qui est la meilleure équipe de la compétition."
Tout comme Torres, la Corée et le Paraguay semblent ravis de leur sort. En effet, le vainqueur du match prendra ensuite à Hêraklion soit l'Irak, soit l'Australie. Et comme aucune de ces quatre équipes ne s'est jamais qualifiée pour une finale olympique, le match décisif du 28 août à Athènes comptera au moins un invité surprise.